La candidature d'Annecy aux JO d'hiver 2018 va droit dans le mur

Dominique LargeronLa candidature  d'Annecy  aux JO d'hiver 2018 va droit dans le mur

Sur le papier, la candidature d'Annecy aux Jeux Olympiques de 2018 est sans doute la meilleure de celles restant en lice (Pyeongchang en Corée du Sud et Munich en Allemagne) aussi bien au niveau de la qualité du projet que des sites proposés. Et pourtant, triste paradoxe, elle apparaît de plus en plus mal partie.

La démission, dimanche d'Edgard Grospiron le directeur général d'Annecy-2018 en est un des symptômes les plus spectaculaires. Officiellement, le champion olympique 1992 de ski à bosses a tiré sa révérence parce que le conseil de surveillance de la candidature n'a pas suffisamment augmenté le budget qui est passé de 18 à 20 millions d'euros. Grospiron demandait une rallonge de 12 millions et ne l'a donc pas obtenue.

Mais en réalité, ce nouvel épisode fait suite à des critiques dont le niveau ne cesse de croître en intensité depuis deux semaines.

Les premiers à tirer sur l'ambulance annécienne ont été deux acteurs de poids du sport français, Guy Drut et Jean-Claude Killy. Ces derniers ont sérieusement étrillé la candidature dans l'Equipe du dimanche 5 décembre. L'ancien ministre des Sports estime qu'Annecy «va dans le mur (...) Nous sommes partis de trop loin», estime-t-il. Quant à Jean-Claude Killy, il considère que «les membres du comité haut-savoyard ne se rendent pas compte de ce qu'est une candidature (...) Nous allons à notre perte», déplore-t-il.

Des critiques relayées de façon aussi fermes, mais nettement plus diplomatiques par Jean-Jack Queyranne, le président d'une région Rhône-Alpes qui participe au budget d'Annecy 2018 à hauteur de 2,5 millions d'euros. « Nous sommes des partenaires loyaux de la candidature d'Annecy, mais j'ai attiré l'attention du conseil de surveillance d'Annecy-2018 sur trois points : il faut que cette candidature se diffuse à la région, il faut remodeler l'organisation et mettre le braquet à l'international : la mobilisation des postes diplomatiques à l'étranger n'est pas suffisante. »

Et de préciser : « Il faut mettre en place une véritable animation territoriale : la mayonnaise ne prendra que si tous les partenaires sont derrière ; il faut qu'au plan international il y ait une attitude plus offensive et plus de professionnalisme. Enfin, il faut une réorganisation de la commission nationale. »

Cette dernière réorganisation va intervenir de facto avec la démission d'Edgard Grospiron, survenue quelques jours après les déclarations du président du Conseil régional. Reste à savoir qui pourra le remplacer.

Et Jean-Jack Queyranne d'enfoncer le clou : «  Je constate que les décisions lourdes n'ont pas encore été prises. » La région Rhône-Alpes a tout fait pour favoriser la candidature d'Annecy pour des raisons de soutien évidentes à une agglomération de la région, mais aussi car celle-ci peut avoir des retombées non négligeables en matière d'infrastructures : des doubles voies routières dans les vallées alpines et en matière ferroviaire, la modernisation du sillon alpin nord.

La situation est jugée suffisamment grave au plus haut niveau pour qu'une réunion de crise à laquelle participait Jean-Jack Queyranne ait lieu à l'Elysée, non pas en présence du président, mais d'un certain nombre de ses conseillers.

Il est vrai que le temps presse. Nous sommes à moins d'un mois du dépôt du dossier de candidature, le 11 janvier, auprès du Comité international olympique (CIO) à Lausanne. Une fois la candidature déposée, une commission de ce même CIO doit se rendre sur chacun des trois sites candidats pour exprimer un avis. Lequel s'avérera essentiel lors de la décision finale qui sera prise, dans sept mois, le 6 juillet prochain à Durban en Afrique du Sud.

"Il faut réorganiser la structure", a reconnu Edgard Grospiron en démissionnant. "Ce que j'ai appris, je peux le transmettre", a-t-il ajouté. Mais il est sans doute déjà trop tard.

Publiée le 13 déc. 2010 par LARGERON Dominique. Mis à jour le 13 déc. 2010
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