Etats Généraux de l'Industrie : pari jouable ou promesse sans lendemain ?

Dominique LargeronEtats Généraux de l'Industrie : pari jouable ou  promesse sans lendemain ?

« J'ai la profonde conviction qu'un pays qui n'a pas d'industrie n'a rien à vendre et finit par s'appauvrir... » Nicolas Sarkozy a donné à Marignane le clap final des Etats Généraux de l'Industrie qui, rappelons-le ont rencontré un grand succès en Rhône-Alpes. Des syndicalistes au patronat, en passant par les politiques, les langues se sont déliées. Quelque soit le bord, le constat était commun : « il faut ré-industrialiser la région, nous en avons les moyens ». Avec à la clef un grand espoir.

Ces Etats Généraux ont-ils comme d'aucuns le craignaient accouché d'une souris ou a-t-il été fondateurs d'une véritable politique industrielle pour notre pays ?

Le discours de Nicolas Sarkozy, décliné en quatre objectifs, cinq leviers d'action et vingt-trois mesures était sensé donner la réponse.

Le président a confirmé une certain nombre de mesures attendues : des aides (1 milliard d'euros), une fiscalité incitative pour les brevets, un livret «épargne industrie» et un rôle interventionniste de l'Etat actionnaire.

Confirmé, l'axe macroéconomique passe par une maîtrise du coût du travail déjà engagée, par l'abandon des coups de pouce au Smic ou la réforme de la taxe professionnelle.

La grande nouveauté est la mise en place d'un lien durable entre les grands groupes et leurs sous-traitants pour que, sur les différentes «filières»,  cesse la politique de pressurisation permanente des prix ; et ce, afin que les PMI puissent rétablir leurs marges et  investir sur le moyen terme.

On peut y ajouter la volonté de développer les ETI, ces Entreprises de Taille Intermédiaire de 250 à 5 000 salariés, insuffisantes en France (4 700 seulement), alors qu'elles sont deux fois plus nombreuses en Allemagne ou au Royaume-Uni.

Mais le passage qui a le plus frappé les observateurs concerne cette promesse de Nicolas Sarkozy d'augmenter de 25 % la production industrielle de la France d'ici 2015. Une promesse politique de plus faite à l'approche des élections régionales qui va vite se révéler intenable ? C'est la première réaction qui vient à l'esprit.

Regardons néanmoins les chiffres pour infirmer ou confirmer cette première impression. La production industrielle française a cru de 10 % de 1997 à 2007, juste avant la crise, soit un rythme de 1 % par an.

Gagner 15 % en cinq ans paraît illusoire. Mais si l'on prend en compte le fait que la crise a fait chuter de 15 % la production industrielle française, la vision change. Le phénomène de rattrapage qui ne devrait pas manquer de s'enclencher est susceptible de faciliter la réalisation de ce pari volontariste.

Regardons maintenant de de l'autre côté du Rhin. On constate que l'industrie allemande a crû de 33 % ces mêmes dix années d'avant crise. Le pari n'est donc pas si absurde, même s'il nécessite une véritable « rupture » si chère à Nicolas Sarkozy.

Ces Etats Généraux ont en tout cas mis en évidence un énorme potentiel de mobilisation des acteurs de l'industrie, à condition que le cap soit donné -c'est fait- et surtout que des moyens, pas seulement financiers, soient mis en face. Telle est désormais la question.

Certes, l'accent est mis sur la recherche, ce qui est bien ; mais si derrière, la valorisation par l'innovation ne s'opère pas, cette volonté peut s'avérer illusoire. Mais là aussi le gouvernement en a pris conscience puisque nous l'annoncions la semaine dernière, l'Université de Lyon pourrait bien toucher 110 millions d'euros dans le cadre du Grand Emprunt pour améliorer encore la valorisation de la recherche en réorganisant la filière avec intégration dans le futur dispositif qui devrait être plus performant et plsu richement doté de l'incubateur Crealys et de Lyon Sciences Transfert.

Ceci dit d'autres questions restent en suspend, à commencer par la politique de filières annoncée. Il est étonnant de voir l'Etat donner «sa» liste de secteurs stratégiques : le numérique, l'énergie, les transports, la pharmacie, le luxe et l'agroalimentaire. Quid des autres secteurs ?

L'idée de la politique sectorielle est attirante, l'Asie a donné la preuve qu'elle pouvait marcher. Mais la France n'a jamais été capable de la mettre en œuvre de façon efficace. On l'a bien vu en 1981. Chez nous, le succès industriel repose plus sur les ETI et les grandes entreprises, pas nécessairement sur les filières.

Il reste que le moteur d'une politique de ré-industrialisation reste et restera l'investissement. Or, une entreprise n'investit pas à cause d'aides d'Etat. Une bonne politique industrielle est essentiellement une bonne politique macroéconomique. Or, depuis douze ans, c'est l'Allemagne, sous un gouvernement social-démocrate comme chrétien-démocrate qui marque des points en améliorant sa compétitivité.

Il ne faudrait pas oublier dans ce tableau général, de prendre en compte le micro-climat régional avec un Conseil régional Rhône-Alpes, de grandes agglomérations, ainsi que de grands acteurs très en pointe sur cette question de la ré-industrialisation et très désireux de se lancer dans la bagarre.

Ce jeu collectif au-delà des clivages partisans peut aussi jouer un rôle non négligeable dans la réalisation de cet objectif des 25 % de hausse. Cela suffira-t-il ? Rendez-vous en 2015.



Publiée le 15 mars 2010 par LARGERON Dominique. Mis à jour le 15 mars 2010
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ETI signifie : Entreprises de Taille Intermédiaire. Les ETI s'intercalent entre les TPE et les PME d'un côté et les grandes entreprises de l'autre.

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