Les Hospices Civils de Lyon placent le sport au cœur des soins
Retour en classe le 29 septembre à la faculté de médecine et de maïeutique Lyon Sud. Soignants, chercheurs, sportifs et représentants des collectivités ont partagé leurs expériences autour du sport-santé. Les Hospices Civils de Lyon et l’Université Claude Bernard Lyon 1 souhaitent développer la place de l’activité physique dans les soins, la formation et la santé au travail, avec un accompagnement qui se poursuit au-delà de l’hôpital.
« Le sport fait partie intégrante des parcours de soins. » En ouvrant les échanges, le Pr Vincent Piriou, président de la Commission médicale d’établissement des Hospices Civils de Lyon (HCL), a posé le cadre d’une journée consacrée aux applications concrètes du sport-santé. Prévention, cancer, handicap, maladies chroniques : l’activité physique traverse désormais plusieurs spécialités, avec une exigence de personnalisation selon les capacités et le parcours de chaque patient.
Cette orientation, inscrite dans le projet stratégique 2035 des HCL, suppose aussi de revoir les frontières de l’accompagnement hospitalier.
« Nous devons dépasser l’idée selon laquelle la réadaptation s’arrête lorsque le patient quitte l’hôpital » a insisté Vincent Piriou.
« Le parcours de soins doit permettre de retrouver un parcours de vie. »
Accompagner les patients jusqu’à une pratique autonome
Pour les équipes, prescrire une activité physique constitue une première étape, mais sa mise en pratique demande de comprendre les freins, les envies et l’environnement de la personne. « On place vraiment le patient au centre de la pratique », a expliqué Alexianne Morel, enseignante-coordinatrice en activité physique adaptée à l’hôpital Louis Pradel, en soulignant l’importance de passer « par le biais du plaisir ».
Elle a notamment décrit l’accompagnement d’un patient diabétique qui avait renoncé au basket, ne se sentant plus capable d’en pratiquer. Des séances adaptées lui ont permis de reprendre confiance, avant une orientation vers un club proche de son domicile. Cette continuité entre l’hôpital et les structures de proximité mobilise du temps, des échanges et une connaissance précise de l’offre disponible.
La sociologue Claire Perrin a insisté sur cette dimension éducative : « Le but, ce n’est pas juste de le faire bouger. » L’accompagnement doit permettre de construire des habitudes et des ressources utilisables au quotidien, pour « reprendre le pouvoir sur son propre corps ».
La question se pose notamment en cancérologie.
« Bouger durant les traitements d’un cancer du sein n’a rien d’une évidence »
a rappelé Nathalie Piazzon, infirmière en pratique avancée à l’hôpital de la Croix-Rousse, en présentant une recherche sur l’activité physique précoce. Son approche consiste à « partir des forces de la patiente et pas seulement de ses vulnérabilités », tout en faisant évoluer l’organisation des soins.
L’évaluation médicale conserve une place centrale dans ces parcours.
« Si on veut faire disparaître des symptômes, il faut en connaître l’origine », a expliqué le Dr Emeric Stauffer, chef du service d’explorations fonctionnelles respiratoires, de médecine du sport et de l’activité physique à la Croix-Rousse. Comprendre les difficultés rencontrées à l’effort permet ensuite d’orienter vers un accompagnement approprié.
Du vécu des sportifs à la santé des professionnels
Les sportifs invités ont apporté une autre lecture de cette relation au corps.
« Le sport, ça m’a sauvé la vie »
a témoigné Jérôme Duran, membre de l’équipe de France de basket-fauteuil et professionnel à l’hôpital Renée Sabran.
Évoquant son expérience du handicap et les patients qu’il accompagne, il a ajouté : « Il y a plein de choses qu’on ne peut plus faire, mais il y a plein de choses qu’on peut encore faire. »
Leurs échanges ont également souligné la nécessité d’écouter ses limites, de préserver la récupération et de trouver du plaisir dans la pratique. Des enseignements qui rejoignent les préoccupations des équipes hospitalières, elles-mêmes concernées par la prévention. « Nous devons prendre soin de ceux qui prennent soin », a rappelé Vincent Piriou, à propos de métiers physiquement et psychologiquement exigeants.
Au Groupement hospitalier Est, le dispositif APA-PRO, présenté par Timothée Mom, propose ainsi un accompagnement sur prescription de la médecine du travail. Les HCL financent également une offre gratuite de sport et de bien-être, avec 53 séances hebdomadaires hors temps de travail et un investissement annuel annoncé de 160 000 euros.
La cadre de santé Séverine Vincent a présenté une démarche complémentaire contre la sédentarité, destinée à « réduire le temps total quotidien assis au travail ». Elle en a aussi reconnu les difficultés d’appropriation : « Aujourd’hui, ce qu’on peut en dire, c’est qu’il est encore sous-utilisé. » Un retour d’expérience qui rappelle que créer une offre ne suffit pas à installer de nouvelles habitudes.
La dernière séquence, consacrée aux Jeux olympiques et paralympiques d’hiver Alpes 2030, a porté sur les coopérations à construire entre hôpital, université, collectivités et clubs. « L’héritage, c’est à nous de le construire », a déclaré Renaud Pfeffer, avant de donner un critère pour juger ces engagements : « La réussite, ce sera ce qu’on fait après 2030. »
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