Alpes : passer du laisse béton à la montagne durable

Michel Deprost/Enviscope

Comment les stations de ski, les entreprises spécialisées vont-elles s'adapter au changement climatique dont les conséquences pour les Alpes et les autres massifs s'affinent chaque jour un peu plus ? Tel est un des enjeux du Salon de l'Aménagement de la Montagne (SAM) dont l'intitulé s'est enrichi depuis peu d'un « durable » très explicite et qui ouvre ses portes à Grenoble le 25 avril. Les unes et les autres vont devoir évoluer, mais pour l'instant, le changement reste embryonnaire et ne répond pas encore à l'importance de la transition indispensable à mener. Tout reste à faire !

Dans les années qui viennent la neige sera de moins en moins fidèle au rendez- vous hivernal. Et la production de neige artificielle sera de plus en plus difficile, faute de froid. Et peut-être aussi faute d’eau.

Car le régime des précipitations changera en montagne. Les précipitations tomberont moins sous forme flocons, seront moins stockées sous forme de neige ou de glace.

La montagne château d'eau pourrait ne plus retenir une ressource dont l'aval aura besoin en permanence. Inimaginable de créer partout des lacs pour faire de la neige alors que les barrages auront besoin d'eau en hiver, alors que l'agriculture aura soif au printemps et en été.

Evidemment, si les Alpes du Sud et les stations les moins élevées perdent leur clientèle, les stations les mieux placées espéreront les récupérer. C'est le pari de certains. Paris risqué certaines années.

Les perspectives climatiques comme les réalités économiques imposent de changer de modèle. Il faut en finir avec les incitations en faveur de toujours plus de béton.

Partout, surtout pour les stations les moins élevées, la question se pose d'une politique de tourisme des quatre saisons, dans des paysages moins riches en glaciers, plus secs, des températures plus élevées, moins d'eau dans les torrents en été, peut être moins de sports en eau vive.

Cette évolution du tourisme tout au long de l’année posera la question de l'attraction de montagne estivale, alors que la fréquentation d'un milieu prestigieux, le Parc de la Vanoise, s'érode: 400 000 visiteurs en amont des sites il y a vingt ans, 320 000 en 2011.

L’érosion est partout sensible. Concurrencée par d’autres destinations, par l’envie de farniente, la montagne est encore élitiste, elle est synonyme d’activité, d’hyperactivité, de glisse et de sensations, dévoreuse d’investissements.

Peut-être y a t-il la place pour une montagne plus naturelle, plus calme, plus simple et plus authentique, simplement plus belle et plus fraiche.

Publiée le 16 avril 2012 par LARGERON Dominique.
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