Financement des entreprises innovantes : vers un Rhône-Alpes Création 2

Dominique Largeron

Créé il y a vingt ans par Alain Mérieux sous l'égide du Conseil régional, l'outil d'investissement en direction des PME innovantes, Rhône-Alpes Création (RAC) va mourir de sa belle mort...pour renaître aussitôt. A partir de 2012, un RAC2 devrait voir le jour. Ce dernier pourrait être accompagné d'un fonds d'investissement pour éviter que les belles PME rhônalpines devenues matures ne tombent trop souvent dans le giron de multinationales.

Financement des entreprises innovantes : vers un Rhône-Alpes Création 2

Vingt ans serait-il le bel âge pour... mourir ? Apparemment, dans le domaine du capital-risque du moins, puisque la société de capital-développement Rhône-Alpes Création a attendu de fêter ses vingt bougies pour annoncer sa disparition. La société que dirige Guy Rigaud, comme président du directoire, va, d'ici 2012, progressivement arrêter ses investissements et rembourser ses actionnaires. Mais il y a de bonnes chances pour que cela ne signe pas la disparition de ce bel outil de capital-investissement puisque qu'un Rhône-Alpes Création 2 devrait voir le jour à partir de cette date avec les mêmes objectifs.

Flash back. Rhône-Alpes Création est né en 1989 pour donner à la Région un nouvel outil d'intervention dans l'économie. Son promoteur, Alain Mérieux, avait fait alors le constat d'une carence du capital-investissement pour l'aide à la création des entreprises innovantes et notamment pour leur permettre de réussir un premier tour de table.

Rhône-Alpes Création que devait d'entrée diriger celui qui est encore à sa tête, Guy Rigaud, était déjà un OVNI car marquant une collaboration sans trop de nuages entre le public (la Région possède 36 % du capital), la Caisse des Dépôts (12 %), mais aussi des banques de la place (Banques Populaires, Crédit Agricole, CIC Lyonnais de Banque), mais encore des entreprises (Sanofi, Cegid) qui représentent la majorité avec 52 % du capital.

Sa vocation ? Investir dans le capital social des entreprises pour des montants allant de 100 000 à 500 000 euros, par participation, en restant actionnaires minoritaires (inférieur à 40 %) et en inscrivant cette participation dans un pacte d'actionnaires ; la sortie du capital s'effectuant en général 5 à 7 ans après la souscription, une fois l'entreprise devenue mature.

Jolie sur le papier, cette belle construction s'est aussi révélée efficace sur le terrain. Chaque année, RAC a investi en moyenne dans une dizaine de jeunes entreprises rhônalpines, ce qui a représenté en vingt ans, près d'une centaine d'entreprises accompagnées employant  à ce jour un total de 3 000 salariés sur les postes de haute valeur ajoutée. RAC aura ainsi investi bon an, mal an, 25,5 millions d'euros.

Rentable pour ses actionnaires ? Non, dans la mesure où dans capital-risque il y a le mot risque et que ce métier est particulièrement difficile. En revanche les actionnaires ont à tout le moins récupéré leur mise, ce qui constitue déjà un joli résultat. Mais c'est surtout l'économie de la région Rhône-Alpes qui en a tiré les plus grands dividendes. Au palmarès, RAC a accompagné des société désormais bien installées dans le paysage économique régional comme Adthink Media (régie pub sur Internet), Antidot (moteur de recherche sur Internet), Birdy nam nam (crèmes glacées haut de gamme) ou Genoway (souris transgéniques pour laboratoires).

Il reste  que la crise a montré la fragilité des entreprises qui, nées en Rhône-Alpes sont cédées à un  moment ou un autre de leur parcours à de grandes multinationales, notamment américaines. « On l'a constaté depuis le début de la crise, ce sont là où les licenciements sont les plus lourds », assure Jean-Louis Gagnaire, vice-président du Conseil régional chargé de l'économie. Alors, comment, après avoir développé des PME innovantes, les garder sur le sol rhônalpin ? Pour le vice-président de la région Rhône-Alpes, délégué au développement économique, « il faudrait aussi passer à quelque chose qui irait beaucoup plus loin : un fonds qui permette aux PME régionales de ne pas tomber dans le giron de ces grands groupes internationaux qui sont souvent des prédateurs. » Une manière aussi d'annoncer une partie du programme économique de l'actuelle majorité (PS/PC/Verts) lors des futures élections régionales de mars prochain...

Photo : Guy Rigaud, président du directoire de Rhône-Alpes Création depuis sa naissance (L'industriel Paul Tholly est président du conseil de surveillance).

Publiée le 27 oct. 2009 par LARGERON Dominique. Mis à jour le 27 oct. 2009
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