Les pigeons entrepreneurs volent dans les plumes du gouvernement

Il a suffit d'une révolte sur Internet façon printemps des entrepreneurs pour que le gouvernement recule (enfin, presque, à voir...) Retour et enseignements sur une « boulette » comme le gouvernement, seul, a le secret. Une nouvelle illustration de cafouillages en série que même Gérard Collomb tacle...

Entrepreneurs pigeons de Lyon, Gérard Collomb tacle le gouvernement

« Le gouvernement a fait une erreur, qu’il a dû corriger... La réforme fiscale était pénalisante pour les start-up... Ce projet était mal calibré. » Non, ces quelques phrases bien senties n'émanent pas de Jean-François Copé, l'actuel président de l'UMP, mais d'un socialiste bien en cour : Gérard Collomb, le maire de Lyon, dans une interview au Journal du Dimanche (*).

Pour celui qui a su dans sa ville de Lyon travailler en parfaite harmonie avec les chefs d'entreprises qui votent pour lui à chaque élection locale, aucun doute, le gouvernement « aurait mieux fait d'écouter les chefs d’entreprise avant : à Lyon, je vois régulièrement de nombreux créateurs d’entreprises, ils m’avaient alerté sur le caractère dissuasif de la taxation. J’ai dit que je comprenais la réaction de ces entrepreneurs, qu’il faut pouvoir encourager le risque dans ce pays, sinon on tuera l’innovation »

Cela ressemble au printemps arabe, version entrepreneurs, avec son véhicule, en l'occurrence les réseaux sociaux et sa forte créativité.

Tout démarre sur Facebook avec la réaction du créateur d'une start-up française installée à San Francisco, Carlos Diaz, en écho à un texte publié le matin même sur la Tribune.fr signé de Jean-David Chamboredon, patron d'un fonds d'entrepreneurs Internet, évoquant le premier pour s'en scandaliser, le chiffre de 60,5 % de taxation pour la revente de parts d'entreprise.

Il subsiste encore beaucoup de flou

Aussitôt la Toile s'enflamme, un blogueur célèbre propose aux premiers entrepreneurs mutins un nom pour fédérer leur mouvement « les Pigeons ». Un site Web est aussitôt créé : « Défense Pigeons » Le mouvement est lancé, il se terminera victorieusement, on le sait, dans le bureau de Pierre Moscovici, ministre de l'Economie qui, quatre jours plus tard, reviendra sur la mesure à l'origine de l'incendie sur la Toile. Une vraie blitzkrieg.

Mais les Pigeons ont-ils vraiment gagné ? Pierre Moscovici a assuré aux mutins entrepreneurs que la taxation des plus-values de cession préservera les créateurs d'entreprise. Mais beaucoup de flou subsiste encore à cet égard. Et il faudra que le texte final discuté à l'assemblée avec la loi de finances 2013 intègre véritablement les promesses faites oralement.

Les Pigeons l'ont assuré : ils restent l'arme au pied et s'interrogent : collera-t-il de simples rustines au texte, au risque de faire repartir le mouvement ou de véritables ajustements seront-ils opérés, comme souhaité ? Reste que dans le second cas, le gouvernement devra chercher ailleurs les quelques centaines de millions d'euros qu'il escomptait récolter avec cette mesure...

Accusé d'être l'ennemi des entreprises

Cette dernière illustre en tout cas un problème de méthode souligné aussi par Gérard Collomb. A l'heure où l'Insee nous apprend que-situation inédite depuis 1945- la France connaît une croissance zéro sur quatre trimestres consécutifs, où l'investissement des entreprises est totalement encalminé, le gouvernement est accusé d'être l'ennemie des entreprises, des start-up et de l'entrepreneuriat.

Pire, à l'heure même où Jean-Jack Queyranne, le président socialiste de la région Rhône-Alpes, célèbre le lancement à Lyon des premières Journées de l'innovation, ce même gouvernement est également accusé d'être contre cette même innovation. Calamiteux et totalement à rebours des déclarations des « réalistes » sociaux-démocrates mis en place aux postes clés du gouvernement par François Hollande pour justement rétablir la confiance entre le pouvoir et le monde économique.

Cette « boulette » que les Pigeons n'ont pas avalée, n'est pas la première. Qu'on se souvienne du premier ministre qui déclare que neuf foyers fiscaux sur dix ne seront en rien concernés par les hausses d'impôts ; ce qui est contredit dès le lendemain par un certain nombre de mesures à commencer par le maintien du gel du barème de l'impôt, ou l'augmentation de taxes en tous genres, concernant notamment les retraités, pour rétablir les comptes de la Sécurité Sociale, etc.

Quelques jours après avoir déclaré qu'il n'y aura pas d'augmentation d'impôt après 2014, on apprend que le gouvernement étudie des mesures pour rétablir la compétitivité des entreprises qui seraient étalées sur... cinq ans et qui frapperaient obligatoirement les ménages.

Bref, il n'y a pas que les jeunes chefs d'entreprises qui ne veulent pas être pris pour des pigeons, mais désormais une majorité de la population. D'autant qu'un récent sondage montre qu'une majorité de Français est favorable et prête à des sacrifices pour éradiquer le déficit du budget de l'Etat, vu comme le problème n°1 de notre pays. Mais encore faut-il parler un langage de vérité et ne pas vouloir la cacher.

C'est d'un choc de confiance dont ont besoin les entrepreneurs et partant, notre économie pour enfin repartir et non ces cafouillages à répétition.

(*) L'édition du JDD datée du 7 octobre

Publiée le 07 oct. 2012 par LARGERON Dominique. Mis à jour le 08 oct. 2012
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