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Né en 1973, à Tunis, fils d’un professeur de mathématiques et proviseur de lycée et d’une bachelière qui éleva quatre enfants, Maher Klibi est depuis quelques semaines le directeur régional de l’Office de tourisme tunisien à Lyon. Il a la délicate tâche de (re)conquérir une clientèle rhônalpine échaudée par la révolution arabe et qui peut aisément détourner les yeux et le chéquier de Tozeur, Hammamet ou Djerba pour les tourner vers d’autres cités françaises ou étrangère. En 2011, la Tunisie a perdu 500 000 clients français ! Interview.

Vous venez d’arriver à Lyon. Quel a été votre parcours professionnel ?
Maher Klibi-Je suis titulaire d’une maîtrise de gestion obtenue à l’Ecole Supérieure de Commerce de Tunis. J’ai passé un an à l’Hôtel « Abounawes » en tant que responsable de la restauration. J’ai intégré l’office du tourisme tunisien en 1998 à Tunis alors qu’une restructuration de l’encadrement était en cours. J’ai ensuite fait de la formation pendant trois ans à l’institut de tourisme de Sidi Dhrif. En 2001, je suis devenu responsable du service Editions à la direction du marketing de l’ONTT puis, en 2007, j’ai été directeur adjoint de l’Office à Paris, puis directeur financier et en charge de la promotion avant d’être nommé à Lyon.
 
Quel est le poids de Rhône-Alpes en matière touristique ?

Hors 2011, on estime que les Français représentent 1 400 000 touristes soit  37 % des visiteurs européens. Rhône-Alpes représente 250 000 clients. Les aéroports de Lyon, Marseille, Nice, Bordeaux et Toulouse drainent environ 40 % des visiteurs Français en Tunisie. En 2011, nous avons perdu 500 000 clients Français. Mais je garde confiance. De janvier à mars 2012, nous avons comptabilisé 116 000 arrivées de Français contre 85 000 en 2011 et 173 000 en 2010. Nous avons résorbé environ 50 % de notre déficit par rapport à 2010. Notre objectif est de récupérer 50 % de notre déficit en 2012 et de revenir à nos chiffres de 2010 en 2013. Les entrées pour le premier trimestre représentent 12 % des entrées de l’année. Rhône-Alpes compte pour 20 % dans ces chiffres.
 
Quels sont les atouts de la Tunisie pour un touriste Français ?
La proximité et le bon rapport qualité-prix. Nous devons encore améliorer les services dans les hôtels, diversifier nos offres en mettant en valeur des produits de niche tels que le golf, le bien-être, la culture, le tourisme alternatif avec les « dars », ces maisons d’hôtes qui sont actuellement au nombre de cinquante. Nous voulons développer le tourisme toute l’année et pas seulement sur les zones côtières. Il faut aider les gens à investir à l’intérieur du pays ce qui entrainera aussi une amélioration des infrastructures. Nous voulons organiser des manifestations diverses comme le festival de jazz de Carthage en avril ou des événements autour de la gastronomie. Entre 2010 et 2011 le budget total de promotion touristique a augmenté de 50 % pour atteindre 30 millions d’euros et ce même budget a été reconduit pour 2012.
 
Que représente le tourisme dans l’économie de la Tunisie ?
Le tourisme représente 7 % du PIB tunisien, 5,2% des exportations de biens et services, 19% des recettes en devises, 400 000 emplois soit 12 % de la population active. On estime qu’environ un million de personnes est concerné par le secteur du tourisme.

Quelle a été la conséquence de la baisse du nombre de touristes sur le transport aérien ?
Loin de réduire la voilure, la compagnie aérienne Tunis Air à Lyon augmente tous ses vols de Lyon vers Tunis, Djerba et Monastir et maintient ses deux vols par semaine vers Tozeur Et ce n’est pas la seule compagnie qui opère vers la Tunisie. Récemment à Lyon, accompagné d’une forte délégation, le ministre du tourisme, qui a d’ailleurs fait une partie de ses études à l’INSA, a évoqué la question de l’ouverture du ciel. La libéralisation du ciel était prévue pour octobre 2011 mais a été repoussée. Le ministre est déterminé à mener ce dossier rondement. Je pense qu’il faudra entre six et douze mois pour le concrétiser. Cela contribuera à nous amener plus de clientèle individuelle.
 
Les nouvelles qui nous parviennent de Tunisie ne sont pas vraiment rassurantes. Un souffle inquiétant balaie certains pays méditerranéens et africains. Pas très enthousiasmant tout cela ?
Je précise tout d’abord une chose : Le Quai d’Orsay qui délimite une « zone rouge » vient encore de la déplacer vers le sud. Aujourd’hui, tous les sites touristiques sont visitables sans restriction. Je garde confiance. Je crois dans l’actuel gouvernement de cohabitation. Regardez, l’article 1er de la constitution de 1959 ne changera pas. La Constitution ne s’appuiera pas sur la charia. Les femmes garderont leurs acquis et nous sommes fiers de les avoir.
 
Vous vous voulez rassurant, mais on parle de tourisme islamique. On lit par exemple sur certains sites internet que l’hôtel Russelior, un 5 étoiles d’Hammamet deviendrait le premier hôtel pour touristes islamiques ?
L’hôtel Russelior est un hôtel écologique pas islamiste. L’alcool est permis dans les chambres. Je pense que certains veulent nuire à l’essor du tourisme tunisien. Je précise que, ni avant ni après, la révolution il n’y  a eu le moindre problème avec des touristes.
 
A votre avis, les Tunisiens qui se montrent très vigilants et résistent face à la montée de l’islamisme le font-ils  parce qu’ils redoutent une atteinte à leurs libertés ou bien parce qu’ils savent pertinemment que cela repousse investisseurs et touristes ?
Les deux à la fois…