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L’ancien patron d’Infogrames (devenu Atari) a totalement changé de secteur depuis qu’il a quitté contraint et forcé la présidence du leader des jeux vidéos. Il dirige désormais une société lyonnaise, Robopolis, spécialisée dans la distribution de robots et dans l’élaboration de logiciels robotiques. Il est également président de l’association des professionnels de cette jeune filière. Riche de son expérience, il vient d’écrire un ouvrage « Viva la Robolution », annonçant les bouleversements économiques à venir avec ce souhait : que la France ne loupe pas ce train là, comme elle a raté celui de l’Internet. Entretien.

Lyon-entreprises. Vous revenez de Corée du Sud. Qu’avez-vous vu de neuf là-bas en matière de robots ?

Bruno Bonnell-Avec ma société, Robopolis, nous avons effectivement mis en place une filiale dans ce pays il y a un an et je m’y rends deux fois par an. La Corée est très en pointe en matière de robotique.

Mais ce qui m’a particulièrement étonné, voir surpris au regard de l’ambiance actuellement en Europe, c’est le bouillonnement d’énergie déployée, l’innovation, l’optimisme qui règne là-bas. On ne sait pas ce que le mot crise veut dire ! Il y existe une ambiance presque euphorique qui me rappelle le décollage de la bulle Internet en France !

Pourquoi avoir écrit ce livre « Viva la Robolution » (*) ?

J’avais écrit en 1982 un livre sur la pratique de l’ordinateur familial dans lequel je décrivais toutes les utilisations que ce même ordinateur allait apporter. On s’était quelque peu moqué de moi à cette époque et on sait désormais ce qu’il en est advenu.

J’ai voulu refaire la même chose avec la robotique, expliquer les bouleversements que les robots annoncent. Ils vont révolutionner notre quotidien. En Asie, on l’a compris, en France pas encore. Or, il faut que l’on se bouge ! Il s’agit là d’un territoire d’opportunités exceptionnelles pour nos entreprises.

Avez-vous réussi à convaincre les décideurs, économiques ou politiques ?

Je constate qu’en France et en Europe, la gestion des avantages acquis est tellement complexe- je ne le rejette pas et je le comprends-que cela recèle une conséquence douloureuse : on a du mal en Europe à se projeter dans les territoires d’avenir. Nous avons raté en 2000 le virage de l’Internet. Nous avions une avance fantastique avec le Minitel. Nous n’avons pas su la saisir !

Vous pensez que cette fois, nous pouvons encore prendre le train en marche ?

Je suis persuadé qu’en matière de robotique, nous sommes à la croisée des chemins. C’est le moment d’y aller. Il faut que les responsables politiques établissent un cap, qu’ils donnent la direction. Ce n’est pas une affaire de budget ou de finances, mais de clairvoyance et de force d’entrainement.

Pourquoi êtes-vous si péremptoire à cet égard ?

Je suis persuadé d’une chose : d’ici quinze ans, on ne fabriquera plus d’automobiles en France et en Europe. Les voitures seront électriques et proviendront de Chine : elles bénéficieront des gigantesques séries offertes par leur immense population. Il ne faut donc plus se battre sur la voiture traditionnelle, mais sur la voiture robotisée, qui va d’un point à un autre, sans chauffeur. En France, il nous avons tous les outils pour réaliser la démarche qui sera celle du 21ème siècle : réinstaller de l’intelligence dans les objets : telle est la définition de la robotique !

La région Rhône-Alpes pourrait-elle constituer un terreau favorable à une industrie de la robotique ?

Rhône-Alpes constitue effectivement un terreau très intéressant en la matière. On y trouve tous les ingrédients : de la mécanique dans la Loire, de l’électronique et des nanos-technologies à Grenoble, de la plasturgie dans l’Ain et un hub, avec Lyon qui pourrait constituer une plate-forme susceptible d’accueillir un cluster robotique. Lyon pourrait former une plaque tournante unique en la matière. Avec Robopolis, ma société, POB-Technologies et d’autres, il existe un embryon, et déjà un réseau, en matière de recherche, de partenariats industriels.

Gérard Collomb soutient d’ailleurs la réflexion actuelle autour de la robotique et me demande des notes sur le sujet.

Le premier salon de la robotique, « Inno-robot » que vous organisez du 23 au 25 mars 2011 à la Cité internationale à Lyon pourrait-il constituer un facteur déclenchant ?

Je l’espère bien. Organisé par le Syrobo, le syndicat national de la filière que je préside, il s’agira d’un salon international où les Asiatiques seront très présents. Je pense que ce ce salon fera la démonstration que nous avons tout sur place pour développer cette industrie, de la mécanique, à l’électronique, aux logiciels, en passant par la plasturgie. Il va permettre aussi, à travers de nombreuses conférences, aux industriels de la région de se frotter aux meilleurs spécialistes mondiaux. En tout cas, ce salon a reçu un appui très fort de la Ville de Lyon et de la Région, ce qui est encourageant.

(*) « Viva la Robolution » aux éditions JC Lattés, 19 euros.

Bruno Bonnell (DR) : « Gérard Collomb soutient la réflexion actuelle autour de la robotique. »