La rentrée des chefs d'entreprise entre « optimisme raisonné » et « manque de visibilité »

Dominique Largeron

 Les détecteurs de tous ordres étaient braqués vers les chefs d'entreprise présents la semaine dernière à l'Université d'été du Medef à Jouy-en-Josas, véritable planète entrepreneuriale pendant trois jours. Au bilan, une inflexion sensible a pu être décelée par rapport au sentiment prévalant avant l'été. Pour Bernard Gaud, président du Medef Rhône-Alpes, la manifestation patronale a été marquée par « la reprise d'un optimisme raisonné ». Mais, pour François Turcas, président régional de la CGPME, « la confiance n'est toujours pas là ».

La rentrée des chefs d'entreprise entre « optimisme raisonné » et « manque de visibilité »Syrie : intervention suspendue ? (dessin : Chapatte)

Les chefs d'entreprise ne broient semble-t-il plus du noir. Les visages sont moins fermés. Tel est le sentiment qui ressort après les trois jours de l'Université d'été du Medef qui a rassemblé à Jouy-en-Josas, plusieurs milliers de chefs d'entreprise.

Oh, c'est n'est pas encore l'euphorie, loin s'en faut, précise Bernard Gaud, président du Medef Rhône-Alpes, très présent lors de cette grand messe patronale, vu la responsabilité dont il est désormais investi : diriger la commission « simplification administrative du Medef ».

"Pas encore de reprise nette"

Bernard Gaud a noté chez les chefs d'entreprise rencontrés, ce sentiment : « Ils reconnaissent que la situation a arrêté de se dégrader, mais ils ne constatent pas encore de reprise nette. »

L'état d'esprit général ? « Clairement une reprise de l'optimisme raisonné », précise Bernard Gaud, « avec un regain de confiance pour les mois à venir, à condition que les données internationales ne viennent pas dégrader ce sentiment : la riposte en Syrie, la lenteur de la reprise américaine, le risque de dégradation en Chine et au Brésil ».

Pour le responsable régional du Medef, c'est clair, « on n'est plus dans la désespérance qu'on connaissait en début d'année, sachant néanmoins qu'un secteur reste sinistré : celui du Bâtiment qui connaît un net recul des mises en chantier. »

Outre la conjoncture, un autre thème a dominé les débats, vu l'actualité : les retraites. Une petite satisfaction pour le Medef : le ministre des Finances Pierre Moscovici a confirmé que la hausse des cotisaitons serait compensée en 2014 par une baisse équivalente des cotisations familiales.Une satisfaction modulée par « l'absence de réformes structurelles sur les retraites : la gauche n'a pas été plus courageuse que ne l'a été la droite dans le passé », constate Bernard Gaud. Il note d'ailleurs à cet égard « une montée des crispations autour du non alignement des régimes spéciaux. »

Pierre Moscovici, ministre de l'économie a tenté de cajoler au mieux le patronat : rien d 'étonnant car sans le moteur de l'investissement des entreprises, l'économie qui ne peut s'appuyer pour l'heure que sur une consommation squelettique, la croissance ne reprendra pas véritablement. Il s'agissait donc pour lui de redonner un sentiment de confiance.

Pour François Turcas président régional de la CGPME, cette fameuse confiance n'est en revanche toujours pas là.

"La confiance ne pourra revenir que si on nous fout la paix !"

Il explique : « L'investissement des entreprises ne pourra revenir que si on nous fout la paix, à nous chefs d'entreprise pendant le reste du mandat ! »

Il explicite : « Dès qu'il y a une mesure un peu positive annoncée par le gouvernement, comme la décision de compenser par exemple la hausse des cotisations retraite par un allégement du côté des cotisations familiales, on nous enfonce un peu plus par derrière, comme le financement de la pénibilité qui revient tout bonnement à reprendre le programme de la CFDT! Et c'est à chaque fois comme ça : une mesure positive est systématiquement suivie d'un nouveau coup de bambou : comment voulez-vous que dans ces conditions, la confiance revienne ! »

Le responsable patronal montre du doigt à cet égard la forte chute de l'apprentissage depuis plusieurs mois : « Un vrai signal d'alarme :  le chef d'entreprise ne voit l'avenir qu'avec son carnet de commande. »

Et de lancer : « Il faut que ce gouvernement nous donne de la visibilité, qu'il nous rassure pour les quatre ans à venir ! ».

A entendre François Turcas, à cet égard, Pierre Moscovici a encore du pain sur la planche...

Publiée le 02 sept. 2013 par LARGERON Dominique.
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