Après les pôles, le temps des grappes d'entreprises...

Dominique Largeron


Après les pôles, le temps des grappes d'entreprises...

Surfant sur le succès des pôles de compétitivité, le gouvernement s'intéresse depuis deux ans à l'échelon inférieur en développant ce qu'il a surnommé comme les québecois des « grappes d'entreprises » (cluster en anglais). Une structuration du tissu économique qui rappelle celle des districts industriels italiens créés... il y a trente ans, mais il n'est jamais trop tard pour bien faire !

On sait en effet qu'en France, pays jacobin, l'Etat a l'habitude de s'immiscer dans toutes les strates de l'économie. Ailleurs : en Italie, en Espagne, au Québec, dans les pays du nord de l'Europe, ces clusters fonctionnent très bien tout seuls, sans l'aide de l'Etat. Sans doute plus individualistes, nos entreprises n'en ont pas pris l'initiative, dans le passé du moins.

Que représentent donc ces « grappes d'entreprises » ? Rien à voir avec la viticulture : elles regroupent essentiellement des TPE et des PME qui sont associées à de plus grandes entreprises, mais aussi à des organismes de recherche et de formation. Elles se rapprochent de la définition du pôle de compétitivité, mais en plus souple, en plus petit, mais avec une notion d'ancrage territorial forte. Leur modèle est donc plus proche des districts industriels qui ont essaimé dans le nord de la Péninsule.

Leur rôle est d'apporter des services concrets aux entreprises, en favorisant les coopérations entre elles, mais aussi avec les autres acteurs publics ou privés.

Le mode d'emploi de la labellisation est classique. Via la Datar (aménagement du territoire) le ministère lance des appels à projets. Les dossiers sont étudiés et les meilleurs sont labellisés.

Déjà distinguée dans le domaine des pôles de compétitivité, Rhône-Alpes l'est tout autant dans celui des « grappes » puisque lors du dernier appel à projet, la région a eu droit à douze lauréats... pour douze dossiers déposés. Chapeau ! Comme pour les pôles, Rhône-Alpes pointe à la première place des régions françaises pour le nombre de « grappes d'entreprises ».

Ce qui n'est pas mal, si l'on considère qu'au plan national, 84 grappes ont été labellisées cette année sur 186 dossiers. Au total, suite au premier appel à projets lancé en 2009 (42 dossiers labellisés sur 112 candidatures), notre pays comporte désormais 125 « grappes » dispersées sur l'ensemble de son territoire.

Ces « grappes » concernent tous les secteurs : de la sous-traitance pour l'industrie du transport aérien et spatial (Aerospace Cluster in Rhône-Alpes), aux industries viti-vinicoles (Cluster Beaujolais) ; en passant par les technologies de la santé (Cluster I-Care) ; le génie civil (Indura/Infrastructures durables Rhônes-Alpes) et l'emballage (Rhône-Alpes Packaging). Ceci pour le dernier appel à projet concernant le seul département du Rhône. La Loire, la Drôme, la Haute-Savoie et l'Isère ont eu aussi leurs lots de « grappes » (*)

Il ne s'agit pas toujours de structures créées à l'occasion de l'appel à projet, mais elles ont déjà été lancées, pour la plupart, depuis plusieurs années avec l'appui du Conseil régional.

Elle ont aussi parfois constitué une solution de rattrapage pour des pôles de compétitivité qui ont eu du mal à émerger, comme Sporaltec qui, associé à Sport Loisirs Montagne, est devenu une « grappe ».

Cette labellisation ministérielle s'accompagne d'un financement : 25 millions d'euros pour les 126 « grappes » françaises, lequel financement est par ailleurs constitué essentiellement de crédits d'ingénierie. On est très loin des dizaines de millions d'euros finançant les pôles de compétitivité, mais ces petites sommes ont le mérite d'assurer un effet de levier, permettant dans la foulée à, Oséo, à la Caisse des Dépôts, ou aux collectivités locales, de compléter le tour de table.

Le ministère ne se fixe pas d'objectif au développement de ces « grappes ». Mais selon une estimation de l'association France-Cluster qui regroupe toutes ces structures : « les 126 grappes d'entreprises recensées en France pourraient concerner sur tout le territoire, directement et indirectement près de 500 000 emplois. »

Les Pôles de compétitivité sont un succès. Leurs petites sœurs, les grappes vont-elles suivre leur exemple ? Là encore, l'enjeu se jouera en termes d'emplois.

(*) Quatre nouvelles grappes ont été labellisées dans la Loire : Logistique 42,  Pôle Agroalimentaire Loire ; Sport / Loisir / Montagne et le Collectif designers. Les trois dernières grappes concernées sont Outdoor sports valley en Haute-Savoie, Organics Cluster in Rhône-Alpes dans la Drôme et le Pôle Intelligence Logistique Europe du Sud, le PIL'S dans le Nord-Isère.

Publié le  26 janv. 2011 par Dominique Largeron. Dernière mise à jour le  01 févr. 2011 
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