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alice & bob quantique

Théau Perronnin et Raphaël Lescanne, fondateurs de la startup Alice & Bob, ont levé 3 millions d’euros auprès d’Elaia et Breega avec le soutien de l’incubateur lyonnais Pulsalys. Les deux hommes veulent concurrencer les puissantes firmes américaines dans la course à la maîtrise des ordinateurs quantiques.

Alice & Bob, la startup qui détient la solution à l’erreur quantique ?

C’est un domaine de recherches extrêmement compliqué à appréhender. Pour autant, sa maîtrise pourrait amener l’industrie du futur à faire un véritable bond en avant. Les chercheurs de l’ENS Paris Théau Perronnin et Raphaël Lescanne ont dernièrement levé 3 millions d’euros pour fonder Alice & Bob. La startup spécialisée dans le calcul quantique a séduit les fonds d’investissement Elaia et Breega.

“Notre objectif est de réussir à proposer un univers quantique universel sans erreur”, prévient Théau Perronnin. Imparfait, le monde de la physique quantique ? Disons plutôt instable. “Il s’agit d’une physique fondamentalement fragile et la moindre petite perturbation peut dissiper les particules éxotiques. Il faut une machine parfaitement isolée pour rester quantique tout en restant manipulable comme n’importe quel ordinateur. C’est tout le paradoxe de cette technologie”, poursuit-il. 

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Un paradoxe dont les chercheurs aimeraient pouvoir se débarrasser. Il faut dire que la puissance d’un ordinateur quantique laisse rêveuse. En 2015, Google annonçait notamment avoir créé une machine 100 millions de fois plus rapide qu’un ordinateur classique. Mais même si des machines se comportant de façon quantique existent, leur maîtrise demeure délicate et truffée d’erreurs. De quoi compromettre jusqu’alors leur développement et leur application dans divers secteurs industriels où la physique quantique pourrait faire des merveilles.

Un “bit quantique” qui pourrait conquérir jusqu’à 800 milliards d’euros de marché

C’est là qu’Alice & Bob compte se positionner. “Il existe pour certains états quantiques une façon de contrôler cet univers pour résister aux perturbations du monde extérieur”, explique Théau Perronnin. Un état nommé “chat de Schrodinger” qui a permis à Raphaël Lescanne de concevoir le premier bit quantique – ou qubit. Il est capable d’étendre sa durée de vie d’un facteur 300. Ce qubit apporte une solution autonome et centrale de la correction d’erreur.

“C’est un vrai bouleversement car jusqu’ici l’approche prônée était de passer en force et à multiplier les qubits”, détaille Théau Perronnin. “Nos travaux démontrent qu’il est possible de protéger une information quantique durablement”, ajoute-t-il. Une avancée spectaculaire si celle-ci se confirme et se retrouve commercialisée. A tel point que les chiffres du marché de l’ordinateur quantique donnent le tournis : entre 400 et 800 milliards d’euros de potentiel. 

Google, IBM, Intel… Tels sont les grands noms de l’informatique qui demain pourraient s’intéresser aux travaux d’Alice & Bob. 

Alice & Bob veut agréger les talents universitaires français de la physique quantique

D’ailleurs, les applications potentielles n’en sont pas moins intéressantes. Accélération de la résolution des problèmes d’optimisation dans n’importe quel secteur industriel. Simulation de mécanique des fluides dans la conception des avions. Simulation d’éléments chimiques dans la conception de nouveaux matériaux ou médicaments. Ce dernier domaine pourrait se voir révolutionné selon Théau Perronnin.

“Si on prend l’exemple de la pénicilline, il s’agit d’une molécule régie par les lois de la physique quantique. Pour expliquer son comportement, un ordinateur classique nécessiterait plus de bits de mémoire qu’il n’y a d’atomes dans l’univers” résume-t-il. Pour élaborer une solution à ce type d’impasse, les deux jeunes chercheurs ne partent pas seuls dans cette aventure. Outre le soutien de Pulsalys (voir encadré ci-dessous), ils souhaitent agréger autour de leur startup les universitaires français.

L’INRIA, L’ENS-PSL et les Mines parisTech, ainsi que l’ENS de Lyon, le CNRS et le CEA font partie de l’équation dans la conception du bit quantique parfait. “On s’est aperçus qu’il y avait en France un savoir-faire unique dans la conception des machines quantiques”, s’enthousiasme Théau Perronnin. Des talents qui se donnent entre deux et trois ans avec les 3 millions d’euros levés pour atteindre leurs objectifs.

 

De la recherche à l’entreprise, le nouveau crédo de Pulsalys
Des laboratoires de recherche à la commercialisation de solutions, il n’y a qu’un pas que ne franchissent pas toujours les jeunes chercheurs. C’est pour cela que l’incubateur lyonnais Pulsalys a créé en 2018 le Programme Jeunes Chercheurs. Une promotion dont est issu Théau Perronnin, le CEO d’Alice & Bob. “Notre objectif est de détecter de très jeunes chercheurs en fin de doctorat et de leur proposer de travailler à partir de leurs résultats sur une promesse à la création d’une entreprise”, détaille Sophie Jullian, présidente de Pulsalys.
Dans ce dispositif, Pulsalys forme de manière concrète les chercheurs à l’innovation et à l’entrepreneuriat. Théau Perronnin a par exemple pu bénéficier d’un soutien financier et humain de la part de l’incubateur pour lancer son projet. Un programme spécifique, mais qui reste dans l’ADN de Pulsalys depuis sa création fin 2013. L’accélérateur d’innovation a financé 203 projets pour 20 millions d’euros investis. Ce sont aussi 82 startups Deep Tech qui ont été créées, ont levé 63 millions d’euros et créé 203 emplois.
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