Ré-industrialisation : le paradoxe de la plasturgie

Dominique Largeron

Alors que le gouvernement, les décideurs régionaux se penchent sur la réindustrialisation de notre économie, voilà un secteur, la plasturgie dont la région Rhône-Alpes est leader en France, où les entreprises-essentiellement des PME- se développent, mais dont la croissance est entravée par une visible difficulté à embaucher. Un paradoxe auquel tente de répondre non sans difficultés, la profession, mais qu'il va bien falloir résoudre un jour !

Ré-industrialisation : le paradoxe de la plasturgie

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" Lorsque je parle industrie avec des jeunes, les termes qui me reviennent le plus souvent aux oreilles sont bagne, mauvaises conditions de travail, métiers salissants"... Ces mots illustrant une image dégradée de l'industrie sont de Benoît Dorsemaine, le délégué régional d'Allizé Plasturgie, regroupement de trois syndicats patronaux du Sud-Est de la France. 

Il a, avec ses collègues plasturgistes de plus en plus de difficultés à trouver des salariés. « Je rencontre en permanence un certain nombre de cas d'industriels qui me disent : je viens de récupérer un nouveau marché, mais je n'ai pas les moyens de le mettre en œuvre ! », vitupère-t-il.

Quels types d'emplois manquent à l'appel ? Pas ceux d'ingénieurs, ni les emplois de tâches répétitives, de moins en moins nombreux, mais les emplois de techniciens, comme les moulistes qui demandent beaucoup d'expériences et un réel savoir-faire.

Ces patrons plasturgistes voient arriver avec inquiétude les départs en retaite des techniciens présents dans leur entreprise : « Si nous voulons conserver nos savoir-faire, il faudra bien les remplacer », se lamente David Astic, patron d'une PME de la plasturgie drômoise.

Les patrons de PME qui composent l'ensentiel de la plasturgie rhônalpine qui pèse 20 % du secteur en France avec 750 entreprises et 22 000 salariés, sont confrontés quotidiennement à ce paradoxe.

Leurs entreprises voient leur chiffre d'affaires croître, elles engrangent de nouveaux marchés. Du fait de leur légéreté les plastiques s'insinuent partout (automobile, aviation, éoliennes, etc.), mais ce développement est bridé par des difficultés d'embauches. Les effectifs de la plasturgie ont crû l'année dernière de 0,5 %, mais sans ces freins, leur croissance aurait pu être nettement plus importante.

Les raisons sont connues et multiples : très mauvaises image de l'industrie chez les jeunes, mauvaise adéquation de la formation, une orientation qui se fait vers d'autres secteurs jugés plus valorisants mais dotés de peu de débouchés, une formation souvent inadaptée et insuffisante pour les chômeurs inscrits à Pôle Emploi, etc.

Et pourtant, la profession plasturgiste s'est penché depuis longtemps sur son problème n°1. Il existe ainsi deux grandes écoles spécialisés avec des formations d'ingénieurs (l'Itech et l'Insa), quatre lycées plasturgistes à Lyon, Grenoble, Oyonnax et Saint-Etienne qui forment à ces métiers, l'apprentissage est de plus en plus fréquent. Une licence professionnelle, un BTS EuroPlastique avec donc une dimension européenne, ainsi qu'un Master en éco-conception seront proposés à la rentrée 2012, mais cela ne suffit pas encore à répondre aux besoins d'emplois émanant des PME.

La profession a bien tenté d'innover. Accompagné de patrons de PME pédagogues, un camion de la plasturgie se rend de lycées en lycées pour expliquer que ces métiers peuvent être passionnants, qu'ils sont en innovation permanente et demandent une vraie technicité.

Des PME de la plasturgie comme c'est la cas dans la Drôme, se regroupent pour mettre en place des formations d'apprentis par bassin d'emplois. Des UDA (Unités Décentralisées en Apprentissage) ont essaimé dans un certain nombre de départements, avec l'appui d'un atelier mobile de formation.

Malgré tous ces efforts, les difficultés d'embauches perdurent. « J'ai envoyé trois propositions d'emplois de techniciens-raconte Vincent Piraud, Pdg de Kplast, une PME plasturgiste de 40 salariés de Saint-Marcellin en Isère-qu'il s'agisse de Pôle Emploi, d'un cabinet de recrutement que j'ai spécialement mandaté ou des autres vecteurs que j'ai utilisés, j'ai reçu zéro réponse ! »

Si intellectuellement il est de bon ton de parler de ré-industrialisation, il apparaît que la condition première réside, à l'instar de Allemagne, dans un retournement total de l'image de l'industrie, perçue encore trop négativement de ce côté-ci du Rhin. Cela demandera assurément du temps : c'est une véritable révolution copernicienne qu'il faudra mettre en œuvre...

Le dessin de Le Honzec
Publiée le 28 mai 2012 par LARGERON Dominique. Mis à jour le 29 mai 2012
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