Plaidoyer pour un euro à sa juste valeur

Dominique LargeronPlaidoyer pour un euro à sa juste valeur

Depuis quelques semaines, on voit les commentateurs à la télévision annoncer quotidiennement la chute de l'euro-toute relative, par ailleurs-avec des mines défaites. Ils devraient en réalité s'en féliciter car, dans le Grand Huit actuel des bourses et des marchés, ce recul de l'euro par rapport au dollar et d'autres monnaies, est à peu près la seule bonne nouvelle !

Comment en effet éviter le fort ralentissement, voire même la récession vers laquelle tout indique que nous nous dirigeons ? Il faut regagner en demande extérieure ce qu’on perd en demande intérieure. Autrement dit, si l’Europe veut éviter une récession/déflation, elle doit faire en sorte que son taux de change ne soit pas réévalué et soit en phase avec la réalité économique.

Or, on sait que, même avec 1 euro pour 1,35 dollar, le taux actuel, plus bas que ces derniers mois, est encore surévalué par rapport au billet vert (d’environ 20/25%) et à un grand nombre de monnaies émergentes.

On estime qu'à parité de pouvoir d'achat, l'euro devrait avoir un taux oscillant entre 1,10 et 1,15. Or, à 1,40, voire 1,50, comme c'était le cas il n'y a pas si longtemps, les exportations hors zone euro qui sont le plus souvent libellées en dollars, ne peuvent qu'être asphyxiées. En France du moins, le cas Allemand qui produit des voitures ou des machines à forte valeur ajoutée étant différent : l'économie germanique a toujours eu la mystique de la monnaie forte qui la sécurise, même s'il n'est plus sûr du tout que cela l'avantage dans la période actuelle.

Chez Airbus, on observe à la loupe la moindre évolution de la parité dollar/euro. Et pour cause ! Selon que l'euro s'échange à 1,20 ou 1,35 dollar, c'est 1,5 milliard de résultat en plus ou en moins pour la maison-mère EADS ! D'où le secret espoir du constructeur aéronautique : que ses échanges soient libellés en euros, mais ce n'est pour l'heure qu'un rêve !

N'oublions pas qu'à ses débuts, la valeur de l'euro était inférieure à celle du dollar. Et l'on s'en portait fort bien. A telle enseigne que la Banque Centrale Européenne était alors intervenue plusieurs fois sur le marché des changes pour soutenir l'euro ! Son obsession étant l'inflation, avoir un euro fort limite le risque, mais c'est au détriment de la croissance.

Mieux vaudrait que la BCE ait, dans ses statuts, les deux objectifs à l'instar de la Banque Centrale américaine : celui de maintenir l'inflation à un niveau acceptable, mais aussi de concourir à la croissance, ce qui amènerait un pilotage moins dogmatique.

Souvenez-vous, qu'à l'origine, l'objectif affiché par les créateurs de la zone euro était de pouvoir agir sur le taux de change, via la politique monétaire : pour inciter les autres pays à ne pas le faire. Or, depuis, la zone euro a largement tourné le dos à cette idée. Essentiellement par manque de volonté politique commune des pays de la zone euro et, plus précisément, faute d’un accord franco-allemand sur ce sujet.

Nous avons laissé le champ libre aux Américains qui eux, font de leur monnaie une arme économique. Souvenez-vous de cette phrase célèbre de John Connally, secrétaire d'Etat au Trésor en 1971 : « le dollar c'est notre monnaie, mais c'est votre problème ! »

Pour qu'il ne soit plus un problème pour nous européens, il serait bon que la zone euro ne constitue pas, comme c'est actuellement le cas, une simple zone d’ajustement subissant les effets des politiques décidées ailleurs, en particulier aux Etats-Unis et en Chine.

Là encore, comme le montre la crise de la dette européenne et de la Grèce, ce n'est pas moins d'Europe, mais plus d'Europe dont nous avons besoin ; bref, d'une vraie politique de changes qui nous donne l'oxygène dont nous avons besoin.

Il est étonnant d'ailleurs de voir comment ce thème des taux de changes et notamment de la parité euro/dollar, sont absents des commentaires des économistes et des hommes politiques. Une manière de baisser les bras ?

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Publiée le 03 oct. 2011 par LARGERON Dominique. Mis à jour le 05 oct. 2011
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