Arkema : la grosse boulette de la CGT

Dominique Largeron

Dans la période actuelle où les investissements de cette ampleur sont plutôt rares-70 millions d'euros !-, difficile de dire que le jusqu'au boutisme de la CGT d'Arkema a été apprécié. Ni de ses confrères syndicaux, CFDT en tête, ni de la plupart des salariés du site de Pierre-Bénite dans la Vallée de la chimie. Après une grève cégétiste de près de trois semaines, le patron d'Arkema a décidé de tirer un trait sur cet investissement qui auraient pourtant conforté l'avenir du site lyonnais. Mais, depuis, les discussions ont repris.

Arkema : la grosse boulette de la CGT

« La CGT a pris des risques inconsidérés qui peuvent avoir de lourdes retombées pour l'ensemble du personnel. Il est assez incompréhensible qu'une organisation syndicale responsable ne mesure pas les enjeux d'une telle action !» (1).

 Qui lance cette phrase cinglante ? La direction ? Vous n'y êtes pas : il s'agit d'un délégué CFDT du site d'Arkema Pierre-Bénite, Yves Gidon. Elle fait suite à la décision du Pdg d'Arkema, consécutive à une grève de la seule CGT, de geler l'investissement de 70 millions d'euros qui était destiné à doubler sur le site, la production d'un polymère fluoré utilisé pour les revêtements industriels, les batteries lithium-ion et les panneaux solaires. Un produit dont la demande croît actuellement de 7 % l'an dans le monde.

 Cet investissement devait être effectué à effectifs constants. Certes, il s’accompagnait du non-remplacement de 20 à 30 départs en retraite étalés sur cinq ans. Un "effort de productivité" était également demandé aux salariés. Mais il permettait de conforter le site et surtout le rendre bénéficiaire : Pierre-Bénite est, selon Arkema, déficitaire depuis de nombreuses années. Il y avait là une occasion historique de le rendre plus performant et de le pérenniser.

 Cet investissement devait être accompagné d'une évolution de l'organisation du travail auquel s'est opposé la CGT, dénonçant « un chantage à l'investissement ». En fait cet investissement devait être suivi, selon la CFDT « d'un petit ré-ajustement de l'organisation ». Difficile donc de comprendre ce jusqu'au boutisme cégétiste amenant à ce déplorable résultat.

 Il y a donc eu pour le moins de la part de la CGT une profonde erreur d'appréciation qui a suscité des critiques de toutes parts. Elle a joué avec le feu et a, semble-t-il perdu, sur tous les tableaux. Une trentaine de salariés seulement, sur les quatre cents que compte le site, badgés CGT, ont en effet réussi à paralyser l'usine, du fait de l'intégration du système de production du site.

 Le gouvernement par la voix de Jean-François Carenco, préfet de région, a bien tenté de jouer les pompiers de service dans cette affaire. Mais cette proposition de médiation s'est heurtée à une fin de non recevoir de la part de la direction d'Arkema : « Cela ne correspond pas à notre vision du dialogue social » a répondu poliment, mais fermement, Michel Delaborde, le directeur d'Arkema France.

 L'investissement est-il définitivement gelé ? Du côté de la direction d'Arkema on explique que malgré tout, « le dialogue continue ». Et effectivement, les discussions ont repris avec les partenaires sociaux, y compris la CGT.

 Après avoir évoqué la possibilité d'une délocalisation de cet investissement, cette même direction d'Arkema a ensuite écarté toute idée de transfert qui, de toute façon, dans les circonstances économiques actuelles aurait été politiquement explosif.

 Le statu-quo actuel laisse-t-il la porte ouverte à une relance du projet, après l'électrochoc du niet de la direction ? Ce n'est pas exclu, mais il faudrait pour cela que la direction d'Arkema ait des gages suffisamment solides du côté de la CGT, ce qu'elle tente d'obtenir. On n'en est pas encore là, loin s'en faut.

 Bref, à l'heure où une équipe sociale-démocrate, partisane du dialogue social et du compromis, a pris les rênes du pouvoir en France, cette vision des rapports sociaux n'est manifestement pas l'apanage de tous. Et se heurte à des archaïsmes qui peuvent se révéler mortifères, provoquant dans ce cas précis, un recul de la chimie française dont on se serait bien passé. Mais peut-être n'est-il pas définitif. Tout dépend en l'occurrence de la seule CGT.

 (1) Cité par notre confrère La Tribune de Lyon.


 

Publiée le 26 nov. 2012 par LARGERON Dominique.
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Commentaires
CGT[ 28/09/13 - Gérard Louis VINCENT ]

Pas surprenant, les imposteurs ont volé l'œuvre (institutions), reste à tuer l'auteur (les auteurs, les salariés français), ils le font.

Cela depuis cinquante ans, personne ne peut-être encore surpris.



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