Robotique : comment Bruno Bonnell a réussi à donner corps à une nouvelle filière

Dominique Largeron

 La filière robotique ne représente encore que trois mille personnes en France, mais elle est partie pour exploser en s'appuyant à l'origine sur le salon Innorobo de Lyon, puis désormais sur un plan-robot national, ainsi qu'une politique européenne pilotée par la Commission, mais encore surcroît sur un fonds d'investissement de 80 millions d'euros. A la manœuvre : l'omniprésent Bruno Bonnell.

Robotique : comment Bruno Bonnell a réussi à donner corps à une nouvelle filière

 C'est l'histoire d'une évangélisation réussie du monde politique et économique par Bruno Bonnell devenu le pape de la robotique en France, après avoir été celui des jeux vidéo.

 Tant que Bruno Bonnell, le patron lyonnais de Robopolis développait son business dans son coin, pas de vagues, pas de buzz. La robotique restait une affaire de spécialistes rassemblés au sein d'un syndicat de patrons de sociétés spécialisés, Synorobo, présidé par le même Bruno Bonnell.

 Le facteur déclenchant a été le salon Innorobo qu'il a créé en 2011, avec dès la première année une forte présence asiatique. « L'importance de ce salon a été primordiale : c'est grâce à lui que nous avons pu sensibiliser les plus hautes instances à la robotique. C'est intéressant de constater qu'il est né à Lyon », souligne Bruno Bonnell. « Innorobo a été un véritable cheval de Troie qui a permis de mettre en place tout un écosystème », renchérit Catherine Simon, directrice du salon.

 Avec l'aide des nombreux robots humanoïdes présents sur le salon, la sauce médiatique a pris. Les politiques (Gérard Collomb pour le Grand Lyon et Jean-Jack Queyranne pour la région Rhône-Alpes), associés dès le début à la création de ce salon, ont vite compris l'intérêt de cette filière, pourtant encore en gestation.

 La France dans le Top 5 mondial de la recherche robotique

 Après le niveau régional , le niveau national a embrayé, puisque Arnaud Montebourg, le chantre du produire français a trouvé là de quoi alimenter son discours cocardier. Si la France est encore naine dans la production de robots, elle se situe tout de même dans le top 5 mondial en recherche robotique.

 La filière ne rassemble en effet pour l'heure que trois mille personnes au plan national. « Il faut bien comprendre que la robotique est une affaire d'assemblage : elle est transverse, faisant appel à la mécanique, aux logiciels, à la plasturgie, etc. ; mais il est important qu'elle soit nommée en tant que telle », explique Bruno Bonnell.

 Créé à ses débuts dans un désert, le salon lyonnais est vite devenu le 1er salon européen du genre. Il a servi de levier pour mettre en place les autres outils qui sont en train d'arriver, tous ensemble.

 La robotique figure ainsi en tant que l'une des quarante-cinq filières mises en avant par Arnaud Montebourg, via le Plan France Robot. On ne s'étonnera pas de savoir que Bruno Bonnell en est le chef de file. Quatre régions sont candidates au développement sur leur sol à une filière robotique. « Rhône-Alpes est en la matière polymorphe. La région a la particularité d'accueillir toutes les strates », se félicite Bruno Bonnell.

 Rhône-Alpes, combien de troupes robotiques, justement ? Selon Jean-Louis Gagnaire, vice-président à l'économie de la Région, il y aurait « 1 500 entreprises à différents stades de la chaîne de valeur pour un chiffre d'affaires de 6 milliards d'euros ». Difficile à quantifier en fait car il existe peu d'entreprises spécifiquement dédiées à la robotique, mais beaucoup proposent une ou plusieurs briques.

 L'Union Européenne n'a pas été en reste. La Commission Européenne a mis en place un partenariat public privé (PPP) avec euRobotics AISBL.

 A charge pour ce PPP de définir des objectifs stratégiques, de renforcer les échanges en réseaux, de positionner la robotique comme un facteur clé pour résoudre les défis sociétaux de l'Europe, etc. A la clef : 250 millions d'euros de financement dans le cadre de projets européens en 2014 et 2015.

 Robolution Capital : 80 millions d'euros pour financer des start-up

 A ces accompagnements publics, s'ajoutent des financements privés à travers le fonds « Robolution Capital », en passe d'être finalisé : 80 millions d'euros au compteur ! «Il s'agit d'un fonds d'investissement dont le rôle est de donner des moyens aux petites structures », dixit Bruno Bonnell. 

 Pour ce dernier, aucun doute, « une start-up en France qui veut se lancer dans la robotique n'a aucune difficulté pour se financer ». On en prend l'augure !

 Le soutien du monde politique, des financements. Il ne manquait plus que des ingénieurs spécialisés en robotique. Ce n'est plus le cas puisque deux grandes écoles basées sur le campus de La Doua à Villeurbanne, CPE et l'Insa ont créé récemment des diplômes qui n'existaient pas il y a quatre ans.

 Oui, tout ce chemin a été réalisé en quatre ans par un seul homme, pas par un robot humanoïde surpuissant. Peu de filières peuvent en dire autant. Bravo l'artiste !

Publiée le 03 mars 2014 par LARGERON Dominique.
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