Musée des Tissus : les lignes bougent, mais le poker menteur aussi...

Dominique LargeronMusée des Tissus : les lignes bougent, mais le poker menteur aussi...

C'est une nouvelle fois Emmanuel Imberton qui, lors d'une conférence de presse annonçant la liste unique CGPME/Medef aux élections consulaires a été l'élément déclencheur.

 « Je m'engage à faire en sorte que dès la première assemblée générale de la CCI nous prenions la décision : nous n'avons pas les moyens de le financer. Je n'aurais aucun état d'âme s'il nous faut fermer le Musée des Tissus, on le fermera ! »

 Un coup de colère calculé qui fait suite au blocage complet dont ce dossier fort médiatisé est l'objet depuis cet été.

 Le premier à réagir, dans les colonnes du Progrès a été pour l'anecdote, l'animateur télé d'origine lyonnaise Stéphane Bern qui a déclaré tout de go que s'il lui fallait bloquer son pied dans la porte pour le sauver, il le ferait...

 Aucune des déclarations de bonnes intentions enregistrées avant les vacances d'été n'ont été suivies d'effet.

 Une bonne raison à cela : elle est pécuniaire. Certes, le budget de fonctionnement du musée s'affiche à 2,5 millions avec un déficit (1,7 million) réglé depuis des lustres par la CCI, mais en réalité c'est un fonds de 10 à 15 millions d'euros qui est nécessaire : il faut d'abord restaurer le bâtiment qui en a bien besoin, mais aussi pour relancer le musée, moderniser toute la scénographie.

 Audrey Azoulay propose 300 000 euros

 C'est la raison pour laquelle le courrier envoyé par Audrey Azoulay, la ministre de la Culture au préfet du Rhône proposant 300 000 euros de son ministère, à condition que la Ville et la Région en fasse autant, a paru tout-de-suite, bien insuffisant aux deux principales parties-prenantes : la Région et la Ville de Lyon.

Dans cette missive, la ministre explique que “le ministère de la Culture et de la Communication est disposé à s’engager à aider sur les trois années à venir le fonctionnement du musée des Tissus, à subvention égale avec celle respectivement de la Ville et de la Région, jusqu’à 300 000 euros par an… la participation de ces collectivités au financement du musée, qui résulte d’une histoire fortement ancrée localement, est pour moi un préalable à toute intervention pérenne de l’État”.

Un courrier auquel a immédiatement répondu le président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, proposant une initiative qui pourrait aider à débloquer enfin ce dossier, mais dans sa partie haute. La Région propose en effet de mettre sur la table 5 millions d'euros.

 "La Région, même si ce n’est pas son cœur de compétence, est prête à s’engager pour contribuer à un investissement à hauteur de cinq millions d’euros pour élaborer un projet de
nature à faire vivre ces collections 
», explique ainsi Laurent Wauquiez dans cette lettre.

 « La Région n'ira pas sur le fonctionnement »

 Une avancée significative, mais qui ne résoud pas le problème du simple fonctionnement du Musée en lieu et place de la CCI de Lyon, puisqu'au cabinet de Laurent Wauquiez, on précise bien que « la Région, elle, n'ira pas sur le fonctionnement".

 Du côté de la Ville de Lyon où l'on consacre déjà près de 20 % du budget à la culture,  on veut bien faire un geste, mais guère plus, tablant sur une solution privée qui tarde à venir.

 En fait, le problème de fond de ce dossier est l'absence de chef de file. Car qui dit chef de file dit de facto financement, avec les risques inhérents.

 Pour ne pas donner l'exemple auprès d'autres musées hexagonaux en difficulté, l'Etat, à travers le ministère de la Culture ou du musée du Louvre, très sollicité dans ce dossier, ne veut pas l'être.

 La Ville de Lyon, non plus, donc, et encore moins la Région.

 Resteraient les professionnels du textile censés créer une Fondation depuis le début de la crise du Musée, mais dont on n'entend plus parler. Ils sont, médiatiquement parlant, du moins, aux abonnés absents.

 Les 5 millions de Laurent Wauquiez apparaissent donc comme une mise au poker « pour voir ». Mais tant que le jeu de poker menteur perdurera, le dossier restera encalminé.

 Une promotion qui fait figure de mesure de soutien pour le directeur du musée

 On avait enfin évoqué la piste chinoise.

 Elle se précise, mais se cantonne pour l'heure dans un rôle plus artistique que pécuniaire.

La CCI de Lyon annonce ainsi que le China National Silk Museum d’Hangzhou a sollicité le musée des Tissus pour l’organisation d’une exposition sur 1 000 m2 en septembre 2017. Il s'agit d'un nouveau musée de la Soie en Chine qui a l'intention de signer une alliance avec le musée des Tissus “prenant la forme d’échanges d’expositions ou d’expertises entre les deux institutions”. Mais pour l'instant, c'est tout.

Dans le même temps-une belle promotion qui fait figure de mesure de soutien-Maximilien Durand, le directeur du musée des Tissus, a été élu président de l’International Association for the Studies of Silk Road Textiles (IASSRT) dont les prestigieux membres ne sont autres que la British Library, l’Université de Cambridge, le Centre international de recherches textiles de Copenhague, l’Académie des sciences de Moscou, le Département des antiquités d’Israël, le musée de l’Ermitage, l’Université nationale de Corée, ainsi que l’Université Donghua de Shanghai… Excusez du peu !

Il est d’ailleurs prévu que le musée lyonnais accueille la prochaine assemblée générale de l’IASSRT, ainsi que le symposium international “Sur les routes de la soie” en novembre 2017.

Mais le Musée existera-t-il encore à cette date ?

Publiée le 09 oct. 2016 par LARGERON Dominique.
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