L'autre affaire Clearstream...

La Cour d'Appel de Lyon doit prochainement statuer sur les indemnités que devra payer Clearstream au journaliste Denis Robert poursuivi par cette dernière depuis dix ans. Même s'il s'agit du même organisme financier, rien à voir avec le procès qui amène actuellement à nouveau Dominique de Villepin à la barre de la Cour d 'Appel de Paris.
Le journaliste tenace vient en effet de gagner en Cassation le marathon judiciaire (60 procès au total !) qui l'a opposé à Clearstream, mais aussi à d'autres banques dont une russe et qui lui a coûté la bagatelle de 450 000 euros en frais d'avocats et de procédures...
A l'origine de ce harcèlement juridique : deux ouvrages, « La Boite noire » et « Révélation$ » qui étaient interdits de parution et valaient, de ce fait, chez les bouquinistes de petites fortunes. Ils vont pouvoir reparaître.
S'appuyant sur le témoignage d'un ancien responsable informatique de la société luxembourgeoise Clearstream qui a pignon sur Duché, Denis Robert prouve que cet organisme financier pratiquait le blanchiment d'argent. L'informaticien était payé pour effacer chaque jour des transactions ou simuler des pannes pour que disparaissent les liens entre des hommes et des virements d'argent que l'on peut supposer sale. C'est la pertinence et le sérieux de cette enquête que les juges de la Cour de Cassation ont reconnu.
Cette autre affaire Clearstream met au jour ce que la dernière crise a révélé : que la financiarisation de l'économie était devenue folle et que cette folie, sans contrôle, a coûté près de 450 000 chômeurs supplémentaires au seul Hexagone. Prenant le cas du Coréen Daewoo, Denis Robert montre que les choix financiers du fabricant ont précipité la fermeture des usines ouvertes en France.
A l'heure où un G20 présidé par Nicolas Sarkozy doit se pencher sur la remise au pas de la sphère financière où en est-on, en la matière ? Apparemment, si d'incontestables mesures ont été prises, elles se révèlent encore insuffisantes pour espérer qu'une nouvelle crise financière majeure ne se reproduise pas.
Pourtant, Denis Robert qui est devenu en dix ans de combat un spécialiste affûté du blanchiment et de la masse d'argent qui disparaît dans les paradis fiscaux, avance la solution pour réguler tout cela. Pour lui, il suffirait, de mettre au sein des structures telles que Clearstream, deux ou trois gendarmes spécialisés, chargés de surveiller l'ensemble des transactions à travers le monde, pour réguler ce bel ensemble opaque, ce qu'il appelle « la matière noire et clandestine de la finance ».
A l'heure où en Rhône-Alpes on essaie, à la suite des Etats-Généraux de l'industrie, de relancer et de développer une filière industrielle particulièrement ébranlée par la crise, un rééquilibrage patent de l'économie virtuelle vers l'économie réelle serait de bon augure.
Dessin : Friandart
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