Rentrée sous tension après l'été meurtrier

Dominique Largeron

Ce fut l'été du Grand Huit économique. Sensations garanties ! Des Bourses qui dévissent, des responsables politiques qui réagissent toujours trop tard ou trop peu. Quelles vont être les conséquences de cet été meurtrier pour l'économie de Rhône-Alpes ? Région très industrielle, elle pourrait se retrouver en première ligne, alors que des chiffres qui viennent d'être publiés illustrent pour la première fois depuis des lustres un retour de l'emploi industriel grâce à un niveau d'investissement élevé. Mais d'ores et déjà les derniers chiffres du chômage sont inquiétants avec l'affichage d'une hausse de 1,8 %.

Friandart

La reprise semblait enclenchée, 2008 paraissait oubliée. Mais voilà, patatras, cet été la crise des subprimes s'est invité à la plage pour un deuxième tour.

On savait que le surendettement des Etats consécutif à l'aide apportée à la reprise et à la recapitalisation des banques allait peser sur la croissance, mais pas au point de faire craindre un deuxième round à la crise. Pourtant, en août, les marchés ont failli céder à la panique, les Bourses dévissant de près de 22 %. Une nouvelle fois le CAC 40 est retombé aux alentours des 3 000 points.

Au bord du gouffre, face à cette situation de crise, les responsables politiques européens ont une nouvelle fois réagi avec décalage, prenant les décisions à reculons lorsqu'aucune autre issue n'était possible. Les solutions esquissées par la plupart des économistes (monétisation de la dette et euro bonds ) qui pourraient résoudre pour une grande part le problème ne sont pas encore prises. Il faut reconnaître qu'elles nécessitent des conditions politiques encore absentes, mais cela viendra sans doute. Dans la douleur. Ainsi va l'Europe...

Reste que cette nouvelle crise financière pourrait bien avoir des conséquences sur l'économie réelle. Ne serait-ce par le fait que la course à la rigueur a été enclenchée, chaque pays s'employant à convaincre les marchés de leur bonne volonté. Avec cette conséquence : les mesures budgétaires prises vont réduire la demande intérieure et extérieure. Dans la tourmente, la défiance pour les banques est revenue. Celles-ci ont vu leur cours de bourse dévisser ( - 38 % pour Crédit Agricole SA , - 49 % pour la Société Générale, le 5 septembre à la clôture). Avec pour conséquence possible un durcissement de l'accès au financement des entreprises.

Cette crise arrive de surcroît au moment où l'économie connaissait déjà un ralentissement avec une croissance de 0, 1 % du PIB de la France au deuxième trimestre. Un ralentissement qui s'est déjà traduit dans les chiffres du chômage du mois de juillet en Rhône-Alpes : l'augmentation du nombre de chômeurs est très sensible : + 1,8 %, soit une file de 253 475 demandeurs d'emplois. Une augmentation du chômage plus importante que celle constatée à l'échelon national qui, elle, s'est établie à 1,3 %.

On retrouve là un des fondamentaux de la région qui a pour caractéristique de repartir plus vite que l'Hexagone au moment de la reprise, mais de replonger plus rapidement en cas de récession ou de ralentissement.

La part importante prise par l'industrie en Rhône-Alpes, première région mécanicienne et première région chimique de France explique cette propension de la région à surréagir aux aléas conjoncturels.

Or, ces derniers mois, les espoirs mis dans le redémarrage de l'industrie dans la foulée des Etats-Généraux qui lui ont été consacrés, semblaient porter leurs fruits.

L'investissement semblait repartir avec une hausse escomptée de 14 % cette année, contre 1 % seulement en 2010, mais surtout – 21 % en 2009. Pour la première fois depuis des lustres, on commençait à assister au retour des créations de postes. Ainsi au plan national et Rhône-Alpes ne fait pas exception, les derniers chiffres de l'emploi industriels publiés mi-août indiquaient que l'industrie est enfin redevenue créatrice nette d'emplois après en avoir détruit sans discontinuer 800 000 depuis dix ans.

Certes, ce mouvement reste modeste (+ 0,2 %, soit 6 600 postes supplémentaires, après 1 300 emplois de plus au premier trimestre). Mais il représente un véritable événement après le phénomène de désindustrialisation constaté depuis que la mondialisation s'est enclenchée.

En première ligne, l'industrie régionale va-t-elle replonger suite à la crise financière estivale alors qu'elle semblait enfin sortie du trou et était sur le bon chemin pour retrouver son niveau d'avant crise ? Les événements de l'été peuvent alimenter cette crainte. Reste à savoir si les chefs d'entreprises vont maintenir leur désir d'investissement à un niveau élevé ou vont freiner des quatre fers suite aux craintes suscités par ce retour de la crise financière. Les prochaines semaines, les prochains mois vont s'avérer cruciaux. Si la confiance revient, le trou d'air sera vite oublié, sinon...

Dessin : Friandart



Friandart
Publié le  30 août 2011 par Dominique Largeron. Dernière mise à jour le  19 sept. 2011 
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