PEA-PME : un coup d'épée dans l'eau ?

Sandy Campart, directeur de l’IUP Banque Finance Assurance

 Pierre Moscovici devrait présenter le décret d'application de l'article 70 de la loi de finances pour 2014 qui donnera les contours définitifs du PEA PME début février. Sandy Campart, directeur de l’IUP Banque Finance Assurance se penche sur la question des besoins de financement des PME-ETI et se demande si ce n’est pas un coup d’épée dans l’eau ?

PEA-PME : un coup d'épée dans l'eau ?

 Pierre Moscovici a annoncé comme étant une priorité le renforcement des fonds propres des PME (Petites et Moyennes Entreprises) et ETI (Entreprises de Taille Intermédiaire).

 En effet, leur taux d’investissement ne cesse de reculer et est en retrait par rapport aux entreprises de plus grande taille. Faute d’un accès suffisant à des financements de long terme, ces PME-ETI, qui concentrent l’essentiel de l’emploi salarié, peinent à innover et à se développer. Alors que leurs consœurs du CAC 40 se financent à 85 % sur les marchés financiers, les PME-ETI font appel quasi exclusivement aux établissements bancaires.

 Orienter l’épargne financière des ménages vers le financement des PME-ETI et inciter les entreprises à faire appel aux marchés pour se financer sont les objectifs complémentaires du PEA-PME (Plan d’Epargne d’Actions  dédié aux PME-ETI) et d’Enternext. 

 Le PEA PME-ETI fonctionne en tout point comme un PEA classique et permet de bénéficier des mêmes règles d’exonération. Son succès pourrait donc être assuré si celui du PEA était avéré. Mais il faut reconnaître que le PEA dont l’encours a baissé de 25% depuis 2006 ne suscite pas, comparativement à l’assurance-vie, un fort engouement des français. La demande est donc loin d’être assurée.

Le marché des PME-ETI cotées est très étroit

 Mais l’offre pose également problème. Le marché des PME-ETI cotées est très étroit. Elles ne sont aujourd’hui en France que quelques centaines à êtres cotées sur plus de 130 000. Il existe donc des freins à la cotation rédhibitoires pour la presque totalité des PME-ETI. Le lancement d’EnterNext en mai dernier, dont l'objectif est un triplement des introductions en Bourse de petites capitalisations, constitue une initiative de la plate-forme de marché NYSE Euronext à destination des PME-ETI.

 EnterNext est une entité commerciale destinée à promouvoir les bourses existantes auprès des PME-ETI  et des investisseurs. Mais force est de constater que les dirigeants des PME-ETI cotées sur le NYSE Euronext continuent à souffrir d’un manque d’accompagnement tout en devant s’acquitter de frais qu’ils jugent très élevés au regard du service rendu.

 Enfin, la reprise du NYSE Euronext par InterContinentalExchange (ICE) va aboutir dans les prochains mois à la séparation entre le New York Stock Exchange (NYSE), qui fusionnera avec ICE, et Euronext (qui regroupe les places de Paris, Amsterdam, Bruxelles et Lisbonne).

 Cette dernière sera vraisemblablement introduite en bourse. Cette opération, qui aurait pu constituer une opportunité pour le développement du compartiment parisien, semble susciter actuellement en France très peu d’intérêt de la part des acteurs de la place. Aussi le risque est-il grand, sans une ambition affichée de la part des futurs actionnaires d’Euronext et un très fort volontarisme,  de voir les initiatives récentes visant à favoriser l’accès aux marchés financiers des PME-ETI aboutir à des résultats non conformes aux enjeux.

Publiée le 17 janv. 2014 par LARGERON Dominique.
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