Emplettes des deux côtés de l'Atlantique

Dominique Largeron

En une seule semaine, deux entreprises américaines rachetaient deux sociétés rhônalpines (Dentressangle et Kolor), tandis que deux Rhônalpines (Capgemini et Cegid) effectuaient le chemin en sens inverse. A la vitalité américaine, a répondu la vitalité régionale. Plutôt sain et de bon augure, finalement.

Emplettes des deux côtés de l'Atlantique

On peut à juste titre regretter qu'un des fleurons de l'industrie rhônalpine comme Norbert Dentressangle voie son centre de décision partir de l'autre côté de l'Atlantique.

 La même semaine par ailleurs, on apprenait également qu'une autre société rhônalpine, en l'occurrence, la high tech savoyarde, Kolor, certes incomparablement plus petite, passait elle aussi dans le giron une autre société américaine : la très célèbre GoPro.

 Il s'agit là d'une des plus belles success story californienne de ces dernières années Un rachat logique par ailleurs puisque Kolor utilise les caméras GoPro pour développer ses technologies d'imageries à 360 °, assez impressionnantes.

 Ces rachats aussi emblématiques soient-ils sont difficiles à contester, si l'on veut que, dans le cadre de l'économie ouverte qui est la nôtre, les entreprises françaises effectuent, elles aussi, leurs emplettes pour acquérir de leurs côtés, quelques fleurons US.

 Par le hasard des choix économiques, aux deux rachats de deux entreprises rhônalpines par des entreprises américaines, la semaine dernière ont répondu deux rachats de sociétés US par deux sociétés rhônalpines. Chacun d'eux d'ailleurs étant presque symétriques en termes de taille.

 Le plus important, similaire par sa taille au rachat de Dentressangle, est celui de la société d'origine grenobloise Capgemini qui a acquis la société iGate, basée dans le New Jersey : 33 000 salariés et 1,2 milliard de chiffre d'affaires.

 Dans le même temps, dans le secteur informatique, toujours, la société lyonnaise Cegid de Jean-Michel Aulas et de Patrick Bertrand, l'un des hommes les plus actifs sur le front de la French Tech lyonnaise, reprenait une société californienne JDS Services qui affiche quelques beaux clients comme les New York Red Bull.

 Rhône-Alpes bénéficie d'entreprises particulièrement attractives

 Qu'est-ce que ces emplettes effectuées des deux côtés de l'Atlantique par des entreprises très différentes et dont certaines ont pignon sur rue, signifient ?

 Elles donnent d'emblée un bon point à Rhône-Alpes : elles montrent que la Région bénéficie d'entreprises attractives, susceptibles d'attirer des poids-lourds, si l'on ose dire qui y mettent le prix.

 Ainsi XPO Logistics qui rachète Dentressangle n'a pas hésité à s'endetter pour payer très cher- 36 % au-dessus de sa valeur boursière-une société de transport qui est devenue l'un des leaders européen.

 De l'autre côté, le rachat de la Savoyarde Kolor, signifie, mais on le savait déjà, que Rhône-Alpes dispose, dans la région lyonnaise, mais aussi à Grenoble, mais encore dans les deux Savoies, de belles pépites susceptibles de faire saliver les plus grands noms de l'industrie high tech américaine.

 Autre signification de ce double aller-et-retour atlantique : de nombreuses sociétés rhônalpines sont devenues mondiales.

 Transformée en proie en devenant mondiale

 Et paradoxalement, comme le montre le rachat de Dentressangle, ce mouvement a pour effet aussi de les transformer en proie !

 C'est en effet en rachetant l'Américain Jacobson, en juillet dernier, que Norbert Dentressangle a été repéré par son futur propriétaire, XPO Logistics.

 Jusqu'alors, Bradley Jacobs, le patron de la société américaine qui n'a pas hésité à mettre 3,4 milliards d'euros sur la table, ignorait l'existence même de son concurrent français.

 Les deux entreprises étaient en compétition pour l'acquisition de Jacobson. C'est à ce moment là que XPO Logistics et son patron se sont sérieusement intéressés à l'entreprise familiale rhônalpine.

 Si le fils ou la fille de Norbert Dentressangle avaient marqué un intérêt pour reprendre l'entreprise paternelle, le cours de l'histoire aurait sans doute été changé. Mais ce n'est pas le cas.

 Reste que dans le cadre de ce rachat, même si l'on ne verra plus les camions rouges sur les autoroutes d'Europe, l'avenir des hommes et des femmes du groupe ne devrait pas susciter trop d'inquiétude.

Cheval de Troie

 La stratégie de son acquéreur est claire et source de perspectives plutôt favorables : servir de cheval de Troie à l'Américain pour se développer en Europe, dans le transport et la logistique.

 Reste tout de même que son centre de décision va émigrer de la Part-Dieu à Greenwich dans le Connecticut... mais on se consolera en se disant que deux centres de décision en Californie et dans le New Jersey vont migrer en Rhône-Alpes...

Publiée le 03 mai 2015 par LARGERON Dominique.
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