Elections à la CCI de Lyon : Philippe Grillot, le candidat de la CGPME possède aussi la casquette Medef
Dominique LargeronSe présentant comme « casque bleu d'une solution d'entente en faveur de l'union patronale », Philippe Grillot sera le candidat à la présidence de la CCI de Lyon en cas de victoire de la liste CGPME aux élections à la CCI de Lyon de décembre prochain. Cet adhérent de longue date de la CGPME est en effet aussi membre du Medef. Comme président d'une puissante Fédération des Transports et la Logistique, il est même vice-président du conseil exécutif de l'organisme patronal au côté...de Laurence Parisot. Cet ancien président du Tribunal de Commerce de Lyon figurera au côté de François Turcas, le responsable de la CGPME du Rhône qui mènera la liste.

Manifestement, la reprise des hostilités dans le Rhône à l'occasion des élections à la CCI de Lyon entre les deux frères ennemis du patronat, le Medef et la CGPME, suscite l'intérêt des chefs d'entreprise. Selon un récent sondage, près de 30 % d'entre eux comptent aller voter lors du scrutin de décembre prochain. Il n'y avait que 17 % de votants lors de la dernière élection en 2005.
Il reste que ces mêmes chefs d'entreprise se déclarent aussi viscéralement favorables à l'union. Rien d'étonnant donc si les deux organismes patronaux rejettent sur l'autre la responsabilité de la rupture. Et si chacun se veut unitaire pour deux.
A cet égard, en présentant, jeudi 14 octobre, celui qui sera choisi comme président pour succéder à Guy Mathiolon, en cas de victoire, la CGPME joue une carte habile. Deux candidats étaient en lice : Christophe Gruy, patron de Maïa Saunier et Philippe Grillot, ancien président du Tribunal de Commerce de Lyon.
C'est ce dernier qui a été choisi. Il est un membre de longue date de la CGPME (« ma véritable maison ») à laquelle il avait adhéré lorsqu'il avait lancé son entreprise, mais il est aussi membre des instances dirigeantes du Medef au plan national.
Ayant revendu une grande part de ses activités, il est devenu le président de la puissante Fédération des transports : TLF (Transport Logistique de France), riche de 5 000 adhérents. Il siège donc à ce titre au conseil exécutif du Medef. « Ma Fédération verse chaque année 800 000 euros de cotisations au Medef », précise-t-il. Ce qui lui permet de se présenter comme unitaire pour deux. « Je veux œuvrer comme casque bleu d'une solution d'entente pour une union patronale », assure-t-il. Et d'enfoncer le clou : « Je pense que l'économie et la Ville de Lyon n'ont pas les moyens de s'offrir une désunion patronale ! »
Il reste que la CGPME présente un homme qui a été à la fois patron d'une petite entreprise (EM2S) devenue grande, mais aussi un ancien président du Tribunal de Commerce, de 2004 à 2008, particulièrement actif : il a notamment mis en place la « Chambre des préventions », un système destiné à sauver en amont, les entreprises en difficulté.. Un CV qui en fait un candidat de poids, face à Benoît Soury, directeur général de la Vie Claire et 1er vice-président de la CCI de Lyon, présenté par le Medef, un homme lui aussi doté d'un solide parcours.
Autodidacte, Philippe Grillot a débuté comme coursier, en portant des déclarations pour les Douanes. Il a ensuite créé son entreprise de transport (EM2S) spécialisée dans les produits dangereux, notamment nucléaires. Une entreprise qu'il a cédée il y a trois ans. « De bonnes fées se sont penchées sur moi tout au long de ma carrière. Je veux maintenant rendre ce qui m'a été donné. »
Président national de TLF depuis trois ans, il quittera cette fonction « quel que soit le résultat de l'élection ». Ancien adhérent du CJD (Centre des Jeunes Dirigeants), le poil à gratter du patronat, il est également membre du Comité économique et social régional Rhône-Alpes, l'ex-Cesr devenu récemment Ceser.
Philippe Grillot entend mener « une campagne digne et noble : je ne supporterai pas une campagne en dessous de la ceinture. » Il promet, lors du deuxième tour, si la CGPME l'emporte, de donner des fonctions de responsabilité aux membres du Medef « comme a su le faire André Mounier dans la Loire, lorsqu'il a été élu en 2005 à la CCI de Saint-Etienne à la tête d'une liste CGPME. »
Tel sera sans doute le paradoxe de cette élection aux deux listes concurrentes : on devrait beaucoup y parler d'union patronale...
Photo (DR) : Philippe Grillot, sera le futur président de la CCI de Lyon pour remplacer l'actuel, Guy Mathiolon, en cas de victoire de la liste CGPME : celle-ci comporte deux tiers de nouveaux candidats pour un tiers de sortants.
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