Le gâchis des métiers sous tension

Dominique LargeronLe gâchis des métiers sous tension

Cherchez l'erreur ! Mémorisez ce chiffre : la région Rhône-Alpes comptait très précisément fin avril, 243 227 chômeurs de catégorie A (n'ayant pas travaillé au cours du mois).

Comparez avec cet autre chiffre : selon la préfecture, l'étude des besoins de main d'œuvre de Pôle Emploi pour la région s'élève à 172 000 projets d'embauche pour 2011 (+ 8,2 %).

Cela signifierait, si le marché de l'emploi était fluide, que le chômage devrait baisser assez rapidement, puisque d'un côté, il y a demandeurs d'emploi, mais aussi, nouveauté, après la crise : il existe en face des emplois en nombre grandissant : les offres d'emploi déposées auprès de Pôle Emploi ont augmenté de 5,8 %.

On le sait, en la matière, les vases communicants ne sont pas parfaits (l'économie ne l'est pas), mais assurément, le chômage devrait baisser plus rapidement que les chiffres annoncés en d'avril : - 0,8 %, soit 1 916 chômeurs de moins et – 2,6 % sur un an. Seulement.

Or, qu'apprend-t-on dans le même temps, de la bouche même du directeur régional de Pôle Emploi lors d'une table ronde sur l'alternance qui s'est déroulée mardi 24 mai au Medef Lyon-Rhône : qu'à nouveau un certain nombre de métiers se retrouvent sous tension. Pour être plus clair encore : les chefs d'entreprises d'un certain nombre de secteurs ont du mal et même parfois beaucoup de mal à embaucher des salariés.

Près de 50 % des chefs d'entreprises connaissent de vraies difficultés à trouver des salariés formés et susceptibles d'être rapidement embauchés : des techniciens et cadres informatiques, des aides ménagères, des cuisiniers et serveurs pour l'hôtellerie, des aides soignantes, des cadres infirmiers, des commerciaux (1 400 demandes d'embauches de commerciaux ne trouvent pas preneurs) et des télévendeurs.

La reprise a à peine repointé le bout de son nez que l'on bute à nouveau sur cette inadéquation entre la formation initiale et continue (qui on le sait brasse des sommes énormes) et les besoins de l'économie. Et manifestement les choses ne sont pas en train de s'arranger.

Quelles sont les solutions pour, non pas, mettre fin (il faudrait des années), mais atténuer le phénomène qui maintient des cohortes de chômeurs dans une situation dont ils aimeraient bien sortir ?

La voie choisie est d'abord l'apprentissage et l'alternance. Contrairement au système scolaire ou universitaire, on le sait, l'apprentissage recèle le grande avantage de permettre au jeune (ou moins jeune désormais) d'avoir près de 80 % de chance de signer un CDI à l'issue de sa formation.

L'objectif affiché est ambitieux : passer de 43 000 apprentis dans la région Rhône-Alpes actuellement, à 78 000 en 2015. Et il faut bien reconnaître, tous les partenaires, appuyés par l'Etat, ne ménagent pas leurs efforts. L'idée est là d'imiter l'Allemagne.

Les syndicats patronaux ne sont pas restés les bras croisés. La CGPME va bientôt mettre en ligne un site internet, qui, utilisant le réseau des entreprises adhérentes, va mettre face à face les demandes et les offres d'emplois pour faire jouer à plein l'effet réseau.

Le Medef lui, de son côté, a lancé « vip-alternance.com », afin de populariser ce mode de formation et permettre aux jeunes de s'insérer rapidement dans ce circuit.

Reste qu'il faudra bien enfin, qu'on se penche sérieusement sur ce phénomène d'inadéquation emploi/formation pour mettre au jour les blocages qui maintiennent dans le chômage trop de demandeurs d'emploi. Un beau gâchis.

Dessin : Friandart
Publiée le 28 mai 2011 par LARGERON Dominique. Mis à jour le 30 mai 2011
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