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L'A 45 au pied du mur : le monde économique fait le forcing

Dominique Largeron

Cela fait dix-huit ans que l'on tente en vain de boucler le dossier de l'A 45, l'autoroute Lyon-Saint-Etienne, destinée à doubler l'actuelle A 47 saturée. Y réussira-t-on en trois mois ? Sans trop y croire, mais de manière volontariste néanmoins, les décideurs concernés à travers leurs vingt-trois organisations représentatives (CCI, Medef, CGPME, UPA, etc.) ont pris au mot Nicolas Sarkozy qui lors de sa récente venue dans la Loire a assuré que si les collectivités bouclaient dans les trois mois le financement de l'A 45, l'Etat ferait son devoir. Les chefs d'entreprise mettent les collectivités au pied du mur en poussant un « coup de gueule ».

L'A 45 au pied du mur : le monde économique fait le forcing

Cela ressemble à un « coup de gueule », même si le terme semble déplacé pour ceux qui l'émettent, en l'occurrence, les décideurs économiques de la Haute-Loire, de la Loire et du Rhône.

« L'A 45, 1er flux routier de Rhône-Alpes constitue un obstacle majeur à la compétitivité des entreprises. L'obsolescence de l'axe est la cause d'un nombre très anormal d'accidents, soit 22 en moyenne par mois, paralysant à chaque fois la circulation pendant plusieurs heures, compte tenu de la configuration de la voie... » Ainsi débute le courrier que vingt-trois présidents d'organisation patronales représentatives (de la Chambre régionale de commerce à la Fédération du BTP ou l'UPA*) viennent d'envoyer , respectivement à Jean-Jack Queyranne, le président de la Région ; Michel Mercier et Bernard Bonne, ceux des départements du Rhône et de la Loire ; Gérard Collomb et Maurice Vincent, maires de Lyon et de Saint-Etienne.

Ces décideurs ont pris au mot Nicolas Sarkozy qui, lors d'une récente visite dans une entreprise de transport de la Loire a assuré que l'Etat lancerait le processus visant à construire l'A 45, à condition que les collectivités concernées se mettent d'accord dans les trois mois sur le financement de cet équipement attendu... depuis dix-huit ans.

Bref, le compte à rebours est commencé et ces décideurs sont bien décidés de mettre les élus au pied du mur en les enjoignant à s'accorder sur les modalités de financement.

L'A 45 qui n'est pas une priorité pour Gérard Collomb est aussi un otage politique. Le maire de Lyon explique ainsi qu'il veut bien mettre au pot pour l'A 45, à condition que l'Etat de son côté, programme et finance le contournement ouest de Lyon, lui aussi au point mort. Et il n'est pas le seul élu à instrumentaliser ce projet.

Pour les convaincre de faire fissa, les décideurs mettent en avant l'argument économique, susceptible de toucher la corde sensible des élus : «Les chefs d'entreprise de l'axe Lyon/Saint-Etienne/Le Puy-en-Velay expriment une insatisfaction massive s'agissant de la desserte, en raison des coûts induits très importants qu'elle suscite-bien plus élevés que le coût d'un péage- et de l'insécurité à laquelle, elle expose quotidiennement leurs salariés. »

Et les chefs d'entreprise d'enfoncer le clou : « Plus préoccupant encore, un chef d'entreprise sur quatre déclare reporter ses investissements et un sur cinq dit envisager une délocalisation en raison de la très mauvaise qualité de l'actuelle liaison Lyon-Saint-Etienne. »

C'est d'autant plus rageant pour les décideurs concernés que le décret d'utilité publique de la liaison a été signée...le 16 juillet 2008 et que la décision de réaliser l'A 45 d'ici 2015 a été officiellement publiée. Mais depuis, le dossier est encalminé.

Pour Philippe Grillot, le président de la CCI de Lyon, « A l'instar de l'A 41 ou de l'A 65, l'A 45 pourra sans aucun doute bénéficier d'un financement 100 % privé, les perspectives de trafic, de 20 à 30 000 véhicules par jour, rendant l'hypothèse probable.  Ne nécessitant probablement pas l'engagement des collectivités publiques ! Mais il faut lancer le processus.»

Et d'ajouter : « Nous ne faisons pas de politique. Nous voulons simplement défendre les intérêts des 500 000 entreprises du ressort concernées par cette autoroute et développer nos territoires, sans nous immiscer dans la question du tracé, par exemple. »

Selon Pierre Sibut, président régional de la FNTR (Fédération Nationale du Transport Routier, « l'investissement qui devrait représenter près de 1,2 milliard d'euros sera créateur d'emplois : c'est une opportunité à ne pas manquer. Si les collectivités ne la saisissent pas, le projet risque d'être repoussé aux calendes grecques ! »

Dernier argument mis en avant par les décideurs qui vise sans doute les Verts du Conseil régional qui participent à l'exécutif et sont opposés au projet : « l'A 45 répond aux trois critères fixés lors du Grenelle de l'Environnement s'agissant des projets d'infrastructures de transport : infrastructure désengorgeant un axe surchargé, contribuant à améliorer la sécurité routière et l'aménagement du territoire ». Mais là, pas sûr que les écologistes les suivent sur ce terrain là !

(*) Les signataires : les présidents des CCI de Lyon, Saint-Etienne/Montbrison et de Haute-Loire, ainsi que de la CCIR Rhône-Alpes ; ceux du Medef Rhône-Alpes, Rhône, Loire, Haute-Loire ; ceux de la CGPME Rhône-Alpes, Loire et Haute-Loire ; ceux de l'UPA Rhône-Alpes, Rhône,Loire ; ceux de la Chambre de métiers régionale et des du Rhône et de la Loire ; ceux de la FNTR Rhône-Alpes, Rhône et Loire ; ceux de la Fédération du BTP Rhône-Alpes, Rhône et et Loire et enfin, celui de l'UIMM Loire.

Photo (UPA) : Une conférence de presse s'est déroulée à la CCI de Lyon pour mettre collectivement en scène le « coup de gueule » des décideurs de la Haute-Loire, de la Loire et du Rhône, en faveur d'un déblocage rapide du dossier de l'A 45.

Publiée le 01 oct. 2011 par LARGERON Dominique. Mis à jour le 03 oct. 2011
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