Emprunt EDF, le test
Dominique Largeron
Même s'il constitue avec discrétion le quotidien de l'Etat, obligé d'emprunter sur les marchés pour assurer ses besoins financiers, le mot emprunt a fait une irruption remarquée dans l'actualité. Et ce, par le biais de l'annonce surprise par Nicolas Sarkozy du lancement d'un grand emprunt d'Etat auprès des Français, pour financer a-t-il expliqué les investissements de demain.
Un emprunt qui ne sera pas, peut-on espérer, dans la filiation de celui de Giscard qui, gagé sur l'or, a coûté une fortune à l'Etat français, mais plutôt de ceux lancés par Pinay en 1958 ou Balladur en 1993 qui ont conservé une bonne image dans la mémoire collective. Même s'ils ont, tous les deux, coûté nettement plus cher qu'un emprunt opéré auprès des organismes financiers. Il faut le savoir : un emprunt de cet ordre est plus une opération politique qu'une bonne opération financière
Ceci explique sans doute pourquoi, avant l'emprunt Sarkozy, on a vu arriver celui d'EDF lancé auprès des particuliers : un emprunt obligataire d'un milliard d'euros dont le rôle est manifestement de servir de test. Ce n'est pas un hasard : le premier actionnaire d'EDF étant l'Etat, on peut penser que ce dernier n'est pas pour rien dans son lancement.
Les modalités sont décrites dans les journaux à longueur de pages publicitaires : l'Electricien national propose aux Français de souscrire à des obligations au prix de 1 000 euros l'unité, sur cinq ans, avec un rendement brut susceptible d'attirer le chaland à l'heure où le livret A fait grise mine : 4,5 % l'an. Logique : en affirmant que l'objectif est très ambitieux et en laissant entendre que la barre est haute, Pierre Gadonneix, le président d'EDF a donné un caractère quelque peu solennel au lancement de cet emprunt pour mieux dramatiser son lancement.
La rapidité avec laquelle cet emprunt EDF est souscrit sera observée à la loupe par les économistes et les homme politiques. Il constitue le premier test de l'état de confiance dans l'économie de crise.
Si l'opération est couronnée de succès, elle ne pourra que participer à l'optimisme suscité par l'annonce récente de la sortie -certes laborieuse- de crise évoquée dans la dernière note de conjoncture de l'Insee. Et surtout, la réussite, si elle est tangible, constituera un signal positif pour le futur grand emprunt Sarkozy.
Qu'observe-t-on dix jours après le lancement de l'emprunt EDF aux guichets des banques, par ailleurs généreusement rémunérées et stimulées pour placer les obligations à 1000 euros pièce ? Au Crédit Agricole du Sud-Est, on constate que le placement « constitue plutôt un succès : il se vend bien aux clients à qui on le propose ».
Bref, EDF joue avec succès, semble-t-il, le rôle d'éclaireur avancé du pouvoir qui lorgne vers l'épargne record des Français (plus de 15 % désormais de leurs avoirs dans les bas de laine) pour combler des déficits de plus en plus abyssaux.
Une manière habile de plébiscite financier et donc de la politique économique gouvernementale. Reste aussi à transformer le futur emprunt gouvernemental en succès, car le niveau des sommes ne sera pas là du même ordre : on parle de 80 à 100 milliards d'euros...
- Figure dans les rubriques
- L'édito de la semaine


