Les hausses d’impôts risquent de tuer la reprise, sauf si…
« Ce sera l’effort budgétaire le plus important depuis trente ans » assure le président de la République, sans que nul ne le contredise. Nous sommes arrivés au pied du mur du déficit parce qu’en trente ans, aucun gouvernement de droite comme de gauche, n’a eu le courage de s’atteler au problème de la dette.
C’était impossible politiquement, pensez-vous ? Pourquoi alors, il y a une dizaine d’années, des pays comme le Canada ou la Suède ont-ils réussi victorieusement à juguler leur déficit au meilleur moment qui soit, c’est-à-dire en période de croissance. Beaucoup moins douloureux ! Résultat : la Suède a été le seul pays européen à annoncer pour 2013 une baisse d’impôt sur les sociétés, ce qui va encore accélérer la croissance de son PIB.
La plupart des économistes mettent le gouvernement français en garde : peu d’entre eux soutiennent la pertinence de s’accrocher aux 3 % de déficit en 2013.
Tous les gourous de l’économie françaises ont donné de la voix contre le retour du déficit à 3 % en 2013. Patrick Artus, directeur des études chez Natixis résume leur pensée : « Il s’agit d’un effort intenable qui se traduira par une récession et une envolée du chômage .» Comme en Espagne ou en Italie, il y voit le déclenchement d’un « cercle vicieux », le recul du PIB engendrant de nouvelles mesures de rigueur qui, elles-mêmes, susciteront une accentuation de la récession.
C’est effectivement le risque qui nous guette. Mais on ne fera pas l’injure au chef de l’Etat qu’il n’ait pas pris ce sérieux risque en compte, même s’il n’avait guère le choix de sa politique, sauf à affoler les marchés et à se retrouver dès maintenant dans la situation espagnole.
Alors ? Il reste tout de même au gouvernement quelques rares munitions pour éviter ce scénario catastrophe. La première, susceptible de redonner de la confiance au monde de l’entreprise serait une véritable action pour corriger le problème de fond de notre pays : la faible compétitivité de notre industrie, de notre économie.
Et à cet égard, on peut constater que le gouvernement accélère le rythme, en poussant les partenaires sociaux à une réforme du marché du travail avant la fin de l’année, sinon, dit-il il légiférera lui-même.
Ce même gouvernement devrait prendre des mesures, à cette même échéance de la fin de l’année, pour faire en sorte que le coût de la protection sociale ne pèse pas sur les seules entreprises. C’est la raison pour laquelle on entend actuellement, en prévision des arbitrages politiques qui se rapprochent, revenir les mots de TVA sociale, de TVA tout court ou de CSG.
Là encore ce sera douloureux car on estime a minima le coût d’une retour de la compétitivité à un niveau encore plus important que les 30 milliards annoncés dans la prochaine loi de finance pour juguler le déficit.
Les deux années à venir seront particulièrement difficiles, plus personne ne se fait d’illusion. Il reste à espérer que les bonnes décisions soient prises pour éviter un engrenage qui signifierait alors que malgré leurs lourdeurs, les efforts demandés ne servent pas à grand chose et ne permettent pas la sortie de crise.
Il reste enfin une troisième hypothèse, prise au sérieux par quelques économistes : que même si les 3 % de déficit ne sont pas atteints l’année prochaine, Bruxelles accepte de patienter quelque peu. Avec en contrepartie la promesse de réformes structurelles sur la compétitivité. Et là, certitude, Bruxelles ne se contenterait pas de simples promesses…
![Lyon Entreprises [LE]](https://www.lyon-entreprises.com/wp-content/uploads/2024/05/cropped-logo-le-nm-260x100-noir.png)