Shanghai : ce n'est pas le pavillon des vanités

Dominique LargeronShanghai : ce n'est pas le pavillon des vanités

L'Exposition universelle de Shanghai, la plus importante qui se soit jamais déroulée au monde a baissé le rideau le 31 octobre. L'heure est donc au bilan. En Rhône-Alpes, celui-ci porte sur le pavillon de la région qui a fait couler beaucoup d'encre : il a été l'objet de nombreuses critiques pour son coût jugé dispendieux.

Méritait-il-il autant d'opprobres ? Ici même, nous avions défendu sa création, estimant qu'il ne s'agissait pas cette fois-ci d'un pavillon des vanités régionales, comme trop souvent, mais bien d'un investissement pour l'avenir de la région.

A l'heure du bilan, cette première approche se confirme. L'objet de ce pavillon était en premier lieu de servir de vitrine pour toutes les éco-industries de la région, en matière de construction durable, mais aussi à travers de nombreuses semaines thématiques, de refléter toutes les facettes économiques de la région. Il a ainsi attiré très précisément 1 126 751 visiteurs, tandis que 209 délégations professionnelles chinoises ont arpenté ses trois étages à l'occasion des quatorze semaines thématiques qui l'ont utilisé comme cadre : innovation, tourisme, montagne, lumière, etc.

La gastronomie et les industrie agro-alimentaires étaient aussi présentes à travers le restautant-école Bocuse situé au dernier étage du pavillon. Là aussi, le bilan est flatteur, avec 21 769 repas servis durant les six mois de l'Expo Universelle à une clientèle à 70 % chinoise.

Le coût global de l'opération est effectivement élevé : 12,81 milions d'euros dont 5 millions pris en charge par l'organisation de l'Expo Universelle elle-même. Les entreprises rhônalpines sponsors ont versé de leur côté un écot de 1,78 millions d'euros. Si l'on rajoute dans la balance une subvention de 1,8 million d'euros du Conseil régional et de 1,2 million du Grand Lyon, il reste 3 millions à financer. Erai (Entreprise Rhône-Alpes International), le bras armé de la région à l'export à l'origine du pavillon va lever pour ce faire un emprunt de 3 millions d'euros.

Trop cher ? Non, car il ne s'agit pas là d'un coup d'épée dans l'eau. L'opération ne sera pas sans lendemain : le bâtiment sera l'un des rares pavillons de l'Expo à rester pérenne. Il accueillera en février prochain les dix membres de l'équipe d'Erai jusqu'alors installée au centre de Shanghai : il servira d'ambassade économique aux entreprises de la région désireuses de s'attaquer au marché chinois ou de développer encore plus leurs affaires en Chine. Il faut savoir que Shanghai est "la" porte d'entrée du business dans l'Usine du monde.

Il en sera de même pour le restaurant école Paul Bocuse, suite à une convention entre l'Insitut Paul Bocuse d'Ecully et une Ecole chinoise : il continuera à servir de vitrine gastronomique et agro-alimentaire de la région.

Mais en fait, la vraie utilité de ce pavillon devra se lire à l'avenir dans les chiffres des exportations de Rhône-Alpes à la Chine, toujours faiblardes. L'Usine du monde a vendu en 2009 à Rhône-Alpes pour 2,7 milliards d'euros de produits, figurant comme troisième fournisseur de la région (soit 8 % des importations) ; mais la Chine s'affiche seulement comme le 8ème client de la région avec 1,08 milliards d'euros (3 % seulement des exportations rhônalpines, soit ...moins que les ventes à la Suisse). Au cours des six premiers mois de 2010, les exportations vers la Chine ont certes grimpé de 10,2 %, à comparer avec l'Allemagne où dans le même temps, elles ont augmenté de 80 % !

Le gouvernement chinois va devoir inéluctablement développer la consommation intérieure. Le processus a d'ailleurs commencé ouvrant d'importantes perspectives. L'implantation de cette ambassade économique à Shanghai arrive au bon moment. Reste désormais aux entreprises de la région à utiliser...et rentabiliser ce bel outil.

Publié le  06 déc. 2010 par Dominique Largeron. Dernière mise à jour le  06 déc. 2010 
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