EM Lyon va-t-elle devenir IBM Lyon ?

Dominique Largeron

Partenariat dont l'ampleur financière n'est pas dévoilée, entrée au conseil d'administration, amphi baptisé « IBM Hall » et peut-être demain entrée au capital d'EM Lyon : l'arrivée de Big Blue au côté de l'Ecole de Management lyonnaise révèle une mutation d'ampleur. Porteuse d'opportunités ou de dangers ?

      EM Lyon va-t-elle devenir IBM Lyon ?

«  IBM va entrer au capital d'EM Lyon, excusez moi, je voulais dire au conseil d'administration... » En présentant le projet commun avec la firme digitale américaine, de création d'une « Smart Business School»  devant les étudiants d'EM Lyon, Michel Belletante, directeur de l'Ecole de Management Lyonnaise n'a pas évité le lapsus. On n'en est apparemment pour l'instant pas là, du moins pas encore...

 Big Blue est en effet officiellement devenu pour cinq ans, le partenaire privilégié de l'école de Management lyonnaise avec cet objectif : servir de poisson pilote à la firme US pour défricher la nouvelle frontière de la formation mêlant intimement le Web avec la pédagogie.

 L'essor prodigieux des « MOOC »

 Avec cette contrepartie revendiquée pour EM Lyon : être la première ou à tout le moins une des premières Ecole au monde à repenser totalement le cursus pédagogique à l'aune du digital qui bouleverse tous les secteurs, à commencer par l'éducation marquée par l'essor assez prodigieux des « MOOC » ces « massive open online course », en l'occurrence les cours massifs en ligne.

 L'objet du partenariat EM Lyon/IBM est de créer « un nouvel environnement d'apprentissage global et digital pour mettre en œuvre l'innovation pédagogique et l'entrepreneuriat. » Pas moins.

 Avant la présentation de l'accord aux étudiants en présence des responsables d'IBM France, symbole très fort, le principal amphi de l'Ecole de Management avait été débaptisé « CCI de Lyon » pour être rebaptisé... « IBM Hall ».

Lors de l'inauguration de l'"IBM Hall" (Photo D. Largeron)

 EM Lyon et IBM vont donc être très liés au cours des cinq prochaines années. Danger ou atout concurrentiel assuré dans un monde des grandes écoles en plein bouleversement ?

 En fait, IBM permet à EM Lyon de négocier le virage à 180 degrés que sous les coups de butoir du Web, toutes les grandes écoles, en proie à une concurrence féroce, sont obligées d'opérer. S'appuyer sur l'une des firmes les plus en pointe au monde dans le recherche pédagogique a effectivement du sens.

 D'autant qu'IBM ne navigue pas seul. Les dirigeants de Big Blue ont signé de nombreux partenariats à commencer avec Apple et d'autres firmes du Digital qui pourraient offrir à EM Lyon d'autres ouvertures.

 Reste à EM Lyon à trouver le bon curseur pour conserver son autonomie, tout en bénéficiant de l'apport d'IBM, sans se faire avaler par l'ogre Big Blue.

 Un défi également pécuniaire

 Car l'arrivée d'IBM permet aussi à l'Ecole lyonnaise de répondre-pour une part, du moins-à un autre défi, pécuniaire, celui là.

 Ce n'est pas le moindre. La CCI propriétaire de l'Ecole et de ses murs va devoir baisser le niveau de ressources allouées à l'établissement d'Ecully.

La baisse sera de 17 % dès cette année. Circonstance aggravante, la CCI de Lyon qui prêtait gracieusement depuis l'origine de l'Ecole les locaux lui appartenant, va les lui louer à partir de 2016. Soit une charge supplémentaire de 2,5 à 3 millions d'euros par an, selon Emmanuel Imberton, président de la CCI de Lyon.

 Et c'est là encore qu'intervient IBM.

 Le premier financeur d'EM Lyon, après la CCI

 «A travers ce partenariat EM Lyon/IBM , IBM va devenir le premier financeur d'EM Lyon, après la CCI », explique Michel Belettante.

 En outre, depuis peu, les Grandes Ecoles peuvent accueillir des actionnaires privés. A condition que leur part ne dépasse pas les 33 % de la minorité de blocage et qu'ils ne perçoivent pas de dividendes.

 Outre son arrivée au conseil d'administration, le partenariat avec EM Lyon va-t-il amener Big Blue à entrer aussi au capital de l'Ecole de Management lyonnaise ? Le lapsus du directeur laisse entendre que le sujet est sur la table.

 Mais pour ce faire, il faut que l'actionnaire privé désireux d'entrer au capital d'une Ecole de Management sans retour sur investissement direct, ait de sérieuses raisons de le faire.

 L'ampleur du défi qui va lier EM Lyon et IBM semble apparemment une bonne raison.

Publiée le 01 mars 2015 par LARGERON Dominique. Mis à jour le 01 mars 2015
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