Rhône-Alpes enfin prête à emprunter les autoroutes numériques ?
Dominique LargeronLa Région veut mettre les bouchées doubles dans le domaine du numérique. Son objectif affiché est de ne pas laisser un seul pan du territoire régional en dehors du très haut débit qui devrait se révéler l'équivalent de ce que fut l'électricité pour nos arrières grands-parents. Il nécessite un investissement global estimé à 3,3 milliards d'euros pour couvrir de fibres optiques, véritables autoroutes de l'information, les huit départements de la région. Le conseil régional Rhône-Alpes est lui-même prêt à voter un budget de 500 millions d'euros, les opérateurs privés devant assurer le reste. Des freins pourraient cependant se mettre en travers de ces investissements, non pas nécessaires, mais indispensables.

A l'annonce du solde négatif de 70 milliards d'euros de notre balance commerciale, de nombreuses voix ont entonné à juste titre le couplet de la perte de compétitivité de notre pays.
L'un des moyens de retrouver cette compétitivité, tous les experts l'affirment, est non pas de suivre loin derrière la révolution numérique en cours, mais de la précéder si possible ou à tout le moins d'être en phase avec elle. Or, nous prenons du retard.
La prochaine session du conseil régional, en mars, devrait marquer une accélération indispensable dans ce domaine.
La région Rhône-Alpes devrait afficher sa volonté de mettre les bouchées doubles en matière de très haut début numérique. Le Conseil régional devrait ainsi prendre la tête de réseau d'un « collectif régional de compétences numériques » dans lequel les opérateurs privés devraient prendre toute leur place.
Prendre une nouvelle compétence et l'assumer a un coût pour la Région. Il a été chiffré à 500 millions d'euros sur treize ans. Une somme que les élus régionaux devraient normalement avaliser.
En fait comme la Région dépense déjà chaque année un peu moins d'une trentaine de millions pour le développement du numérique, la somme réelle à débourser devrait s'établir en réalité entre treize et quinze millions d'euros. Qu'il faudra trouver en redéployant d'autres budgets car en cette période de disette budgétaire, il paraît difficile de créer un nouvel impôt pour régler la facture numérique.
Le Plan numérique que soutend cette somme est prévu pour s'articuler sur une durée de treize ans : jusqu'en 2025. Il faudra donc que les élus régionaux tiennent la distance. Premier écueil, mais pas insurmontable.
Pour accompagner cette croisade numérique, la Région devrait également créer un Observatoire destiné à recenser les bonnes pratiques, ainsi qu'une Fondation régionale du numérique.
L'idée est de créer une dynamique à travers laquelle sont censés s'engouffrer les opérateurs privés qui à vrai dire, devront être les plus gros investisseurs en matière de très haut débit et de fibre optique. L'objectif affiché par la Région est d'éradiquer la fracture numérique régionale et de faire en sorte qu'aucun pan de territoire ne reste à l'écart de la révolution en cours.
Second écueil: il faudra qu'au-delà des belles déclarations, les opérateurs privés s'engagent eux aussi à accompagner le mouvement et pas seulement sur les zones les plus denses. Bref une articulation dynamique public/privé devra nécessairement s'instaurer.
Il s'agit également de se remettre à niveau : de nombreux pays ou régions européennes sont en train de prendre une avance qui pourrait nous être préjudiciable.
Pourtant, le monde économique régional semble prêt à accompagner cette croisade numérique. Pour preuve, l'accueil fait au rapport sur ce thème, présenté au Ceser (*).
Cette assemblée consultative a voté à l'unanimité lundi 6 février ledit rapport présenté par un de ses membres, l'un des meilleurs spécialistes de la question, Michel-Louis Prost, ancien président de l'Adira, association qui regroupe les directeurs informatiques des principales entreprises de la région. Même la CGT, qui, un moment était tentée de s'abtenir, a voté favorablement ce texte.
Michel-Louis Prost en est persuadé. Il l'a martelé : « il faut agir d'urgence ». Reste au message de ne pas se laisser diluer par le filtre politique...
(*) Le Conseil économique social et environnemental régional (Ceser) est l'assemblée dont le rôle, au côté du Conseil régional, est consultatif. Il représente les forces vives de la région, patronales, syndicales et associatives. Il est présidé par Bruno Lacroix.
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