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Parc Blandan : un manque à gagner potentiel de 10,6 M€ pointé

La chambre régionale des comptes Auvergne-Rhône-Alpes a publié ses observations sur les opérations immobilières menées par la Métropole de Lyon autour du parc Sergent Blandan. Si le coût global de l’aménagement est jugé maîtrisé, à 45,8 millions d’euros, les magistrats financiers relèvent près de dix ans de retard et surtout un manque à gagner potentiel de 10,6 millions d’euros concernant le projet du château de la Motte.

45,8 millions d’euros pour la transformation de l’ancienne caserne

Acquise en 2008 par la communauté urbaine de Lyon, l’ancienne caserne Sergent Blandan devait être transformée en un vaste parc public, aujourd’hui le troisième plus grand de la ville. La Métropole de Lyon a assuré l’aménagement du site avant d’en transférer progressivement la gestion à la Ville de Lyon.

Sur le plan financier, la chambre régionale des comptes considère que l’opération reste globalement maîtrisée. Évalué à 42,7 millions d’euros TTC en 2011, son coût final devrait atteindre 45,8 millions d’euros TTC. L’écart est notamment lié à des choix qualitatifs réalisés lors de la dernière phase d’aménagement pour adapter le parc à une fréquentation plus importante qu’anticipé.

Le calendrier apparaît en revanche beaucoup moins conforme aux prévisions initiales. Le programme a accumulé près de dix années de décalage, un retard que la chambre relie notamment au choix d’étaler les travaux dans le temps.

Les derniers équipements ont été livrés au premier semestre 2026. La Ville de Lyon doit désormais assurer la gestion intégrale du parc jusqu’en 2039, échéance des différents baux conclus sur le site.

16 M€ de réhabilitations financées via des baux de longue durée

Pour donner une nouvelle vie aux bâtiments de l’ancienne caserne, la Métropole a choisi de ne pas financer directement l’ensemble des réhabilitations. Des baux de longue durée ont notamment été conclus avec la Ville de Lyon, Sciences Po Lyon et le CROUS, permettant aux occupants de disposer de droits étendus sur les bâtiments en contrepartie de la prise en charge des travaux.

Selon la chambre régionale des comptes, ce montage a permis de mobiliser 16 millions d’euros HT de travaux de réhabilitation sur l’emprise du parc, tout en permettant l’installation de logements, de services ou d’activités touristiques dans des bâtiments jusque-là inutilisés.

Le dispositif présente néanmoins une limite économique : les bâtiments sont situés à l’intérieur d’un parc dont les horaires et les accès sont restreints, ce qui peut réduire leur attractivité auprès d’opérateurs privés et compliquer la recherche de projets suffisamment solides pour financer leur remise en état.

Cette difficulté apparaît particulièrement dans le dossier du château de la Motte et du magasin d’armes, deux bâtiments dont la réhabilitation constitue une opération distincte des espaces verts du parc.

Le projet hôtelier du château de la Motte reste incertain

Le château de la Motte, bâtiment classé et fortement dégradé, concentre les principales réserves du rapport. Après plusieurs difficultés rencontrées depuis 2014, la Métropole a signé en décembre 2023 un bail à construction destiné à permettre sa transformation, avec le magasin d’armes, en hôtel, espace événementiel et lieu de restauration.

La chambre relève toutefois que le loyer prévu par ce contrat est inférieur à l’estimation du service des domaines. Sur l’ensemble de la durée du bail, ce choix représenterait un manque à gagner potentiel de 10,6 millions d’euros pour la Métropole de Lyon, auquel s’ajoutent des risques juridiques identifiés par les magistrats.

La collectivité a assumé ce niveau de loyer afin de permettre la réalisation d’un projet jugé difficile à équilibrer économiquement compte tenu du coût de restauration du patrimoine. Mais à la date de clôture du contrôle, l’opération n’était toujours pas sécurisée : une condition suspensive inscrite dans le contrat signé en 2023 n’avait pas encore été levée.

Le rapport met ainsi en lumière les arbitrages auxquels sont confrontées les collectivités lorsqu’elles cherchent à reconvertir un patrimoine complexe : préserver les bâtiments, attirer des opérateurs capables d’investir plusieurs millions d’euros et accepter, parfois, une valorisation foncière inférieure aux estimations pour rendre le projet viable.