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Levée de l’interdiction du CBD
Après l’arrêté ministériel du 31 décembre 2021 interdisant la commercialisation des produits à base de cannabidiol (CBD), les 20 boutiques lyonnaises s’apprêtaient à mettre la clé sous le paillasson. Coup de théâtre : le Conseil d’Etat a suspendu cette décision fin janvier 2022. Retour sur un rétropédalage remarqué.

Les boutiques lyonnaises poussent un ouf de soulagement

« On perd 70 % de notre chiffre d’affaires ! »… C’est ce que déclarait Francisque Morel, gérant d’une boutique lyonnaise spécialisée dans les produits à base de cannabidiol, à nos confrères de lyoncapitale.fr début janvier 2022, au lendemain de l’arrêté ministériel interdisant la vente de fleurs de chanvre chargées de CBD. Si la molécule est en effet un composant majeur du cannabis, « elle ne présente pas d’effet psychotrope et n’a pas d’effet nocif sur la santé humaine », selon le communiqué de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) de novembre 2020.

Le Conseil d’Etat suspend la décision du gouvernement

Heureusement pour les professionnels du secteur, le Conseil d’Etat est venu suspendre la décision du gouvernement quelques semaines plus tard, arguant qu’il existait un doute sérieux sur la légalité de cette mesure d’interdiction générale et absolue en raison de son caractère disproportionné (voir le communiqué complet du Conseil d’Etat).

Malgré cette suspension, les professionnels restent prudents et ont suspendu tout projet d’investissement, notamment les nouvelles ouvertures de points de vente, malgré des performances commerciales encourageantes. Selon l’Union professionnelle du CBD, Lyon compterait une petite vingtaine de boutiques de CBD (recensement datant de septembre 2021). Ces boutiques, qui reprennent l’esthétique moderne des magasins spécialisés dans la cigarette électronique, commercialisent un large panel de produits à base de cannabidiol, de la fleur à la résine en passant par l’huile, le concentré, le e-liquide, les aliments au CBD, des produits cosmétiques et même des huiles de CBD pour chien et chat !

Le marché français du CBD : de belles opportunités et un avenir incertain

En France, les boutiques spécialisées dans le CBD sont passées de 400 fin 2020 à plus de 2 000 un an plus tard, soit une croissance de 500 %. Il faut dire que le produit est porteur, avec des taux de marge intéressants allant de 15 à 35 %. Le secteur emploie quelque 79 000 salariés, et la France accapare plus de la moitié de la production européenne de chanvre, ce qui permet aux grossistes et détaillants français de bénéficier d’un coût matière compétitif. Quid de la demande ? Selon le média LSA Conso, la France ne compterait pas moins de 7 millions de consommateurs (plus de 10 % de la population), ce qui garantit de beaux débouchés pour les professionnels du secteur.

Plus largement, le marché du CBD affiche une santé de fer un peu partout dans les pays de l’OCDE, avec un chiffre d’affaires qui devrait enregistrer un taux de croissance à deux chiffres sur les 5 prochaines années, jusqu’à peser plus de 17 milliards de dollars selon une étude réalisée par le cabinet de conseil Deloitte.

Le CBD, un marché « au vert »

Si les signaux économiques sont plutôt au vert, l’appareil législatif représente une sérieuse menace pour les professionnels du secteur. Ces derniers doivent en effet composer avec une incertitude latente et le risque de devoir fermer boutique quasiment du jour au lendemain. L’optimisme est toutefois permis pour plusieurs raisons :

  • Le 26 mars 2021, le ministre de la Santé Olivier Véran a donné le coup d’envoi de la toute première expérimentation du cannabis médical à grande échelle en France. Certes, il ne s’agit pas du CBD « récréatif », mais cette décision marque un changement dans la posture des autorités vis-à-vis du cannabis et de ses dérivés non psychotropes.
  • Certains professionnels de la médecine alternative prescrivent des produits à base de CBD pour améliorer la qualité de sommeil de leurs patients, les aider à se relaxer et à venir à bout d’un stress chronique ;
  • Le site web de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (drogues.gouv.fr) a récemment publié une note expliquant que « le CBD n’est ni un stupéfiant, ni un principe actif aux vertus thérapeutiques ». Et de poursuivre : « le CBD est un composant, sous forme d’extrait, de médicaments ou de produits de consommation courante, dont seuls certains sont autorisés en France ». Ce discours plus nuancé tranche avec le ton relativement virulent d’il y a quelques années.