La reprise est là, ne la gâchons pas
Dominique Largeron
Alors, la dernière crise européenne en date a-t-elle gâché les chances de reprise ? Celle-ci aura-t-elle la forme tant redoutée d'un W ?
A cette question, invité par la société de capital-investissement lyonnaise Siparex et PriceWaterhouseCoopers, le conjoncturiste Marc Touati a répondu en faisant preuve d'un optimiste teinté d'un bémol : « La reprise est là, ne la gâchons pas ! »
Présent régulièrement entre Rhône et Saône où il délivre ses oracles, Marc Touati, ancien directeur de la recherche économique au groupe Banque Populaire Natixis et Maître de Conférence à l'Institut d'Etudes Politique de Paris s'est, contrairement à nombre de ses confrères, peu trompé au cours de ces deux dernières années bien chahutées. Si ses paroles ne sont pas d'or-qui ne s'est jamais trompé ?-elles sont d'ordinaire fiables.
Or que nous dit-il ? Cette première affirmation empreinte d'optimisme mais appuyée sur force graphiques et statistiques : ils ne faut pas croire les prophètes de malheur. Nous sommes sortis de la crise et celle-ci a la forme d'un « V »
La croissance mondiale tourne actuellement autour de 4 % : ce qui est supérieur à la moyenne de ses trente dernières années. Aux Etats-Unis, elle s'établit à 3,5 %, en Chine, en surchauffe, à près de 12 %.
Le problème est l'Europe. Or, L'Europe, on le sait est le parent pauvre de la reprise, mais ô miracle, la récente crise autour de la Grèce aura apporté au moins cet avantage : de mettre l'euro au niveau auquel il devrait être (à comparaison de pouvoir d'achat identique) : 1,20/1,25 euro pour un dollar. « Lorsque l'euro baisse de 10 %, nous gagnons 0,4 % de croissance supplémentaire. Or, il a baissé de 30 % », se félicite-t-il. Faites le calcul.
Selon lui, cette baisse de l'euro devrait durer au moins deux ans : les Américains devraient remonter leurs taux d'intérêt avant nous, ce qui va maintenir la monnaie européenne à un bas niveau, tandis que les Chinois devraient probablement d'ici la fin de l'année réévaluer le yuan de 10 à 15 %.
Le gros problème de la plupart des pays de l'Union Européenne est de ne pas générer assez de croissance pour permettre le financement des intérêts de la dette, lequel s'établit à 3,2 % du PIB (Produit Intérieur Brut) pour l'Hexagone. C'est ce qu'on voulu signifier les marchés en plongeant l'Europe dans la crise. Or, nous pouvons atteindre le niveau de remboursement des intérêts de la dette, si, en intégrant l'inflation et grâce à la baisse de l'euro, nous réalisons autour de 2 % de croissance l'année prochaine. Ce qui pour Gérard Touati est loin d'être impossible, voire même certain si l'euro baissait encore plus.
Sur le terrain régional, cette analyse est corroborée par la dernière enquête conjoncture (réalisé du 3 au 10 mai) de la CCI de Lyon qui assure que « des signes de reprise se confirment ». La proportion des chefs d'entreprises qui ont perçu ces signes progresse en effet de 46 % en février dernier, à 64 % en mai. Tandis que les indicateurs de l'emploi se mettent au vert, 82 % des entreprises ont vu leur chiffre d'affaires progresser ou au pire se stabiliser. D'où l'analyse de Guy Mathiolon, président de la CCI « Pour la première fois de l'année, l'analyse de ces résultats nous permettent de réintroduire le mot : optimisme ».
Sérieux bémol, néanmoins. Pour Marc Touati, nous avons deux ans de répit devant nous, pas plus. Car, assure-t-il « si l'assainissement financier n'est pas véritablement engagé maintenant, on peut s'inquiéter pour la suite... »
Et de préciser « Si la France perd son triple A des agences de notation, je n'ose même pas imaginer ce qui va se passer..!» Bref, si nous sommes sur le fil du rasoir, nous avons la possibilité de nous en sortir. Une chance qui ne se répétera pas : l'Histoire ne repasse pas les plats.
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