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« Si elles le voulaient, beaucoup d'entreprises pourraient gagner de 3 à 5 % sur leurs achats »

Propos recueillis par Dominique Largeron

La conférence-achat qui s'est déroulée le 3 avril au centre de congrès de la cité internationale à Lyon, rassemblant 211 acheteurs et acteurs des achats, venus de toute la France, a permis de faire le point sur cette fonction vitale de l'entreprise, mais encore trop sous-estimée, selon Fabrice Ménelot, président de « Crop&co », société lyonnaise à l'origine de cette manifestation annuelle. Pour lui, les économies potentielles sont réelles et chiffrables. Interview.

« Si elles le voulaient, beaucoup d'entreprises pourraient gagner de 3 à 5 % sur leurs achats »

Vous avez créé la société « Crop&co » à Lyon en 2004. Quel est son métier ?

Fabrice Ménelot-Nous sommes une société de service de quinze personnes basée à Saint-Genis-Laval J'ai quitté le service achat de bioMérieux pour créer cette entreprise dont je suis un des deux co-fondateurs, il y a sept ans. Nous avons réalisé l'année dernière deux millions d'euros de chiffre d'affaires.

Notre job est d'aider les entreprises à développer leur performance achat. Nous sommes une société de conseil, mais nous pouvons également opérer par délégation, mais aussi avoir un rôle de négociation de dossiers opérationnels.

L'achat est un sujet rarement abordé. On met peu en avant les services achats dans les entreprises, ils restent souvent dans l'ombre, non ?

Ceci s'explique fort bien : les directeurs généraux des entreprises proviennent souvent du marketing, de la finance, de la production. Très rarement du service achat, à l'exception notable de Carlos Ghosn, le Pdg de Renault qui vient des achats. Ces Dg ne sont donc pas sensibilisés à cette problématique. Et pourtant : pour moi, les services achat peuvent constituer un levier important au sein des entreprises. Un bon service pour amener une réduction des prix et donc leur faire gagner de l'argent.

Quelles sont les entreprises rhônalpines qui ont, selon vous, pris conscience de l'importance des services achats ?

On trouve bioMérieux, Seb, Sanofi Pasteur, plutôt de grandes entreprises privées. Du côté du public, on constate un réel effort sous fond de contraintes fortes aux Hospices Civils de Lyon. Le directeur général des HCL a voulu que son service achat se retrouve au cœur de sa stratégie. Et ça marche !

Que doivent faire les entreprises pour réhabiliter les achats et réaliser de la sorte des économies ?

Il faut d'abord que le service achat soit reconnu comme une ressource de performances. Il faut ensuite lui donner les moyens d'innover, de développer les marchés fournisseurs. Il leur faut informatiser leurs processus d'achats, pour informatiser les transactions.

Il faut aussi faire intervenir les acheteurs beaucoup plus en amont. Trop souvent, ils sont en bout de chaîne et opérent très tard, trop tard, dans les processus achat et ne peuvent donc diminuer les prix autant qu'ils le pourraient.

Il existe enfin un problème de formation : un certain nombre d'acheteurs ne connaissent pas encore suffisamment leurs marchés fournisseurs, ils manquent de techniques, ne négocient pas suffisamment. Là encore, il existe un important potentiel.

A combien estimez-vous le gain potentiel pour une entreprise grâce à un service achat performant ?

Un service achat bien positionné au cœur de la stratégie de l'entreprise peut lui amener des gains de l'ordre de 3 à 5 % sur l'ensemble de ses achats. Ce qui est loin d'être négligeable si l'on considère que les achats représentent au sein de certaines entreprises plus de 50 % du chiffre d'affaires. Indirectement, c'est de la marge gagnée en plus. Dans les sociétés qui ne réalisent que 1 à 2 % de marge, ces quelques points peuvent se révéler cruciaux.

Photo (DL) : Fabrice Ménelot, co-fondateur de la société lyonnaise Crop&co.

Publiée le 08 avril 2012 par LARGERON Dominique. Mis à jour le 10 avril 2012
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