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« La lutte contre la pollution de l'air pourrait créer des miliers d'emplois »

Dominique Largeron

Tel est le credo de Marie-Blanche Personnaz, directrice d'Air-Rhône-Alpes, la structure de surveillance de la qualité de l'air dans la région, très sollicitée ces derniers mois. Mais elle regrette que les plans de lutte contre la pollution de l'air, mis en œuvre, ne soient pas dotés de budgets propres.

« La lutte contre la pollution de l'air pourrait créer des miliers d'emplois »Journée de pollution de l'air à Lyon (photo DR).

 « La Commission Européenne a effectué une évaluation. Elle montre que la lutte contre la pollution de l'air est très largement rentable. Elle serait même susceptible de créer chez les Vingt-Sept, cent mille emplois minimum !».

 A l'heure où suite à l'un des plus longs épisodes de pollution de l'air que la région Rhône-Alpes ait connu, Marie-Blanche Personnaz, la directrice d'Air Rhône-Alpes, la structure chargée de surveiller la pollution de l'air dans la région et d'effectuer des préconisations pour lutter contre elle (*), ne craint pas de manier le paradoxe.

 Si cette pollution est susceptible de provoquer des problèmes de santé chez les plus fragiles, le fait d'engager une véritable lutte contre celle-ci ne peut, selon elle, qu'être favorable à l'économie.

 Une équipe de recherche

 Marie-Blanche Personnaz, envisage d'ailleurs de créer une équipe de recherche autour d'elle au niveau régional, pour calculer, d'une part les retombées de la situation actuelle si elle perdurait, et les bienfaits économiques apportés, si la qualité de l'air s'améliorait enfin.

 Ne soyons tout de même pas trop catastrophistes. Malgré le dernier épisode de la fin d'année dernière et un total de 83 journées dans la région ayant connu un dispositif d'information ou d'alerte, la pollution tend chaque année à diminuer un peu plus. Lentement. « En moyenne, les concentrations de polluants atmosphériques sont majoritairement en baisse depuis plusieurs années. Et le long épisode de 2013 ne remet pas en cause cette tendance », explique la directrice d'Air Rhône-Alpes.

 Les trois polluants dont les normes sont les moins respectées en Rhône-Alpes sont : le dioxyde d'azote, l'ozone et les fameuse particules fines M10 (ainsi désignées car leur taille est de dix microns).

 Reste que la France qui se fait régulièrement taper sur les doigts par Bruxelles va devoir agir plus qu'elle ne fait actuellement.

 Rhône-Alpes n'a pas attendu puisque différents plans ont été élaborés : outre le Schéma régional Climat Air Energie, quatre Plans de Protection de l'Atmosphère (PPA) ont été élaborés : adoptés, ils concernent Lyon, Grenoble, la Vallée de l'Arve et Saint-Etienne.

 Des PPA qui ne sont pas dotés de budgets propres

 Mais Marie-Blanche Personnaz de déplorer que ces plans ne soient pas dotés de budgets idoines. « Il faut aller chercher les financements ici ou là, c'est compliqué », déplore la responsable d'Air Rhône-Alpes.

 Mais en quoi la lutte contre la pollution de l’air pourrait-t-elle être rentable ?

 Chiffres à l’appui, la Commission Européenne vient de le démontrer. «Les coûts directs liés à la pollution de l’air, y compris les dommages causés aux cultures et aux bâtiments, s’élèvent pour la société à environ 23 milliards d’euros par an. Les bénéfices pour la santé des personnes liés à la mise en œuvre de ce train de mesures sont d’environ 40 milliards d'euros par an, soit plus de douze fois les coûts de la réduction de la pollution, qui devraient atteindre 3,4 milliards d'euros par an en 2030 selon les estimations», détaille la Commission.

 On le sait désormais, suite aux études menées par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), basé à Lyon, que la pollution de l'air agit comme cancérogène avéré.

 On peut se poser la question de savoir si imposer plus de contraintes au monde industriel en période de crise économique est bien une idée judicieuse ?

 La Commission Européenne pense que... oui !

 Elle estime que la révision de la directive NEC (luttant contre ladite pollution de l'air) peut constituer un avantage compétitif pour l’Union, notamment en tant que fournisseur de «technologie verte».

 Sans compter les gains de productivité obtenus, chiffrés à près de 3 milliards d'euros par an liés à l’augmentation de la productivité de la main-d’œuvre, à une diminution du coût des soins de santé, à une amélioration du rendement des récoltes et à une réduction des dommages causés aux immeubles.

 « Entre 40 et 140 milliards d'euros d'économies »

 «Les bénéfices en matière de santé permettront à eux seuls d’économiser entre 40 et 140 milliards d'euros par an en coûts externes», estime la Commission.

 A l'arrivée, elle pense que ces mesures seraient susceptibles de créer d'environ 100 000 emplois supplémentaires, «grâce à une productivité et une compétitivité accrues du fait de la diminution du nombre de jours de travail perdus. »

Bref, une incidence nette positive sur la croissance économique. CQFD.

 (*) Air Rhône-Alpes est une association « loi 1901 » agréée par le Ministère de l’Ecologie, du Développement Durable et de l'Energie. Elle gère un observatoire environnemental relatif à l’air et à la pollution atmosphérique au sens de l’article L.220-2 du Code de l’Environnement. Air Rhône-Alpes communique publiquement sur les informations issues de ses différents travaux. Elle regroupe plus d’une centaine d’adhérents, tous concernés par la problématique de la qualité de l’air et répartis selon 4 collèges : les représentants de l’Etat ; les collectivités territoriales et locales ; les professionnels de l’industrie et du transport ; les associations de consommateurs, de protection de l’environnement ; ainsi que les personnalités qualifiés (scientifiques et professionnels de santé).

Publiée le 20 avril 2014 par LARGERON Dominique.
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Commentaires

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quelle incompétence[ 23/04/14 ]
Considérer le CO2 comme un polluant en dit long sur les compétences de cette dame ! ...
Les soupirs de consternation à lecture de cet article produisent probablement plus de CO2 que l'ensemble des voitures pendant 1 an !
Par contre, il serait intéressant de savoir à qui profite toutes ces bêtises énoncées sur un ton pseudo-scientifique (aucune source, pas de faits, aucune mesure, etc...). Exactement les mêmes bénéficiaires que lors de la stigmatisation du CO2 (ce bon vieux gaz que les arbres produisent...) : les pollueurs. En bref, voilà qu'ils sont en train de demander de l'argent pour polluer moins, contre des emplois fictifs.


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