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Malgré la reprise du dialogue entre le gouvernement et les régions sur le dossier de l’apprentissage, celles-ci alertent sur une réforme qui impacterait les plus pauvres et les territoires ruraux.

Un dialogue renoué, mais de franches inquiétudes encore sur la table. La région Auvergne Rhône-Alpes a mis en garde le gouvernement ce 19 janvier à propos de la réforme de l’apprentissage.

“On est revenu dans la concertation, on a apaisé les choses. Le Premier ministre et la ministre du travail nous ont écouté, maintenant on attend d’avoir un vrai texte sous les yeux. On ne nous a rien promis, donc tout est encore possible dans cette réforme”, a témoigné Stéphanie Pernod-Beaudon, vice-présidente en charge de la formation professionnelle et de l’apprentissage de la région Auvergne Rhône-Alpes.

Des métiers en danger

Le fait que l’Etat souhaite retirer aux régions le pilotage de l’apprentissage pour le confier aux branches professionnelles passe mal. Le financement pourrait être également fait au contrat, ce qui entrainerait une stricte égalité entre tous les centres de formation d’apprentis (CFA). Un aspect plutôt négatif de l’avis des régions.

“On n’est pas juste là pour verser une subvention d’équilibre. Notre rôle c’est de respecter l’équité entre les CFA. Il y a des métiers qu’il faut plus soutenir que d’autres, et nous on sait lesquels”, a assuré Stéphanie Pernod-Beaudon avec véhémence.

Ce sont notamment les métiers artisanaux ou agricoles qui seraient mis en danger par cette réforme, comme l’explique Jean-Claude Darlet, président de la chambre de l’agriculture de l’Isère.

“C’est une réforme qui nous impacte de plein fouet. Des CFA vont fermer car on n’aura plus les moyens de les maintenir, et ce seront des CFA situés en zones rurales. On continue d’avancer vers la métropolisation, avec une réelle politique d’abandon des territoires ruraux”, a-t-il souligné.

“Ce n’est pas une réforme, c’est une réformette”

De l’avis de Stéphanie Pernod-Beaudon, le gouvernement ne parle pas du vrai sujet, la place de l’apprentissage dans la société française. “Est-ce que l’apprentissage vaut autant que la formation généraliste ? Est-ce qu’on est prêts à dire ça ? Je ne crois pas. Les métiers manuels souffrent encore de préjugés, ils sont mal vus par les familles, par l’Etat. Tant qu’on n’aura pas essayé de faire bouger les choses de ce point de vue ce sera compliqué. Cette réforme n’en est pas une, c’est une réformette”, a-t-elle souligné avec une pointe de regret.

Des propos soutenus par le président de l’association nationale des apprentis de France (ANAF), Aurélien Cadiou, qui remet également les apprentis au centre de la table. “On est aussi là pour parler des apprentis. Ce sont eux le coeur du sujet, mais ils sont parfois oubliés dans les discussions. Il faut prendre les meilleures décisions pour eux.”

La Région doit désormais attendre la première ébauche d’un texte de loi, qui devrait arriver fin janvier ou courant février. En espérant qu’elle satisfasse tout le monde.