Papyvore

Papyvore

A 70 ans, sourcils noirs, crinière blanche, Michel Lucas, le très secret directeur général du Crédit Mutuel Centre-Est Europe, la plus puissante des caisses fédérales de la banque mutualiste, est en train de se muer en papyvore.  Celui qui a racheté le CIC (dont fait partie la Lyonnaise de Banque), va acquérir 100 %  d'une partie importante du Groupe de presse EBRA (Est-Bourgogne-Rhône-Alpes) qui contrôle le Progrès, le Dauphiné Libéré, le Bien Public et le Courrier de Saône et Loire. La Banque mutualiste que Michel Lucas a su faire prospérer d'une main de velours dans un gant de fer en possédait déjà 49 %.


Cette prise est à ajouter au Républicain Lorrain et au journal l'Alsace, déjà respectivement possédés par la banque mutualiste à hauteur de 100 % et 98 %.
Nous allons donc assister à une « première » en France : une banque va devenir le premier patron de presse régionale, vendant chaque jour plus d'un million d'exemplaires !


Hormis quelques rares conférences de presse, Michel Lucas est peu disert. Et si l'on sait que l'homme a toujours été passionné par la presse, on ne connaît pas ses intentions véritables.
Chute des ventes, de la publicité : cette opération financière se produit à un moment où la presse écrite et notamment la presse régionale se porte plutôt mal, il est vrai avec une grosse disparité selon les titres. En Rhône-Alpes, par exemple, le Progrès est fortement endetté et est en passe de vendre sa chaîne de télévision, TLM, qui chaque année, accumule les déficits ; le Dauphiné Libéré est, lui, à la limite de l'équilibre.


L'exemple américain, à l'instar du Seattle Post, fondé en 1863 qui a licencié cette année 80 % de son personnel et de ses journalistes pour ne plus offrir qu'une version électronique est là pour nous le montrer : les journaux papier sont aussi mortels.
En bonne logique, Michel Lucas a désormais les coudées franche pour faire des économies en mutualisant tout ce qui peut l'être au sein de son important groupe de presse : l'impression, la distribution, l'informatique, voire même les informations nationales et internationales.  Mais si c'est la cas, il risque de se heurter aux syndicats, puissants dans la presse. Ceux-ci ont déjà menacé : « Nous nous opposerons à une mutualisation entre les journaux d'EBRA ».


Ces mêmes syndicats voient malgré tout ce rachat d'un bon œil, estimant qu'il pourrait constituer une forme de bouclier dans la crise que traverse actuellement la presse écrite. Le fait que Michel Lucas a désormais les mains libres, ainsi que d'importants moyens financiers, pourrait lui permettre de mettre les différents titres du groupe EBRA sur la voie de la modernité. En leur procurant les moyens d'évoluer et d'accompagner la mutation indispensable vers l'Internet, la téléphonie mobile, voire les Web TV ; mais aussi de les remettre sur la voie de la rentabilité, condition indispensable de leur pérennité.


Le directeur  général de la banque mutualiste dont le mandat se termine en 2012 a trois ans pour redonner une véritable stratégie et du souffle à une presse régionale engagée dans une profonde mutation.
Il n'est pas interdit de rêver.

Publiée le 15 sept. 2009 par LARGERON Dominique. Mis à jour le 15 sept. 2009
Figure dans les rubriques
L'édito de la semaine
Banque, financement, assurance
Edition, presse, tv, radio


HAUT