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Président de la Capeb Rhône-Alpes regroupant les artisans du bâtiment, Alain Berlioz-Curlet est optimiste sur la conjoncture dans le secteur immobilier, du moins en ce qui concerne les entreprises rhônalpines. D’autant que Nicolas Sarkozy a assuré que le gouvernement ne touchera pas à la TVA à 5,5 %. En juillet, le secteur artisanal du bâtiment était encore en recul de 2,5 %. Le retour au niveau d’avant crise des subprimes devrait, selon lui, intervenir d’ici six mois maximum.

Nicolas Sarkozy vient de lever une des craintes des artisans du bâtiment : la TVA à 5,5 % ne sera pas relevée. Une satisfaction ?

Alain Berlioz-Curlet-Bien évidemment, car le relèvement de la TVA à 5,5 % qui a été instauré en 1998 aurait constitué une véritable catastrophe économique pour notre secteur. Au niveau national, elle a permis de créer 40 000 emplois et assuré 2,5 milliards d’euros supplémentaires de chiffre d’affaires aux artisans du bâtiment. En Rhône-Alpes, je pense que nous avons dépassé les 10 % traditionnellement attribués à la région : l’on est plus proche des 5 à 6 000 emplois créés. Ce n’est pas rien.

Maintenant que cette hypothèque est levée, quelle est la conjoncture dans le secteur artisanal du bâtiment ?

Nous ressentons un léger frémissement dans toutes les composantes de notre secteur. Cette situation est la conséquence d’une forte demande immobilière. Résultat : le recul en Rhône-Alpes est bien moindre que celui constaté dans d’autres régions : – 2,5 %, au 2ème trimestre, par rapport à la même période de l’année précédente.

Pourquoi cette conjoncture plutôt favorable ?

Parce que nous avons la chance de vivre dans une région attractive qui attire une population jeune. Il faut aussi reconnaître que le plan de relance du gouvernement et des collectivités lancé à la suite de la crise a constitué un booster non négligeable : 9 milliards d’euros ont été investis en 2010, uniquement sur le patrimoine public. Avec cette conséquence favorable pour nous, artisans : occupés sur les grands chantiers, les grandes entreprises sont moins présentes sur les petits travaux. La concurrence est moins sévère.

Pourtant, le Tribunal de Commerce de Lyon a constaté un pic de faillites dans le secteur en août ?

C’est vrai, on a comptabilisé près de 70 dossiers de redressements ou de mises en liquidation dans le Rhône en août, ce qui est un chiffre exceptionnel. Mais il s’agit sans doute d’un pic. Car malgré la crise, nos entreprises n’ont pas licencié et l’augmentation des faillites n’a été au premier semestre que de 3 à 4 %. Cette situation me fait dire que nous devrions retrouver le niveau d’avant crise dès le début de l’année 2011.

Tablez-vous vous sur les nouvelles normes immobilières issues du Grenelle de l’Environnement pour accélérer cette reprise ?

Il faut malheureusement constater que la crise a au contraire mis un coup de frein à notre adaptation aux prochaines normes issues du Grenelle de l’Environnement et applicables en 2012. Nous avons mis en place en 2009 le label « Eco-artisans ». Or, pour l’heure, il n’a pas eu grand succès. Nous sommes en retard : la crise a retardé la mutation. Il nous sera difficile d’être prêt en 2012 : nous souhaitons des mesures de transition. Les Allemands qui sont très en avance sur nous dans ce domaine, ont mis quinze à vingt ans pour être performants.

Peut-on au moins espérer que la formation initiale a pris en compte cette mutation vers le développement durable ?

C’est vrai pour les CAP et les Brevets Professionnels, moins pour les Bac Pro. Mais là aussi, les choses avancent lentement car si les CFA (Centres de Formation d’Apprentis) dépendent des Chambres de Métiers, les diplômes sont gérés par l’Education Nationale : comme on le sait, c’est une administration particulièrement difficile à bouger…

Photo : Alain Berlioz-Curlet, « Nous sommes en retard pour appliquer les prochaines normes issues du Grenelle de l’Environnement. »