La part d'ombre et de lumière de Xavier Niel

Dominique Largeron

Jouant à la manière d'Apple, le jeu habile de la rétention d'information jusqu'au jour du grand show, Xavier Niel, le Pdg de Free a mardi dernier incontestablement réussi une belle opération de communication. Il a par son offre et son discours mis en évidence le prix excessif des trois grands opérateurs hexagonaux, plus chers, on le sait que dans la plupart des autres pays européens. Mais derrière la lumière et les paillettes, il devra assumer ses annonces. Et là existe un risque non négligeable de retour de bâton.

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Bravo l'artiste ! Après des rumeurs savamment orchestrées sur la Toile depuis des semaines, des tweets énigmatiques, toute la France, sauf les chaînes de TV de Bouygues avait, mardi 10 janvier, les yeux rivés sur la scène où se produisait Xavier Niel, le Pdg de Free qui a enfin délivré devant la France ébaubie, les tarifs de son offre.

Avec ses prix très bas, à 19,99 euros par mois avec internet, SMS/MMS illimités et appels illimités vers 40 destinations, et 2 euros pour 60 minutes de communications et 60 SMS, l'annonce a fait sensation. C'était l'effet attendu.

Mieux : aux 4,8 millions d'abonnés à sa Freebox, il réserve un tarif privilégié de 15,99 euros pour le premier forfait, et... la gratuité pour le second, à vocation "sociale".

A travers un discours agressif à l'égard de ses confrères, Xavier Niel dénonce le coût excessif des trois grands opérateurs. Il a parfaitement raison. On le sait depuis longtemps, leurs tarifs sont environ 20 % plus chers que leurs confrères étrangers.

L'arrivée du loup Free dans la basse-cour française de la téléphonie mobile ne pourra faire que du bien. Les opérateurs historiques devront reconsidérer pour une part leur offre.

La bagarre va être sévère. Orange, SFR et Bouygues Telecom ont d'ailleurs prudemment lancé dès l'an dernier des offres plus avantageuses. Ils vont devoir poursuivre dans cette direction.

Mais pour autant, derrière le show sous les projecteurs et les paillettes subsistent des zones d'ombre que Xavier Niel n'a pas réussi à lever lors de son show, aussi réussi fut-il.

Il vise, dit-il 25 % de part de marché. Mais l'offre qu'il annonce n'est prudemment réservée qu'aux trois premiers millions de clients. Ce cap affiché s'explique-t-il par un problème de rentabilité de l'offre ?

Il faut comprendre que si Free peut offrir une telle offre, la raison tient au fait qu'il ne couvre pour l'instant que 27 % de la population française avec son réseau. Sur le reste du territoire, c'est Orange qui lui prête ses antennes moyennant bien sûr finances.

A contrario des trois opérateurs historiques, il ne possède en outre pratiquement pas de boutiques. Ce qui pose la question du service, de la hot-line, un domaine où déjà, Free n'a pas excellente réputation. Les consommateurs et les entreprises se satisferont-ils d'un service quasi unique à distance et de probables (au moins dans un premier temps) longs délais d'attente.

Il faut enfin comprendre que contrairement à Orange, SFR et Bouygues, Free ne prend pas en charge une partie du coût du portable. Pour les premiers prix, ça peut aller, mais pour le haut de gamme, comme l'iPhone, le coût pour le consommateur s'en ressent. Il est vrai qu'en contrepartie, contrairement à ce qui se passe chez les opérateurs historiques, le consommateur ne signe pas d'engagement. Il reste totalement libre.

Au total, les risques pris par Free sont à l'aune de la qualité du show et du message délivré, Xavier Niel a suscité de fortes attentes, comme en témoignent les millions d'internautes qui se sont connectées en vain sur le site de Free, d'entrée saturé, avec pour conséquence de provoquer des déceptionq et des frustrations.

Reste que ce sont les consommateurs et les entreprises, même ceux et celles conservant leur opérateur, qui devraient être gagnants grâce enfin à cette réelle concurrence qui arrive enfin sur un marché de la téléphonie mobile plus proche jusqu'à présent de l'oligopole que du ring de boxe.

Dessin d'Alex


Publiée le 12 janv. 2012 par LARGERON Dominique. Mis à jour le 16 janv. 2012
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