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Deux importants médias lyonnais ont vu en une dizaine de jours leur centre de décision passer de la capitale des Gaules à la capitale tout cours : TLM et Acteurs de l’Economie.

La chaine de télévision locale qui après avoir appartenu au Groupe Progrès était devenue indépendante était dotée d’un actionnariat de quinze chefs d’entreprises de la région.

Chose rare dans le monde des télévisions locales françaises, TLM était devenue bénéficiaire depuis trois ans, alors qu’elle n’avait jamais quasiment gagné d’argent depuis sa création.

Mais au lieu d’en profiter pour relancer la chaîne dans un projet lyonno-lyonnais, en remettant au pot, les actionnaires ont préféré céder l’intégralité du capital au groupe Altice, propriétaire de BFM qui va transformer la chaîne TV locale en BFM Lyon.

Plus que quatre journalistes

Les actionnaires au premier rang desquels Laurent Constantin, le Pdg de la chaîne, estiment que ce rachat constitue une formidable opportunité pour TLM car BFM devrait fortement investir pour relancer la chaîne locale qui avait perdu pas mal d’audience dans le cadre de son plan d’économie. Normal : elle ne disposait plus que de quatre journalistes…

Pas faux cette analyse, mais le sort de la seul TV privée lyonnaise se jouera désormais à Paris où les décisions seront prises. Pas sûr que ce soit toujours dans l’intérêt régional…

Après BFM Paris, suite au rachat de Cap24, puis désormais BFM Lyon, le groupe Altice est en train de mailler sous son enseigne dans toute la France une galaxie de chaînes TV locales. L’opportunité était trop belle pour la chaîne d’infos continue n°1 en France : cette stratégie va lui permettre de conforter son avance sur ses concurrents.

C’est d’ailleurs cette même politique de développement de relais dans les régions qui a amené le groupe parisien « La Tribune » à prendre à peu près au même moment, 51 % du capital d’Acteurs de l’Economie, transférant là également le centre de décision de Lyon, à Paris, la rédaction basée à Lyon restant en l’état.

Avec cette fois cependant une conséquence qui sera bientôt visible : le mensuel éponyme qui s’était imposé dans la région suite à ses articles souvent très fouillés et sans concession va disparaître pour laisser la place à un hebdomadaire « La Tribune » plus régionalisé. Ce qui le distingue par ailleurs de son concurrent Les Echos qui, lui, a fait l’impasse sur l’information économique régionale, réduite à la portion congrue.

Un savoureux paradoxe

Ces deux opérations capitalistiques dans deux médias lyonnais offrent d’ailleurs un savoureux paradoxe : elles rapatrient les centres de décision à Paris, mais, pour développer dans leur orbite un maillage régional correspondant à la grande appétence pour l’information de proximité de leur lectorat ou de leur auditorat.

La fragilité économique de la presse actuellement explique en grande partie ce double rachat que nous venons de vivre. Deux médias, deux rédactions sont donc maintenues, voire confortée pour l’une d’entre elle ; mais Lyon souvent jalouse de son indépendance par rapport à la sphère parisienne a assurément perdu à l’occasion un peu de sa superbe…