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La veille du jour où Nicolas Sarkozy vantait le « produire fançais » à l’usine de fers à repasser Seb de Pont-Evêque près de Vienne, les salariés de Lejaby apprenaient la délocalisation de la dernière usine en France de leur entreprise. Il ne restera à Rillieux-la-Pape dans la banlieue lyonnaise qu’une unité de fabrication très haut-de-gamme de trente salariés. L’usine d’Yssingeaux en Haute-Loire dans le bassin d’emplois stéphanois sera fermée pour être délocalisée en Tunisie. Moins de la moitié des salariés du groupe est conservée par le repreneur Alain Prost, illustrant la poursuite du phénomène de délocalisation dans le textile rhônalpin.

Une nouvelle délocalisation a frappé le textile rhônalpin, alors qu’elles avaient déjà été fort nombreuses dans le passé. Le Tribunal de Commerce de Lyon a annoncé, mercredi 18 janvier, le choix du repreneur de la société lyonnaise de lingerie Lejaby : Alain Prost.

Cet homonyme de l’ex-coureur automobile est l’ancien Pdg de l’Italien la Perla et ex-directeur commercial de Chantelle.

Au côté d’une seule autre proposition de reprise, il est celui qui proposait le moins de casse sociale. Les dégâts restent cependant importants car ce professionnel de la lingerie ne gardera que 195 des 450 salariés de l’entreprise lyonnaise.

La dernière grande unité de fabrication du groupe, basée à Yssingeaux en Haute-Loire, dans le bassin d’emplois stéphanois, va fermer ses portes. Elle emploie 93 salariés. Déjà, 93 % de la production de Lejaby était produite hors de France, en Tunisie (83 % de la production) et en Chine (10 %).

Cette unité sera délocalisée à Sfax en Tunisie au sein de la société Isalys, partie prenante de la reprise de Lejaby avec un troisième partenaire : Christian Brugnon, associé au fonds transalpin Fiduciaria San Babila

Côté fabrication, il ne restera à Lyon qu’une ligne très haut de gamme employant une trentaine de salariés. Le reste du personnel, basé à Rillieux-la-Pape sera employé au siège de l’entreprise, dans les fonctions support.

Cette nouvelle a provoqué la colère bien compréhensible des salariés (photo) , relayée par Jean-Jack Queyranne. « Aprés Le Teil, Bellegarde et Bourg-en-Bresse, la fermeture d’Yssingeaux vient renforcer le sentiment d’abandon exprimé par le personnel de l’entreprise… On assiste à la mort lente de Lejaby, alors que depuis plusieurs années j’ai alerté, avec le Conseil régional Rhône-Alpes, les pouvoirs publics et la direction sur l’impasse dans laquelle s’enfonçait l’entreprise », assure le président de la Région.

Et de poursuivre : « En nous rendant à Rillieux-La-Pape le 5 décembre dernier, nous avions pu constater une véritable détermination des salariés à faire vivre leur entreprise avec des savoir-faire adaptés au haut de gamme et à l’industrie du luxe. Je regrette qu’ils n’aient pas été écoutés par la direction, notamment sur leur proposition de conquête de nouveaux marchés et d’un repositionnement de l’entreprise. Palmers (le groupe autrichien qui avait racheté Lejaby en 2008) n’a jamais cru, ni investi, dans cette entreprise. »

Et de lancer : «  Il faut que le Gouvernement ne laisse pas à nouveau le désespoir s’installer parmi des employés qui attendent que la parole publique laisse place à des actes » .

Le repreneur, Alain Prost, dans un entretien à l’AFP a répondu dans une certaine mesure à cette interpellation en expliquant d’abord « n’avoir d’autre choix que de fermer la dernière usine de l’Hexagone. Nous avons fait des choix économiques car nous n’avions par les moyens de reprendre 450 salariés. Je le déplore ! »

Il assure « avoir mis près d’un million d’euros à la disposition du liquidateur à destination des salariés licenciés dont 500 000 euros dans l’accompagnement social. »

Il fait enfin part de sa volonté de relancer rapidement l’entreprise : « Aujourd’hui, il est fondamental de mettre en avant un projet qui a une pérennité financière et de donner espoir aux équipes. »

D’ici la fin du mois, il remettra au pot 7 millions d’euros pour « pour créer un nouveau Lejaby ». Mais sans quasiment plus de fabrication en France. Un cas d’école du phénomène de désindustralisation, un thème désormais au cœur de la campagne des présidentielles.

Photo (DR) : Mardi 17 janvier, les salariés de Lejaby avaient manifesté dans la cour des Voraces à la Croix-Rousse à Lyon, un haut lieu de la révolte des Canuts.