François Hollande fait...du Gérard Collomb

Dominique Largeron

A regarder de près les propositions dans le domaine économique de François Hollande, le candidat du Parti Socialiste aux présidentielles, on constate une ressemblance frappante avec l'action menée par Gérard Collomb depuis qu'il est à la tête de la mairie de Lyon et de son agglomération. On retrouve la même politique de l'offre et une forte attention portée aux PME et au consensus avec le monde économique.

François Hollande fait...du Gérard Collomb

Une constatation a frappé d'entrée les observateurs lorsque les 60 propositions du candidat Hollande ont été divulguées : ce programme ne dit mot d'un éventuel coup de pousse du smic, contrairement aux 110 propositions, par exemple, de François Mitterrand en 1981.

Ce n'est évidemment pas un oubli. Il n'y aura pas de hausse, du moins tout de suite. Il faudra probablement attendre 2013, voire 2014. Le candidat du PS l'a d'ailleurs précisé lors de son émission, jeudi 26 janvier,sur France 2 : il faudra déjà produire des richesses, relancer la machine économique, avant de redistribuer les fruits de la croissance. Et effectivement, avec une hausse annoncée du Produit intérieur brut (Pib) en 2012 de l'ordre de 0,3 ou 0,4 %, il n'y aura pas grand chose à redistribuer. Son programme a pris en compte la crise.

On croirait entendre Gérard Collomb, disciple déclaré de l'économiste et philosophe Saint-Simon qui aime-t-il répéter, disait qu'avant de distribuer, il fallait d'abord créer des richesses. Ce qui, entre nous, ressemble à une évidence.

Ce changement, ouvertement social-démocrate est d'envergure. Les socialistes sont traditionnellement des adeptes des politiques keynésiennes de la demande.

Cette fois-ci, c'est la politique de l'offre qui prévaudra. L'un des groupes d'économistes les plus influents de l'équipe de François Hollande, Terra Nova le confirme par la bouche de son président, Olivier Ferrand : « François Hollande a tourné le dos à l'idée que le soutien à la croissance passait par une relance de la demande. Il a compris que celle-ci était rendue inefficace par la mondialisation et a fait le pari d'une politique de l'offre. » Le mot est donc lâché : « politique de l'offre » n'est donc plus un gros mot au Parti Socialiste.

L'un des moyens annoncés pour mener cette politique-dans le droit fil d'ailleurs de ce qu'a essayé d'engager Nicolas Sarkozy avec les états-généraux de l'industrie- est la ré-industrialisation du pays, sans doute avec des moyens accrus, via notamment une grande structure dédiée au financement et au soutien des PME incluant Oséo, le FSI et la Caisse des Dépôts.

Une autre direction qu'a suivie Gérard Collomb, se retrouve aussi dans le programme de François Hollande sous la forme d'un soutien affiché aux PME. Les petits patrons ne sont plus, pour le PS, d'odieux réactionnaires, mais deviennent de précieux auxiliaires de la relance économique. Une excellente analyse au regard des dernières statistiques, : 85 % des emplois crées au premier semestre 2011 avant le retour de la crise, étaient suscités par ces PME désormais chouchoutées, portées au pinacle, alors qu'auparavant elles étaient les grandes oubliées des politiques économiques.

Une politique partenariale qui, étendue aussi au Medef et à l'artisanat, a permis à Gérard Collomb de créer une « task force » économique sous la bannière de « Lyon ville de l'entrepreneuriat » qui a beaucoup fait pour le développement économique de l'agglomération lyonnaise ces dernières années.

Si elle a été efficace au plan économique, cette démarche consensuelle l'a aussi été au niveau politique.

De nombreux chefs d'entreprises, commerçants ou artisans, électeurs naturels de l'UMP lors des élections nationales, ont, de notoriété publique, voté lors des élections locales pour Gérard Collomb. Dominique Perben, son dernier challenger en date, en a tiré les conclusions en se retirant récemment de la politique lyonnaise pour reprendre à Paris, sa robe d'avocat.

Les PME sont donc les grandes gagnantes du programme Hollande, avec notamment une baisse de l'impôt sur les sociétés, même si quelques craintes apparaissent concernant les suppresssions d'exonération de charges sur les bas salaires. Mezzo voce, à la CGPME, on reconnaît néanmoins, en attendant la candidature du président sortant, que le programme Hollande est plus favorable aux PME que celui de la majorité actuelle !

C'est donc, avec ces deux piliers de son programme économique, une véritable révolution copernicienne que François Hollande a engagé tout en donnant l'impression à ses troupes d'un virage à gauche. Habile comme Hollande ?

Publiée le 27 janv. 2012 par LARGERON Dominique. Mis à jour le 31 janv. 2012
Figure dans les rubriques
L'édito de la semaine
Economie
Actus Lyon


HAUT