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Le beaujolais nouveau est arrivé, mais l’appellation trinque

En première mondiale, mercredi 16 novembre, les salons du Conseil général du Rhône étaient pleins à craquer comme chaque année pour le lancement, à l’initiative du Progrès, du Beaujolais nouveau.

Du fait de son ancrage caladois, le quotidien régional recèle ce privilège de faire sauter la bonde du premier fût de beaujolais nouveau, vingt-quatre heures avant tout le monde. Une manifestation haute en couleur qui s’est déroulée en présence de Gérard Collomb, maire de Lyon, de nombreux élus, mais en l’absence remarquée de Michel Mercier garde des Sceaux et président du conseil général du Rhône, retenu à Paris pour les raisons semble-t-il parlementaires.

Il n’existe pas au monde un vin fêté de la sorte par une collectivité et autant d’élus. Pourtant, répété année après année, ce soutien n’a guère d’effet sur une appellation qui continue de souffrir.

Où est l’erreur ? Elle se situe sans doute dans le fait que le beaujolais nouveau est certes un vin, mais un vin en gestation qui n’a pas fait ses Pâques, comme disent les vignerons ; bref, pas définitivement élaboré. En réalité, il s’agit d’un vin de soif, de convivialité qui, au bon moment, permet de trinquer et de fêter et d’oublier dans la joie et la bonne humeur l’arrivée des frimas de l’automne. On ne lui en demande pas plus et c’est très bien.

C’est aussi un vin qui pour les viticulteurs du Beaujolais recèle l’immense avantage de garnir leur trésorerie deux mois seulement après les vendanges. Le contraire d’un vin de garde. D’autant que si beaucoup d’appellations ont tenté de copier le succès du beaujolais nouveau, aucune n’y est véritablement parvenue. Il s’en vendra cette année près de 40 millions de bouteilles : un chiffre qui devrait être en hausse de près de 3 %.

La seule et grosse erreur de l’interprofession beaujolaise qui rassemble les négociants et les viticulteurs est de s’être servi du beaujolais nouveau comme porte-drapeau de l’appellation.

Vouloir tirer l’ensemble de l’appellation par le primeur était assurément la tirer vers le bas. Or, l’on sait que l’appellation recèle des pépites comme les dix crus (Saint-Amour, Juliénas, Morgon, etc.) qui devraient être mis en avant de manière nettement plus ostensible.

Il faut bien comprendre que le beaujolais nouveau ne représente que le tiers de la production, les deux tiers restants (beaujolais, beaujolais villages et les dix crus) se révèlent plus difficiles à vendre.

Si à l’origine, cette magnifique trouvaille marketing qu’est le primeur fonctionnait bien, elle s’est détraquée au fil du temps, le beaujolais n’étant plus dans l’image populaire que celle de ce vin sympathique, sans plus. D’où les difficultés que traverse l’appellation qui souffre.

On estime que près de dix pour cent de ses viticulteurs ont déjà ou vont disparaître. L’arrachage des ceps de gamay continue au rythme de près de 500 hectares par an. Près de 2 000 ha sur 18 000 pourraient encore disparaître à l’avenir ramenant le vignoble à son niveau des années soixante ; tandis que cours sont en (légère) baisse : autour de 163 euros l’hecto pour les beaujolais et 171 euros pour les villages, soit respectivement 1,63 et 1,71 euro le litre au prix de gros.

Observons d’autres appellations comme les Côtes-du-rhône ou les vins de Bordeaux qui sont plutôt en bonne santé actuellement. On constate que d’un côté l’image est tirée par les vins les plus prestigieux, tels que les côtes rôties et hermitages pour les premiers ; les premiers grands crus classés pour les seconds. Et cela est vrai pour toutes les appellations qui, naturellement, hissent de la sorte leur image vers le haut.

L’interprofession beaujolaise a fini par prendre en compte cette erreur stratégique fondamentale, mais pas assez vite. Elle a encore investi cette année un peu plus d’un million d’euros dans la promotion du beaujolais nouveau signée de l’agence de pub EuroRSCG, alors qu’il est unique sur son créneau et se vend tout seul avec l’aide des médias qui transforment le déblocage des primeurs en événement.

Il aurait mieux valu que l’interprofession investisse cette somme dans la promotion de ses dix crus, par exemple, encore trop méconnus, pour tirer l’attelage et laisser le beaujolais nouveau là où il devrait rester cantonné : comme le vin d’une soirée festive et conviviale, et c’est tout. Et ce n’est déjà pas si mal.

Dessin  Friandart Voir le site

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