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Cessions de pharmacies : un marché dynamique en Auvergne-Rhône-Alpes malgré la pression sur les marges

Le secteur officinal poursuit sa transformation. Selon la 6ᵉ édition de l’étude publiée par CMV Médiforce, la marque dédiée au pôle santé de BNP Paribas Leasing Solutions, la région Auvergne-Rhône-Alpes a enregistré 129 cessions de pharmacies en 2025, soit près de 9,7 % des transactions réalisées en France. Une dynamique qui confirme l’intensification des mouvements de regroupement et de transmission dans un secteur confronté à de profondes mutations économiques et démographiques.

Moins de pharmacies, mais un marché des transactions actif

La région Auvergne-Rhône-Alpes comptait 2 385 pharmacies en 2025, contre 2 452 un an plus tôt, soit la fermeture de 67 officines. Malgré cette contraction du réseau, le marché des cessions reste dynamique, porté notamment par les départs à la retraite des titulaires. À l’échelle nationale, près de 1 317 cessions d’officines ont été enregistrées en 2025.

La pyramide des âges de la profession explique en grande partie ce phénomène : près de 30 % des pharmaciens titulaires ont plus de 60 ans. Une situation qui accélère les transmissions et favorise l’arrivée de nouveaux profils d’entrepreneurs, parfois investisseurs dans plusieurs officines.

Des valorisations globalement stables

En Auvergne-Rhône-Alpes, la valorisation moyenne des pharmacies reste stable avec un multiple de marge brute de 2,5, aligné sur la moyenne nationale. La marge brute représente en moyenne 29 % du chiffre d’affaires hors taxes, un niveau identique à celui observé dans l’ensemble du pays.

L’étude de CMV Médiforce montre également que le prix moyen de cession atteint 2,656 millions d’euros en 2025, en progression par rapport à 2024. Toutefois, la valeur moyenne du fonds de commerce représente désormais 70 % du chiffre d’affaires HT, contre 74 % un an plus tôt, signe d’un ajustement des valorisations dans un contexte économique plus contraint.

Des officines confrontées à la hausse des coûts

Les pharmacies doivent aujourd’hui composer avec une hausse continue de leurs charges d’exploitation. En 2025, celles-ci ont progressé d’environ 2 %, notamment sous l’effet de l’inflation, de l’augmentation des loyers et d’une revalorisation salariale estimée à +30 % en quatre ans.

Dans le même temps, certaines évolutions du système de santé pèsent sur la rentabilité des officines, notamment la diffusion de médicaments très coûteux mais générant des marges plus faibles pour les pharmaciens.

La taille des officines devient un facteur clé

Face à ces contraintes économiques, la taille des pharmacies devient un élément déterminant. Les officines réalisant plus de 2,4 millions d’euros de chiffre d’affaires bénéficient généralement des meilleures valorisations. Cette tendance favorise les regroupements et les transferts d’activité afin d’atteindre une taille critique.

Dans ce contexte, les pharmaciens sont également amenés à investir davantage dans la modernisation de leur outil de travail : robots de dispensation, optimisation de l’espace officinal ou encore développement de nouveaux services de santé comme la vaccination, les tests ou les bilans pharmaceutiques.

Un risque croissant de déserts pharmaceutiques

Cette recomposition du réseau officinal s’accompagne toutefois d’un risque territorial. En 2025, près de 300 petites officines, principalement situées dans des zones rurales ou semi-rurales, n’ont pas trouvé de repreneur. Une situation qui pourrait accentuer le phénomène des déserts pharmaceutiques, alors même que les pharmacies restent l’un des points d’accès aux soins les plus accessibles pour la population.

Perspectives 2026 : poursuite des regroupements

Les premières tendances observées en 2026 confirment la dynamique du marché des cessions. Plusieurs facteurs devraient continuer à soutenir les transactions : poursuite des départs à la retraite, nécessité d’atteindre une taille critique pour maintenir la rentabilité et évolutions réglementaires favorisant les opérations de restructuration.

Dans ce contexte, le pharmacien tend à évoluer vers un profil plus entrepreneurial. Gestion financière, investissements technologiques et diversification des services deviennent désormais des compétences essentielles pour piloter une officine dans un environnement en pleine mutation.