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Grippe, Alzheimer : Calixar, une start-up lyonnaise fait sauter un sérieux verrou thérapeutique

Dominique Largeron

La start-up lyonnaise Calixar semble bien partie pour révolutionner la mise au point de vaccins. Une démarche qui pourrait même ringardiser les grands du secteur. Elle exploite deux brevets qui permettent de faire exploser le verrou technologique menant à des vaccins ne ciblant que la cellule infectée. Une technologie basée sur les protéines menbranaires qui enveloppent les cellules. Or, 60 % des médicaments ont justement pour cible ces protéines impliquées dans les maladies infectieuses, mais aussi les cancers, la maladie de Parkinson ou celle d'Alzheimer.

Grippe, Alzheimer : Calixar, une start-up lyonnaise fait sauter un sérieux verrou thérapeutique

Jamais la recherche médicale n'a été aussi peu performante dans le monde. Les budgets de recherche ont doublé au cours des dix dernières années, tandis que le nombre de nouvelles molécules trouvées a été divisé... par deux !

L'un des freins recensés jusqu'à présent est la difficulté à travailler sur les protéines membranaires qui entourent les cellules et qui constituent la cible de 60 % des médicaments.

Ces médicaments ne se révèlent pas toujours performants car lors des phases de tests, ces protéines sont altérées, réduisant le développement desdits médicaments ou d'anticorps, atténuant plus ou moins fortement l'effet thérapeutique recherché.

Or, à l'issue de recherches menées depuis 2007 par quatre équipes, l'Institut de Biologie et de Chimie des Protéines (IPCB) basé à Lyon-Gerland (150 personnes) a mis au point un procédé qui permet de produire ces protéines membranaires sans aucune altération, ouvrant de ce fait, d'importantes perspectives.

Le processus mis au point provoque la cristallisation de ces protéines avec l'ensemble de leurs caractéristiques, ce qui permet d'engager un cycle très complet et très précis de R&D. Ces recherches ont donné lieu à deux brevets internationaux déposés par le CNRS et l'Université de Lyon.

Une start-up, Calixar, dirigée par Emmanuel Dejean, associé à Pierre Falson, chercheur à l'IBCP et grand spécialiste français des protéines membranaires (*), s'est chargé d'exploiter ces deux brevets.

Calixar est d'abord passée par l'incubateur Créalys basé à La Doua (Villeurbanne), avant d'être accueillie au sein même de l'IBCP : c'est la première start-up issue de cet Institut de recherche lyonnais.

Elle n'est pour l'heure composée que de quatre personnes, mais compte monter à quinze, d'ici trois ans. Ce qui sera d'autant plus facile que cette société qui va lever 300 000 euros auprès d'un pool d'investisseurs et espère recevoir 225 000 euros du concours national pour la création d'entreprises innovantes du ministère de la recherche, devrait, selon Emmanuel Dejean, se révéler rentable dès 2012.

Calixar est avant tout une société de services et ne demande donc pas d'importants investissements : son modèle économique est de proposer aux industries et équipes académiques un ensemble de services, du gène à la structure, basé sur cette technologie.

La start-up n'envisage pas elle-même de fabriquer des vaccins à l'échelle industrielle. « Encore que... », s'interroge en souriant son Pdg, Emmanuel Dejean. Il est vrai qu'elle se retrouve face à un vaste champ d'activité devant elle, car on estime qu'il existe près de 20 000 protéines membranaires cibles à découvrir !

Pour l'heure et pour valider le concept, l'équipe de Calixar s'est donné deux objectifs précis en guise de tests : la mise au point d'un nouveau vaccin sans adjuvant contre la grippe qui aurait le grand avantage d'être universel et donc non saisonnier ; et de développer une protéine cible pour lutter contre la maladie d'Alzheimer dont la cause est justement la dégradation d'une protéine membranaire.

Le vaccin contre la grippe devrait être mis au point d'ici six à huit mois, selon Emmanuel Dejean. Si tout se passe comme prévu, le chiffre d'affaires de la start-up devrait passer de 100 000 euros cette année, à 700 000 euros d'ici trois ans. Tout dépendra ensuite de la voie choisie : la fabrication des vaccins par elle-même ou la vente de licences aux grands de la profession. Dans le premier cas, ces derniers pourraient bien assister à la naissance d'un sérieux concurrent !

(*) Le capital de la start-up est partagé entre Emmanuel Dejean (51 %), Pierre Falson (33 %) et INP Entreprise, filiale du groupe Grenoble INP qui soutient financièrement une vingtaine de start-up en Rhône-Alpes (16 %).

Photo : Pierre Falson et Emmanuel Dejean, les deux chercheurs, créateurs de Calixar, dans leur laboratoire.

Publiée le 07 juin 2011 par LARGERON Dominique. Mis à jour le 14 juin 2011
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