Tunnel ferroviaire Lyon-Turin : ne pas aller plus vite que la musique...

Dominique Largeron

On a entendu beaucoup de cris de victoire ces derniers jours sur l'avenir du  tunnel Lyon-Turin. Il n'y aurait plus aucun obstacle pour que les travaux puissent démarrer en 2017, et ce, pour une mise en service de l'ouvrage alpin en...2028. Pas si vite : il reste encore des paliers à franchir et non de moindres. Et une autre question se pose : que fait-on d'ici 2028 pour traverser les Alpes ?

Tunnel ferroviaire Lyon-Turin : ne pas aller plus vite que la musique...On l'appelle le Lyon-Turin, mais il faudrait plutôt parler de la Ligne à Grand Vitesse Lisbonne-Lubjiana-Kiev

Manifestations d'ampleur en Italie, vives oppositions politiques, etc. Les thuriféraires du tunnel ferroviaire Lyon-Turin ont eu ces dernières années tellement de sueurs froides qu'ils pensent que désormais la voie est libre depuis la rencontre entre François Hollande et Matteo Renzi, lors du dernier sommet franco-italien, en février.

 Les deux chefs d'Etat auraient donné le coup de pouce décisif au projet, envoyant la facture à l'Union Européenne chargée de régler 40 % de la facture des travaux, complétant les financements nationaux et régionaux.

 Une nouvelle étape importante a été franchie. C'est vrai. Mais il ne faut pas oublier les deux marches qui restent encore à franchir avant le lancement des travaux.

Il y a d'abord la réponse de l'Union Européenne qui doit intervenir d'ici l'automne à la demande de cofinancement à hauteur de 40 % du nouveau tunnel, soit 3,4 milliards d'euros, pour 2,2 milliards à charge de la France et 2,9 milliards d'euros à charge de l'Italie.

 Une enquête sur une possible influence de la Mafia

 Or, il faut savoir que l'Office européen de lutte anti-fraude vient d'ouvrir une enquête sur une possible influence de la Mafia en Italie sur les fonds destinés au projet. Or, si une influence mafieuse s'est faite sentir, cela ferait pour le moins mauvais effet et aurait pour effet d'en refroidir plus d'un.

 Deuxième palier : la ratification parlementaire qui doit intervenir d'ici 2016. Et d'ici cette date, aucun doute, les opposants au tunnel, toujours aussi actifs n'entendent pas dételer. Leur slogan : on a perdu une bataille, mais on n'a pas perdu la guerre !

 Une autre bataille, connexe est également en cours, celle du financement du tunnel qui pourrait passer par une « euro-vignette » perçue sur les poids-lourds traversant les Alpes. Mais encore faut-il la faire accepter !

 Mais c'est vrai aussi que le projet est tellement engagé qu'on voit mal une marche arrière, même si elle reste toujours possible : en janvier, les travaux de percement de la galerie d'accès de Saint-Vincent-de-Porte ont été engagés. Des centaines de millions d'euros ont déjà été investis dans le tunnel. Et le rythme perdure.

 Reste que tout n'est pas joué. Comme l'assure Mario Virano, directeur général de la nouvelle structure qui vient de changer d'objet social, mise en place, pour construire le tunnel de base de 57 kilomètres, le Tunnel Euralpin Lyon Turin (TELF) : « Les prochains mois seront décisifs. »

 Que fait-on d'ici 2028 ?

 Si les travaux sont effectivement lancés en 2017, ils ne seront pas terminés, vu l'ampleur de la tâche, avant...2028. Que fait-on alors pendant tout ce temps là pour la traversée des Alpes dans le sens est/ouest et les 2,6 millions de poids-lourds qui chaque année traversent les Alpes franco-italiennes, soit 7 000 poids-lourds par jour ?

 Il existe bien la solution de transition, en œuvre depuis de nombreuses années, l'actuel autoroute ferroviaire Aiton-Orbassano avec ses navettes qui accueillent les poids-lourds sur les trains. Or, la SNCF et Trenitalia ont beaucoup de mal à se mettre d'accord au sein de leur filiale commune, ce qui amène Jean-François Carenco, préfet de région à piquer une grosse colère. « La demande est là. Elle est extrêmement forte, il va falloir augmenter l'offre » a t-il expliqué lors de la dernière réunion de « La Transalpine », l'organisme de lobbying du tunnel Lyon-Turin. Ajoutant : « On nous prend pour des billes ! »

 Bref, il reste encore beaucoup à faire pour que la traversée des Alpes devienne un « long train tranquille » pour paraphraser un film célèbre.

 Pendant ce temps là, les Suisses, sans bruit, mettent la dernière main au tunnel du Saint-Gothard, destiné à accueillir le trafic alpin dans le sens nord-sud, cette fois : un tunnel de la même longueur que le Tunnel ferroviaire Lyon-Turin (57 km) mais qui sera, lui, inauguré en 2016...

Publiée le 09 mars 2015 par LARGERON Dominique.
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Fondements civilisationnel du Lyon TURIN[ 17/03/15 - Bruno BRET ]

Sans voie d'échange pas de développement

Pourquoi nos écologistes refusent d'étudier l'histoire ? Les Romains ont structuré l'Europe avec des Via de Lisbonne à Rome.

Je travaille actuellement sur la Via Aurelia en Liguria. Nos écolos auraient bloqué le chantier car elle est taillée dans les rochers qui se précipitent dans la Méditerranée depuis Marseille jusqu'à Pisa… Ainsi, Toulon, Nice (amphithéâtre de Cimiez) Menton, Genova n'auraient pas eu cet essor. Et même les Cinque Terre révérées par les écolos n'existeraient pas sous cette forme. 

Regardez le transsibérien, la Transcanada pour les trains. Et puis, que seraient Tombouctou sans les caravanes, Ankara, Teheran, Bukara, Anxi, Nankin ou Hong Kong sans les routes de la Soie ? 

À force d'ignorer le passé, de mépriser l'intérêt général, de protéger les acquis, d'avoir peur de l'avenir, nous laissons bloquer un développement harmonieux. VOYNET avait déjà bloquer le Canal Rhin Rhône pour être re élue à Dôle… Jusqu'où ira le réflexe égoïste de l'élu français. 

Pendant ce temps, les Suisses ont creusé 57 Km + 35 Kms  pour empêcher les camions de polluer leur pays ppour les échanges Nord Sud de l'Europe.

Nous, en Rhône-Alpes avons la chance d'être sur l'axe Est Ouest de l'Europe avec d'énormes échanges passés, présents et à venir. 

Favorisons ces échanges, notre civilisation en dépend. 

Sans voie d'échange pas de développement

Fondements économiques du tunnel Lyon - Turin[ 10/03/15 - Alain GIRARDET ]
Depuis 20 ans et dans les 12 qui viennent, a t'on une idée fiable des tonnages fret et nombre de passagers pouvant emprunter cet ouvrage à partir de 2028? Car, il ne faut pas être grand clerc pour constater que l'Europe industrielle a changé, s'est déplacée vers l'Est tout en voyant sa banane bleue prospérer (au détriment de la France et des relations transalpines Est <-> Ouest).


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