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Penser peser sur la Russie sans sacrifice est une illusion : il va y avoir un prix à payer, mais lequel ?
Tout au long du week-end dernier, au fur à mesure que les sanctions décidées par l’Union Européenne et la France notamment montaient en puissance, une certitude se faisait. La véritable solidarité dont nous faisons preuve à l’égard de l’Ukraine-du jamais vu en Europe- va avoir son corollaire : un coût pour la population, mais aussi les entreprises qu’il va falloir assumer, que les politiques vont devoir expliquer à l’opinion.

Utilisons pour analyser les conséquences économiques de la guerre de Russie à l’Ukraine, deux focales.

La focale régionale d’abord, puis la nationale. Quelles vont être les conséquences au niveau d’Auvergne-Rhône-Alpes ?

Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes a dégainé vendredi dernier une première conséquence dans un communiqué : “ à la suite de l’intervention militaire russe en Ukraine, la Région Auvergne-Rhône-Alpes annonce suspendre l’ensemble de ses partenariats et coopérations avec la Russie.”

C’est tout et c’est sans doute le communiqué le plus court jamais émis par la région Auvergne-Rhône-Alpes !

Ce communiqué ne dit pas par ailleurs quels sont ces partenariats et coopérations entre la Région et la Russie.

Il faut se tourner vers le groupe écologiste à la Région qui avait fait il y a quelque temps une liste des engagements pris de la Région avec la Russie depuis le premier mandat de Laurent Wauquiez, pour s’en faire une idée.

Ils recensaient une Convention de coopération avec la région de Moscou en 2018 et pour trois ans pour « encourager et accompagner les efforts des acteurs économiques sur une destination clé, tant du point de vue économique et touristique, que technologique, universitaire et scientifique » ; ainsi qu’une subvention de 5 000 euros à l’association lyonnaise pour la coopération franco-russe en septembre 2020.

S’y ajoute l’attribution d’un “Chèque relance export” à neuf entreprises de la région ou encore une subvention de 50 000 euros en 2016 aux actions de la CPME en Russie dont François Turcas, le président pour le Rhône et AURA, est par ailleurs le consul de Russie à Lyon (Lire l’encadré ci-dessous).

Il faut y ajouter l’inscription de la Russie dans les cibles prioritaires d’Auvergne-Rhône-Alpes Tourisme, le bras armé dans ce domaine de la Région, sachant que de nombreuses stations alpines huppées dont Courchevel accueillent d’ordinaire de nombreux skieurs russes. Pas cette année car les annulations se sont multipliées ces derniers jours…

A la 21ème place des échanges

Un autre élément doit être pris en compte. Vendre en Russie n’a jamais été une priorité pour les entreprises françaises. Les entreprises d’Auvergne-Rhône-Alpes n’y échappent pas.

Les échanges de la région avec la Russie figurent à la 21ème place des échanges (chiffres 2020), soit 1,1 % des exportations totales de la Région, contre 1,3 % à l’échelon national : 6 milliards d’euros d’importation pour 5 milliards d’euros d’exportations pour l’Hexagone.

Au bilan, au niveau régional donc les conséquences devraient donc être minimes.

Bombe atomique financière

Ce ne devrait pas être le cas avec la décision prise avec beaucoup de difficulté notamment par l’Allemagne fortement réticentes à utiliser l’arme nucléaire financière : l’éviction de la Russie du système de messagerie mondial Swift, si l’on prend cette fois la focale nationale.

Car elle pourrait revenir comme un boomerang car elle permet à l’Allemagne de payer le gaz russe qui pèse très lourd dans son bilan énergétique.

Ce sera désormais beaucoup plus compliqué et le robinet russe du gaz pourrait se raréfier. Or, dans l’immédiat l’Allemagne, surtout concernée, mais aussi l’Italie et l’Autriche-la France, moins – n’ont pas de solutions de substitution rapide au gaz russe.

Ce qui va signifier, alors qu’ils sont déjà au plus haut, un renchérissement non seulement du prix du gaz, mais aussi de l’essence et du gasoil qui est corrélé. Et ce, même s’il s’agit sur le papier de sur-mesure avec l’objectif de ne pas viser toutes les banques russes, mais essentiellement celles qui ne pèsent pas ou peu dans les contrats énergétiques, afin d’éviter une crise majeure sur les marchés.

Le baril a déjà dépassé les 100 dollars

Le jour du déclenchement de la guerre, sur le marché TFF (Title Transfer Facility) néerlandais, la place de référence du gaz naturel, les prix à un mois ont explosé de 50 % en une seule journée !

Dans la foulée, les prix à la pompe vont continuer à flamber dépassant probablement assez rapidement, selon les carburants les 2 euros le litre.

Une situation qui ne va pas seulement impacter les automobilistes et notamment les plus faibles revenus, mais aussi les entreprises. Un choc qui va faire mal, autant le savoir. Dès lundi matin, le baril de brent dépassait déjà les 100 dollars…

Si la liberté a un prix fort pour les Ukrainiens dont beaucoup vont risquer leur vie, il en a un aussi pour nous européens, se calculant seulement en coûts monétaires. Restera aux hommes politiques à l’assumer et en amoindrir l’impact. La liberté, la démocratie en Europe est à ce prix.

Manifestation des Ukrainiens de Lyon devant… la CPME

Le consul honoraires de Russie à Lyon, n’est autre que François Turcas, le président de la CPME du Rhône et d’Auvergne-Rhône-Alpes.

C’est la raison pour laquelle le siège du consulat de Russie est basé au siège même de la CPME à Lyon-Vaise.

Ce qui explique que vendredi dernier, lors du déclenchement de la guerre de la Russie à l’Ukraine, une centaine d’Ukrainiens de Lyon sont venus manifester en faveur de leur pays devant la CPME.

“Je suis venu vers eux, pour discuter”, explique François Turcas. Il précise” : “Mon rôle ici n’est pas de servir de courroie de transmission au pouvoir russe, mais de favoriser les relations du peuple russe lorsqu’il rencontre des problèmes sur notre territoire. Très modeste, mon rôle est d’abord un rôle de médiation”

C’est la raison pour laquelle, le président de la CPME “n’entend pas démissionner : je reste à mon poste”, explique-t-il.

Lui qui a aidé beaucoup d’entreprises de la région à s’implanter en Russie, leur conseille “de continuer malgré tout à conserver le contact, il faut que le commerce continue.”

Son souhait le plus immédiat pour l’heure : “Que l’on trouve le plus vite possible un accord de cessez-le-feu : il ne faut pas oublier qu’un Ukrainien sur quatre a de la famille russe !”.