Les banquiers et le trou d'air

Dominique LargeronLes banquiers et le trou d'air

Tous les chiffres convergent : nous sommes en train de sortir de la crise. Est-ce à dire que tout va désormais aller pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Non, bien sûr. Pire, même : nous allons traverser au cours des huit à neuf mois à venir une période difficile qu'il va falloir piloter très finement pour que les dégâts déjà enregistrés au sein de l'économie régionale n'empirent pas, surtout en termes d'emplois.

Telles sont les conclusions que l'on pouvait entendre à l'issue d'une rencontre organisée par Lyon Place Financière et Tertiaire organisée entre les représentants du monde bancaire et ceux des quatre principaux secteurs économiques de la région Rhône-Alpes : la métallurgie, la plasturgie, le bâtiment et les services. Tous les quatre annoncent un « trou d'air » d'une durée de 8 à 9 mois, voire un peu plus.

Gilbert Marchiol, président du syndicat de la métallurgie , « ne voit pas de redémarrage avant le deuxième semestre 2010. » Selon lui, «  les trésoreries des entreprises ont pris un sérieux coup. Il va falloir faire preuve d'imagination pour passer ce cap qui s'annonce très difficile et éviter de nouveaux licenciements. » Et le responsable du syndicat professionnel de proposer la mise en place d'un système proche de la « casa integrazione » italienne qui permettrait aux salariés de bénéficier du chômage, tout en restant juridiquement dépendant de l'entreprise.

Son de cloche similaire chez Daniel Goujon, représentant de la plasturgie et par ailleurs président du pôle de compétitivité Plastipolis. « A fin juin, nous étions sur une baisse d'activité variant selon les entreprises entre 9 et 35 %. » Il ajoute : «  Malgré ce que l'on peut entendre : il n'y a pas de signes de reprise dans la plasturgie. Nous savons que nous allons traverser des mois difficiles. Pour que nous puissions tenir le coup jusqu'à la reprise véritable, il faut que les banquiers deviennent de véritables partenaires financiers des entreprises, qu'ils jouent véritablement leur rôle et prennent plus de risques. »

Au nom du BTP, Jacques Chanut, président régional décrivit la dichotomie existant dans son domaine : « Nous avons constaté un arrêt brutal dans la construction neuve de l'ordre de 60 à 70 %, mais une stabilisation de l'entretien, le tout agrémenté d'une bagarre sur les prix à un niveau jamais constaté ».
Et de lancer : « Pour passer les prochains mois qui seront encore difficiles, j'attends de nos partenaires financiers qu'ils nous aident, par des avances sur marchés notamment et j'ose le mot : en faisant preuve d'une certaine solidarité. »

Le secteur des services serait-il mieux loti ? Guère plus si l'on en croit Gilles Maurer, président de Syntec Rhône-Alpes. « L'ambiance générale est que l'on ne verra pas d'amélioration avant 9 à 12 mois. Un exemple significatif : les sociétés informatiques ne prévoient pas d'embauches importantes comme chaque année. Beaucoup de bac 2 et de bac 5 vont rester sur le carreau ! Les chefs d'entreprise me disent qu'ils n'ont pas de visibilité au-delà d'un mois, un mois et demi ! »

Ce discours est-il entendu par les banques ? Ecouté certes, si l'on en croit François Perol, vice-président de la Fédération Bancaire française qui reconnaît : « Nous sommes à un moment clé nécessitant le fait que les banques soient des partenaires des entreprises, pas seulement des fournisseurs d'argent. »
Mais est-il véritablement entendu pour se traduire dans les relations quotidiennes entre les chefs d'entreprise et leur banquier ?
On peut manifester quelques craintes au regard des 1 600 requêtes manifestées par les chefs d'entreprises auprès du médiateur du crédit René Ricol. Il est surprenant de constater qu'après l'intervention du médiateur, les deux tiers des dossiers d'abord rejetés ont été après intervention,  acceptés et réglés.
Cela signifie que les fondamentaux présentés par les entreprises étaient in fine acceptables par les banques.

A la base se pose donc un vrai problème de relations entre banquiers et entreprises que la crise a exacerbé.
C'est ce que savait depuis longtemps un vieux routier de la finance, Marcel Deruy, l'ancien patron d'Oséo en Rhône-Alpes devenu président de Lyon Place Financière et Tertiaire. Son intuition l'avait amené, avant même la crise, à initier, dès 2008  un dialogue original entre entreprises et banquiers qui a donné le jour à un opuscule qui vient d'être édité. Il est sobrement intitulé : « Améliorer la relation entrepreneurs/banquiers : les préconisations de Lyon Place Financière et Tertiaire. »

Des préconisations précises et complètes, difficiles à résumer. Synthétiquement, celles-ci proposent aux deux parties de faire la moitié du chemin. En proposant aux chefs d'entreprise de nouer une relation régulière et pas seulement quand ça va mal avec leur chargé d'affaires. Une relation qui passe par une meilleure communication des données de l'entreprise, « point central de la relation ». Il n'y a pas la possibilité de faire des prévisions suffisamment précises ? « Faites deux ou trois business plans en fonctions des hypothèses envisageables », est-il proposé.

Parallèlement, la banque doit être en mesure de délivrer une information régulière à son client, en assurant une traçabilité des dossiers,  en expliquant les raisons de l'appréciation qu'elle lui porte, etc. En cas de situation tendue, le terrain s'avère dans ces conditions plus favorable.
Autre proposition de LPF et T : la création d'un médiateur dans chaque banque, hors hiérarchie de la filière normale lorsque l'entrepreneur se voit refuser un concours et qu'il estime que son dossier a été mal instruit.

« Nous avons appris de la crise une forme d'humilité » a conclu Nicolas Denis représentant le Crédit Agricole du Sud-Est. Une certitude : entre entrepreneurs et banquiers l'état d'esprit est en train de changer en Rhône-Alpes, mais il ne suffit plus désormais de battre sa coulpe, mais des deux côtés, d'améliorer profondément ses pratiques.

Publiée le 27 oct. 2009 par LARGERON Dominique. Mis à jour le 27 oct. 2009
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