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Bernard Devert, président d’Habitat et Humanisme : “L’économie solidaire, un nouvel équilibre pour un demain plus humain”

“Le tsunami sanitaire a provoqué un choc, tant il était inattendu. Soudain, il a fallu s’arrêter, se mettre à l’abri de la Covid 19, ennemi invisible et funeste. Où est l’homme augmenté se masquant et se cachant pour se protéger. L’humilité, parfois oubliée, a pris une place inattendue.

Comme dans toute crise, l’intelligence a suscité des avancées en termes de solidarité et du prendre-soin de l’autre. Que de mesures, hier, jugées impensables ou irréalistes, se sont imposées.

L’Europe en crise, une solidarité s’est fait jour, lui redonnant sa raison d’être et par-là même un avenir.

La crise fit sortir de l’ombre les invisibles, mettant en évidence l’abîme entre eux et nous. Les soignants surent prendre des risques ; ils laissent une ‘pierre blanche,’ à partir de laquelle la Société du prendre-soin se bâtit.

Que de créativité dans le champ économique, témoignant de l’intelligence de l’autre avec la loi PACTE, et des dispositifs comme le livret de développement durable et solidaire, l’épargne salariale et les retraites solidaires ou des initiatives, comme l’Entreprise des Possibles

L’économie solidaire, attentive aux impacts sociaux, apporte un soin à la cohésion sociale en souffrance. Je relève deux mesures, l’une déjà engagée et l’autre en balbutiement qui toutes deux reposent sur l’idée d’un moins pour un plus, recherche d’un nouvel équilibre.

  1. Moins de charges énergétiques pour libérer un pouvoir d’achat

Le Mouvement est déjà très engagé, bénéficiant du soutien appuyé de M. Philippe Pelletier, Président du Plan Bâtiment Durable, créé il y a 10 ans sous l’égide de M. Jean-Louis Borloo.

La diminution des charges énergétiques, outre qu’elle protège la planète, augmente ipso facto le reste pour vivre, ô combien important pour les personnes vulnérables, à l’heure où la grave crise sociale corrélée à la crise sanitaire, les touche durement.

Le plan de relance de l’Etat prend en compte cette absolue nécessité, une chance pour mettre en œuvre un partenariat public/privé pour aller plus vite et plus loin. La mobilisation des crédits n’est pas une charge mais un investissement.

  1. Moins d’impacts fonciers sur le logement social pour plus de financements des mesures d’accompagnement

La crise du logement s’aggrave. Les charges foncières augmentent au sein des grandes métropoles, d’où un coût du logement – fût-il social – qui fait que les plus pauvres en sont souvent éloignés. Un comble !
Le foncier est une barrière au logement très social, le démembrement, seul, la lèvera en apportant une avancée sur deux plans :

  • L’un, pour refuser de considérer la pauvreté comme une fatalité. Si l’acte de bâtir est compris comme un acte du prendre-soin, alors il participera à remettre l’homme debout. Là où s’établit la confiance, les relations sont transformées ; s’éveille alors l’estime de soi, condition nécessaire pour quitter le champ de l’assistance, non pour la supprimer mais la réserver là où il y a des périls. Le sans-abrisme est de ceux-là.

 

  • L’autre, pour entrevoir le logement social, non comme une fin mais un moyen. La variable de l’occupation est le temps nécessaire pour que l’occupant parvienne à l’autonomie, dès lors que lui est assurée une formation adaptée à ses potentialités, en vue d’une intégration réussie.

Assez de ces programmes sociaux qui nécrosent l’avenir pour ajouter de la pauvreté à la pauvreté. Un échec quasiment assuré pour les exilés vers ces logements mais aussi pour la démocratie. Terrible, cette observation que les territoires sont perdus pour la République. Ce constat ne relève pas d’un traitement palliatif, mais d’un traitement de choc. L’habitat en est la clé et l’usufruit le remède.

Alors des foyers fragilisés pourront trouver place dans des quartiers socialement équilibrés. Beaucoup ne demandent pas un logement social définitif mais un logement accompagné, témoin d’un réveil des talents.

L’homme passe l’homme, le croyons-nous vraiment.

La priorité est moins de charges foncières (d’où l’usufruit) pour plus d’investissements au bénéfice de la personne.

Créativité et partage sont les chemins d’avenir.”

Bernard Devert
Décembre 2020

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