Le Campus numérique voulu par Laurent Wauquiez commence à sortir du brouillard

 Le Campus numérique voulu par Laurent Wauquiez commence à sortir du brouillard

Quand on connaît le goût de Laurent Wauquiez, le président de la région, pour l'emphase, on ne pouvait qu'être un tantinet circonspect.

 Il ne cesse d'affirmer qu'il veut faire d'Auvergne-Rhône-Alpes « la Silicon Valley Européenne » ! Or, toutes les études montrent que la région est loin de figurer parmi les meilleures en la matière : elle est la 15ème région européenne pour le PNB numérique !

 Pour le président de la région, cela passe, toujours avec son goût pour de l'emphase par un « grand Campus numérique international ».

 Face à ce projet qui était un de ses principaux arguments de campagne lors des élections régionales, on ne voyait pas grand chose sortir jusqu'à présent, si ce n'est une Ecole de codage, inspirée et accompagnée par la fameuse Ecole 42 de Xavier Niel. Or, celle-ci ne va former que 120 jeunes à la rentrée 2017, même si c'est pour monter progressivement en puissance. Tout ça pour ça ?

 En fait, le Campus voulu par le président de la région commence à sortir du brouillard et on y voit un peu plus clair. Et là, ça devient plus intéressant...

 Un Campus Numérique de préfiguration à Confluence sur 3 500 m2

 Car au sein du Campus de préfiguration qui sera installé à deux pas du Conseil régional à Lyon-Confluence au sein de l'immeuble « King Charles », une ancienne mûrisserie de bananes en cours de réhabilitation, il n'y aura pas que le clone de l'Ecole 42 de Xavier Niel rebaptisée « le 101 » (cf le film Matrix), mais aussi sept Ecoles (*) proposant seize formations. Et cette fois, c'est sûr : près de cinq cents jeunes et moins jeunes, par ailleurs seront formés sur près de 3 500 m2 dès la rentrée prochaine.

 Un appel à projets en direction des organismes de formation a amené... 78 candidatures. Le tri a été effectué par un jury de professionnels et d'élus. Il s'agit pour l'essentiel d'Ecoles de formation privées, parfois même pour certaines, accompagnées d'entreprises.

 On y trouve ainsi aussi bien la prestigieuse EMLyon qui amènera une vingtaine de chefs d'entreprise à la transition numérique, que le CESI qui fera jouer l'ascenseur social ; ou encore, « Signes et formation » qui formera des sourds en langage des signes, etc.

 Les plus gros bataillons : IT Akademy

 Mais c'est sans doute l'Ecole «  IT Akademy » qui formera les plus gros bataillons : près de 150 personnes en formation initiale et continue, à la cyber-sécurité, au management de l'information, au métier de développeur, etc.

 Des formations extrêmement larges puisque ce Campus de préfiguration produira aussi bien des « codeurs » sans diplômes officiellement reconnus, mais trouvant du travail dès leur sortie de l'Ecole, que des Bachelors ou des Bac + 5.

 Comment ces Ecoles ont été choisies ? Le choix qui a été opéré porte sur leur capacité à se mettre très vite en route, en proposant beaucoup de passerelles et d'ouverture sur le monde de l'entreprise. A cette aune, on comprend que les structures de formation publique ne soient guère représentées dans ce panel...

 Toutes ces formations ouvriront leur portes dès la rentrée prochaine. Et ce qui est intéressant, c'est que les deux tiers d'entre elles n'existaient pas auparavant.

 Avec ces propositions de formation portant sur 5 à 600 élèves, on sera certes loin, là, de combler le très important déficit en matière de compétences numériques dont souffre Auvergne-Rhône-Alpes.

 Un déficit de 2 à 3 000 postes chaque année

 On estime que chaque année, de 2 à 3 000 postes dans le secteur du numériques ne trouvent pas preneurs dans la région, faute de centres de formation suffisants. Un vrai problème qui impacte le développement des entreprises du secteur dans la région.

 Ainsi , leur taille moyenne est très faible : quatre personnes par entreprise du Numérique en Auvergne-Rhône-Alpes, contre six en région parisienne et dix en Allemagne ! On comprend mieux dès lors, la raison du mauvais classement régional en matière numérique de la région à l'échelon européen.

 C'est donc un premier pas méritoire, même s'il est insuffisant.

 Il s'agit pour le président de la région de démarrer son Campus, même à petite échelle, avant qu'il ne s'installe en 2020 sur l'ancien siège du Conseil régional à Charbonnières sur 11 hectares, cette fois. On passerait alors de 5 à 600 apprenants, à un chiffre qui, annonce-t-on devrait être nettement plus conséquent.

 Locomotive lyonnaise et wagons métropolitains

 L'idée de Laurent Wauquiez est aussi de décentraliser ce Campus sur les différentes métropoles régionales, notamment à Grenoble, Saint-Etienne et Clermont-Ferrand « On fortifie la locomotive lyonnaise et on fait en sorte que les wagons suivent derrière », décrit-t-il.

 Bref, en s'appuyant sur sa jeune vice-présidente au Numérique, Juliette Jarry et sur Patrick Bertrand, président de Lyon French Tech qui a désormais du temps libre depuis qu'il a quitté Cegid, la région est en train de cravacher en mettant notamment les moyens pécuniaires (60 millions d'euros sur la seule formation) pour rattraper le grand retard régional en matière de Numérique.

 Une certitude : ça va prendre du temps, mais la direction prise commence à s'affirmer. Reste au train à prendre rapidement de la vitesse. Car pendant ce temps, ailleurs en Europe et dans le monde...

 (*) Digital Campus ; CESI en collaboration avec Atos et Sup de la Mache ; EMLyon ; l'ESDES, la formation au management de l'Université Catholique de Lyon, IT Akademy, Signes et formation ; et l'Ecole de Code « le 101 ».

Dominique Largeron

Publiée le 02 avril 2017 par LARGERON Dominique.
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