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Une économie agricole sous pression : la rémunération en ligne de mire

Selon la première étude de l’Observatoire de la Rémunération Agricole Équitable portée par Max Havelaar France, 47 % des agriculteurs d’Auvergne-Rhône-Alpes ne dégagent pas un revenu équivalent au SMIC. Un signal fort dans l’une des principales régions agricoles françaises, où la fragilité économique s’installe dans la durée.

Un déficit de revenus qui s’aggrave dans la région

La situation dépasse largement un simple effet conjoncturel. En Auvergne-Rhône-Alpes, plus de 21 500 exploitants sont concernés par des revenus inférieurs au SMIC, soit une proportion supérieure à la moyenne nationale. Derrière ce constat, c’est un manque structurel de revenus qui s’installe, avec plusieurs centaines de millions d’euros nécessaires chaque année pour garantir un niveau de rémunération minimum.

À l’échelle nationale, l’étude chiffre ce déficit à 4,7 milliards d’euros par an sur les deux dernières années, un niveau inédit qui traduit une dégradation récente après une décennie déjà marquée par des revenus insuffisants. Cette tendance se retrouve dans la région, où la précarité ne recule pas malgré les cycles économiques.

Autre enseignement, la volatilité des revenus reste forte. Même lors des années les plus favorables, une part significative des exploitants ne parvient pas à atteindre un revenu stable, ce qui fragilise leur capacité à investir et à se projeter à moyen terme.

Des filières clés sous pression et un modèle économique questionné

La fragilité ne se limite pas à quelques productions marginales. Elle touche au contraire des filières structurantes pour l’économie agricole régionale. Les cultures céréalières, l’élevage bovin ou encore les productions ovines et caprines affichent des niveaux de revenus particulièrement contraints, confirmant que les tensions économiques concernent le cœur de l’appareil productif.

Ces difficultés révèlent un déséquilibre plus profond du modèle agricole. L’étude montre que l’évolution des revenus est directement corrélée aux prix payés aux producteurs, bien davantage qu’aux volumes produits ou aux performances à l’export. Autrement dit, produire plus ne garantit pas de gagner plus, ce qui remet en question certains leviers historiques de compétitivité.

Dans ce contexte, la pluriactivité ou les revenus extérieurs au foyer deviennent souvent indispensables pour maintenir un niveau de vie acceptable, signe que l’activité agricole seule ne suffit plus, dans de nombreux cas, à assurer un équilibre économique durable.

Pour les acteurs économiques du territoire, cette situation pose une question centrale : celle de la capacité du modèle agricole régional à rester viable dans la durée, alors même qu’il constitue un pilier de l’économie locale et de l’aménagement du territoire.