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Comment les éco-entreprises font bouger l'industrie

Dominique Largeron

On glose beaucoup sur le développement de l'économie verte qui serait la grande pourvoyeuse d'emplois de demain. Il existe un autre phénomène qui passe inaperçu et qu'il conviendrait de prendre en compte : le rôle actuel des éco-entreprises dans le développement de l'industrie. Leur influence peut porter, bien sûr sur l'ajout de la valeur environnementale, mais aussi sur toute la chaîne de valeur, jusqu'au marketing ou la logistique. Quelques exemples glanés dans des éco-entreprises de Rhône-Alpes.



Comment les éco-entreprises font bouger l'industrie

Wessling ou comment tirer profit d'une législation dans un premier temps contraignante. Société installée à Saint-Quentin-Fallavier (Isère) où travaillent 70 personnes, Wessling est spécialisée dans l'analyse des sols, de l'eau ou de l'air. Elle bénéficie actuellement pour son business de l'obligation d'étiquetage des fabricants de produits (peintures, colles) que l'on retrouve dans la maison, dans les meubles, les moquettes ou les papiers peints, par exemple. Une obligation issue du Grenelle de l'Environnement qui sera effective au 1er janvier 2012 : tous les fabricants se précipitent donc pour être en règle.

L'obligation porte sur la présence dans ces différents produits de composés organiques volatils dont certains peuvent être toxiques et donc dangereux pour la santé. « Cette contrainte peut constituer un indéniable avantage marketing pour les producteurs qui proposent des produits en phase avec ce que demande désormais le marché. Un avantage qu'ils peuvent accentuer en affichant un label », constate tous les jours Jean-François Campens, gérant de Wessling.

Autre exemple qui va encore plus loin dans la démarche. Basée à la Croix Rousse, la société Weenov a pour métier le conseil et l'accompagnement des PME et Grands Groupes dans des projets d'innovation et d'éco-innovation.

« Nous intervenons très en amont des projets et nous laissons la main à l'entreprise au moment du développement », explique Marine Jacotot responsable de la branche éco-conception de cette entreprise du secteur des éco-services. Elle ajoute : « Réfléchir sur l'environnement peut donner des idées : nous parvenons parfois à des solutions qui amènent à faire évoluer non seulement le cycle de vie des produits, mais aussi les process de production, voire même l'emballage. Avec souvent à la clef, un avantage concurrentiel. »

Pour appuyer son argumentaire, Marine Jacotot fournit l'exemple récent d'une collaboration avec un leader mondial dans son domaine. Pour des raisons de confidentialité, elle ne peut citer son nom. Mais le processus qu'elle décrit est évocateur de l'influence que peut apporter l'éco-conception et là, en l'occurrence, l'éco-innovation, lorsque le problème est pris suffisamment en amont.

La responsable de Weenov décrit : « Les responsables de cette entreprise nous avaient demandé de redéfinir un produit qu'ils estimaient trop cher à produire, en réduisant son coût à la base. Nous avons d'abord réfléchi sur la manière dont on pouvait faire entrer l'environnement dans sa valeur pour justement réduire cette dernière. Nous avons vite constaté que simplement réduire l'impact de ce produit sur l'environnement, aurait amené un potentiel de valeur relativement faible. »

Et de poursuivre : « Nous avons donc essayé de faire en sorte que ce produit rende un service supplémentaire, en intervenant sur les process de fabrication, en intégrant dans sa conception du design. Nous y avons même ajouté des préconisations logistiques, suite à une analyse du cycle logistique de ce produit. »

« Au bilan, à l'issue de ce processus très complexe qui a demandé de multiples analyses et recherches, la création de valeur a été très importante pour cette entreprise. Nous lui avons transmis un savoir-faire qui s'est notamment traduit par des actions de formation », conclut Marine Jacotot.

Dernier exemple concernant, cette fois, les déchets industriels, évoqué par Véronique Prieto, responsable régionale de la filiale Sita de Suez-Environnement. Pour beaucoup d'entreprises, la gestion des déchets constitue un coût, certes incontournable, mais un coût tout de même. Or, désormais, avec l'augmentation du prix des matières premières, métaux, papiers ou cartons, par exemple, ce coût peut être réduit à zéro.

Etre une entreprise citoyenne n'est donc plus obligatoirement onéreux. « Nous prenons en charge la totalité des déchets de l'entreprise que nous recyclons au meilleur prix car nous connaissons les bonnes filières », explique Véronique Prieto.

Pendant longtemps, les entreprises se débarrassaient de leurs déchets en vrac, sans possibilité de valorisation, ce qui revenait effectivement cher. Elles sont de plus en plus nombreuses désormais à les trier, ce qui à l'arrivée, permet de rembourser les coûts d'intervention : c'est de plus en plus vrai pour les plastiques, le bois, les cartons, les déchets métalliques. Le recyclage peut même parfois apporter un gain économique.

Même les bio-déchets produits par les entreprises agro-alimentaires peuvent désormais être recyclés, via une filière de méthanisation qui est en train de se mettre en place ou via la fabrication d'engrais, amenant Sita à travailler en partenariat avec des agriculteurs.

Cette démarche fonctionne bien avec les grosses entreprises grandes pourvoyeuses de déchets recyclables, mais moins avec les PME. « Des efforts restent à faire avec les petites structures, TPE et PME, les conditions économiques étant moins intéressantes », reconnaît Véronique Prieto. Mais de préciser aussitôt : « Les mentalités tendent à évoluer vite, cependant. »



Publiée le 07 sept. 2011 par LARGERON Dominique. Mis à jour le 07 sept. 2011
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